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Marion Cotillard : vis ma vie à L.A.

Marion Cotillard : vis ma vie à L.A.

Ça ressemble à quoi, le quotidien d’une superstar frenchy à Hollywood ? A quelques jours de sa montée des marches à Cannes pour Deux jours, une nuit des frères Dardenne, elle se confie comme jamais à “Grazia”.

“Super, enfin de la presse écrite : pas de retouche maquillage ! Ça vous embête si j’enlève mes chaussures ?” Souriante, pétillante et relax en jean T-shirt, Marion Cotillard s’étend sur le canapé du Park Hyatt avant de lâcher, avec un petit sourire complice et taquin : “Ne vous inquiétez pas, je ne sens pas des pieds.” Elle qui a la réputation d’être distante en interview casse les a priori, les codes du glam et les conventions au premier contact. Il faut dire que Marion a tout du caméléon, capable de s’adapter à tous les styles, à la ville comme à l’écran. Pour preuve : Deux jours, une nuit, son prochain long métrage sélectionné en compétition au Festival de Cannes et signé par les frères Dardenne, porte-drapeaux d’un cinéma social vibrant et sans artifices.

100 % naturelle, tout en nuances (accent belge compris), l’actrice incarne Sandra, une épouse et mère de famille dépressive qui se bat pour sauver son emploi. Un rôle puissant et lumineux dont elle n’osait pas rêver. “Les Dardenne, pour moi, c’était inaccessible.” Sur le papier, un monde semblait en effet séparer l’actrice et égérie Dior des auteurs belges, plus accros aux acteurs anonymes qu’aux stars internationales. Mais, une fois de plus, Marion aura su se fondre dans le décor et abolir les frontières. Comédienne universelle, née en France, chérie par les Américains et adoptée par les Belges, elle se prête au petit jeu des différences entre Europe et États-Unis et partage avec les lectrices de Grazia un petit bout de son quotidien outre-Atlantique. Attention au jet lag !

Après Los Angeles, vous voilà à Seraing (Belgique), chez les Dardenne. Le choc culturel a dû être violent ?
Pas tant que ça : il y a des frites au menu dans les deux cas ! (Rires.) Plus sérieusement, quand on parle d’Hollywood, les gens pensent fric et glam. Et quand on évoque les Dardenne, ils pensent cinéma d’auteur gris, fauché et “chiant”. Mais ils ont tort dans les deux cas : les Dardenne, c’est palpitant et bourré de suspense. Et comme ils ne réalisent qu’un film tous les trois ans, ils se donnent les moyens humains et économiques de le faire bien ! A contrario, j’ai fait des films fauchés à Hollywood : The Immigrant, de James Gray, par exemple qui, contrairement aux apparences, a été tourné avec très peu d’argent.

En revanche, on a la sensation que les Américains vous glamourisent plus que les Européens au cinéma ?
C’est sans doute un amalgame entre l’image sur les tapis rouge ou sur les couvertures de magazine et mon métier d’actrice. Je ne trouve pas que la prostituée de The Immigrant ou la folle d’Inception soient hyper glam par exemple ! Et il faut se méfier des apparences : j’ai passé plus de temps entre les mains du coiffeur sur le tournage des frères Dardenne que sur beaucoup de films américains. Réaliser une queue-de-cheval mal faite mais raccord, tous les jours, c’est du sport.

A Hollywood, votre loge est-elle au moins plus grande qu’en Europe ?
(Rires.) Quand je fais Inception seulement ! J’avais un truc énorme, à échelle américaine, pour moi toute seule, hyper équipé. Mais, ça, c’est l’exception. Et je n’ai pas d’exigences de diva : du moment que je peux m’isoler pour me concentrer, tout me va. Le cagibi comme le semi-remorque !

Et pour la cantine sur les tournages, plutôt Hollywood ou Europe ?
Aucun des deux, si je peux éviter. Je mange bio, raisonné, local : j’aime savoir d’où vient ma nourriture et comment elle a été faite.

Justement, le bio, c’est plus développé aux États-Unis ?
En Californie, les gens ont une grande conscience écologique et luttent comme ils peuvent contre les décisions d’un pays pollueur. Paradoxalement, les magasins bio vendent aussi du non bio. Ce qui n’est pas le cas en France. Un bon point pour nous !

La nourriture française vous manque-t-elle quand vous êtes aux États-Unis ? Le fromage par exemple ?
Pas trop : j’ai mes dealers de fromages à Los Angeles. (Rires.) Je connais assez bien la ville pour savoir que je peux trouver à peu près n’importe quoi n’importe où. Par contre, le restaurant de mon ami Claude Colliot me manque. Une des premières choses que je fais quand je rentre, c’est manger chez lui. C’est mon petit rituel… et peut-être la meilleure façon de faire passer le jet lag.

Vous avez d’autres trucs pour survivre au décalage ?
Des lunettes de soleil pour cacher la misère. (Rires.) Mais il n’y a pas de secret : plus on voyage, plus on est fatigué !

Et que faites-vous en escale ou en salle d’embarquement ?
Je lis des scénarios, j’écoute de la musique, je m’ennuie et je râle quand il y a du retard.

Vous allez souvent aux États-Unis ?
C’est un peu ma deuxième maison !

Sur place, qu’est-ce qui vous manque le plus ?
Rien, si le tournage se passe bien. Et tout dans le cas contraire. (Elle éclate de rire.) Mes proches, mes potes, mon chez-moi, ma boulangerie, mes pantoufles… Dans ces cas-là, c’est le bad trip ! Mais, en général, je vis dans le moment présent et s’il est agréable, je profite.

Et vous regrettez Los Angeles quand vous rentrez ?
Bizarrement, oui, ça arrive. Surtout le côté grande ville dans une nature sauvage. Là-bas, j’aime résider dans une maison et avoir un raton laveur sur ma terrasse. Quoique… Le raton laveur, c’est mignon, mais quand ça saccage vos poubelles, c’est vraiment chiant ! (Rires.) En fait, ce qui me plaît surtout à Los Angeles, c’est la qualité de vie, l’énergie et les souvenirs que j’y ai.

Lesquels ?
La première fois que j’y suis allée, c’était pour la fin du tournage de La Môme. Ça peut paraître idiot mais j’ai senti que quelque chose m’attendait dans cette ville. Peu de temps après, il s’y est passé des tas de choses qui ont changé ma vie d’actrice, comme le jour où j’ai reçu un oscar. J’ai une attache très particulière à ce pays.

Vous y avez beaucoup d’amis ?
Mon frère vit à San Francisco et l’une de mes meilleures amies à Chicago. Je l’ai rencontrée grâce à Public Enemies. On m’a dit : “Tu vas avoir une assistante”, ce qui ne m’était jamais arrivé. Et j’ai dû faire des entretiens d’embauche : l’horreur ! Mais j’ai eu un énorme coup de cœur pour cette fille qui, depuis, est mon assistante américaine et une des femmes que je préfère au monde.

Vous pourriez vivre aux États-Unis ?
Oui, mais avec mon fils à l’école, ce sera plus difficile.

Mais il existe des écoles françaises…
Oui mais… non. (Rires gênés.) C’est génial pour apprendre la langue mais je voyage déjà tellement que je préfère qu’il ait des repères quand je ne suis pas là. Bref, question suivante ! (Elle pense déjà en avoir trop dit sur sa vie privée.)

En France, il y a le cliché du french lover. Et l’american lover, vous l’avez rencontré ?
Euh… non. (Elle éclate de rire.) Je ne suis pas dans une situation qui me donne envie de le tester. Moi, le lover américain, je ne l’ai croisé qu’au cinéma mais je demanderai à mes copines.

Quelle image les Américains ont-ils de vous : celle de la Française chic et romantique ?
Romantique, je ne sais pas. Exotique sûrement, à cause de l’accent. Et chic, c’est sûr, sans doute grâce à ma collaboration avec Dior. Pourtant, dans la vie, je suis plutôt madame Tout-le-Monde.

Et aux États-Unis, elle s’habille comment madame Tout-le-Monde ?
(Elle cache son visage dans ses mains.) Aïe, aïe, aïe, je n’y connais rien en mode américaine. Next question, please ! (Rires.)

Au quotidien, vous sentez-vous plus libre de vous balader en jogging à l’étranger ?
Euh, je me balade en jogging en France le week-end, le mardi, le jeudi… quand ça me chante en fait. Ça casse un peu le mythe, non ? (Rires.)

Disons que ce n’est pas très fashion police !
Peut-être mais c’est vachement confortable. On n’a pas trouvé mieux avec le pyjama !

Mais les paparazzis doivent moins vous griller là-bas ?
A Paris, je me fonds aussi très facilement dans la masse. C’était peut-être un peu plus simple il y a quelques années mais, dans l’ensemble, j’ai un certain talent pour jouer la femme invisible.

Les gens ne vous reconnaissent pas dans la rue ?
Si, un peu. Au supermarché, certains me dévisagent mais je ne suis pas certaine qu’ils m’identifient vraiment. Pour eux, je ne suis ni Nicole Kidman, ni Angelina Jolie.

Scarlett Johansson a dit des Parisiens qu’ils étaient impolis et grossiers…
Mais elle vit quand même dans la capitale : ça ne doit pas être si insupportable que ça.

Et vous, rien ne vous énerve chez les habitants de Los Angeles ?
Non, mais quelque chose me sidère : c’est la capacité des Américains à travailler tout le temps. Ce sont des machines de guerre. Quand je prononce le mot “vacances” devant mon attaché de presse ou mon agent américain, ils sont sous le choc. J’ai presque l’impression d’avoir dit un gros mot !

Et vous en prenez souvent, des vacances ?
Hélas, non. S’il y a une chose qui m’a contaminée aux États-Unis et dont j’aimerais me débarrasser, c’est ça : je ne sais plus m’arrêter.

Histoire de rendre la pareille à Scarlett, vous ne trouvez donc vraiment rien d’agaçant chez les Américains ?
(Rires.) Si vous insistez… Peut-être leur besoin permanent de compétition et leur peur d’être éjectable. C’est encore plus vrai dans notre business. Agents, publicistes, producteurs, ils flippent tous de perdre leur place. Ça peut générer des comportements hyper limites, du type petits coups bas ou mensonges vraiment pas cool. Ça peut me mettre hors de moi quand je m’en rends compte… Et vous ne me demandez pas ce qui m’énerve chez les Français ?

Si, mais on me fait signe que l’interview est finie.
Question d’équité, je réponds : je trouve que les Français devraient apprendre à se remettre en question. A force de nous reposer sur notre histoire, nos acquis, notre patrimoine, on en devient arrogant.

Et vous, vous vous remettez en question ?
Sans cesse et sur tout. Je ne me laisse jamais vraiment tranquille. Je m’épuise moi-même. (Rires.)

On imagine pourtant que votre entourage passe son temps à vous dire que vous êtes belle et géniale.
(Rires.) Ce n’est pas le genre de la maison ! Je suis entourée de gens qui ne me ménagent pas. Et croyez-le ou non, malgré l’image que peuvent avoir les actrices, ce n’est pas moi qui prends forcément le plus de place dans mon groupe d’amis.

‘Inception’ Meet the Characters Trailer

‘Inception’ Meet the Characters Trailer

‘Inception’ Trailer

‘Inception’ Trailer

Icon Marion Cotillard

Icon Marion Cotillard

She radiates Old Hollywood grace and of-the-moment international style, but as anyone who’s watched her soul-baring performances can attest, France’s most in-demand export is a true original. Fellow actress Jessica Chastain interviews.

It’s nearly impossible to portray an icon. Film history is littered with failed biopics because even great actors struggle to capture the inexplicable spark that separates the merely great from the eternally unforgettable. But every once in a while, it happens. An actor captures that specific brilliance – and she becomes a legend too. That’s what happened in 2007’s La Vie en Rose, when a transformed Marion Cotillard embodied the grace, madness, and prickly resilience of Edith Piaf, singing “Non, je ne regrette rien” in her final scene with utter confidence, because Cotillard knew that she had left everything she had on the screen. The French star, born in Paris, raised by bohemian actor parents, and in a long-term relationship with French actor-director Guillaume Canet (who is directing her in this fall’s Blood Ties, in which she’ll star opposite Clive Owen), was already a rising star in Europe before her Oscar win captured the world’s attention. Now 37, she is fast becoming her own sort of global icon, a modern-day Catherine Deneuve: drop-dead gorgeous, wildly talented, insanely stylish – only with a kind of throwback, Garbo-esque steeliness. Already she’s gone toe-to-toe with Oscars’ aisle-seat actors Johnny Depp, Daniel Day-Lewis, Leonardo DiCaprio, and Christian Bale. She consistently emerges as that rare actress who needn’t trade her grace for power, who can play the vulnerable patient (Rust and Bone) or the lethal femme fatale (Inception, The Dark Knight Rises) with equal conviction. Next, Cotillard will burnish her fast-building legend with The Immigrant, as a Jass Age woman pressed into prostitution and torn between two men (Joaquin Phoenix and Jeremy Renner). As she moves among European art films, blockbusters, and prestige indies, there are precious few actresses who can keep up with her. Here, she speaks to one who is also a friend and fan, Jessica Chastain.

Jessica Chastain: Your parents were actors. When did you decide to become one?
Marion Cotillard:
There’s not one moment, but I really feld this creativity around me from my parents.

JC: What was the first role that made you dig very deep within yourself?
MC:
One of my first movies, Pretty Things. I was playing twin sisters. One of them would die, and the other would take her place. That was one of my first roles as a lead, the first time I had to explore the human soul. And actually, they were two souls! That was the first time I told myself that I could find the strength.

JC: Did it scare you when you realized that you actually had to go to those dark places?
MC:
I was never scared – well, in Public Enemies, the Michael Mann movie, I thought it was impossible to lose entirely my French accent. And actually that was impossible!

JC: You were wonderful in that movie!
MC:
Fortunately, she was half French.

JC: When you leave a character, like Edith Piaf, how long does it take you to lose her?
MC:
Well, it depends. Before doing La Vie en Rose, I never thought I would have trouble leaving a character. I even had weird, bad judgment about actors who could not get out of a role. This was something that I didn’t understand, but this was because I had never experienced the depth that I experienced with Piaf. I’m a little ashamed to say it, but it took me long, long time to separate myself from her.

JC: How long?
MC:
Eight months. Which is ridiculous, because I’m a really sane person, and everything I lived for those eight months sounded totally crazy. And I hated it.

JC: I understand. When you open your heart, mind, and soul, how can it not affect you?
MC:
Her biggest fear was to be alone. One day, I realized that I was scared to leave her alone. Which sounds totally crazy.

JC: No, it doesn’t!
MC:
But I just wrapped a movie, and the character took three days to go away. I guess when you explore someone else’s soul like we do, you always keep something. It’s like love, I guess.

JC: We can’t help but be changed and grow and evolve from the women that we play.
MC:
I guess that’s what we’re looking for, too. When I was a kid, I started to have a lot of questions about human beings, and I was a troubled child because of all these questions. I guess that’s why I became an actress. Not only because my parents were actors and, yeah, it’s a beautiful thing to tell stories, but I think I became an actress because I wanted to explore this – to explore what a human being is. Ina way, it really helped me.

JC: When I watched you in Rust and Bone last year, I just burst into tears. I immediately felt this connection to this woman.
MC:
The more I learn about acting, the more I get connected with my characters – but through my character, I connect with people who could be like the character – with women.

Watch List

The Dark Knight Rises, 2012
“Director Chris Nolan is irresistible. I knew this film would be a hard one for me. I was a new mum and had only had my son one month prior.”

Rust and Bone, 2012
“Working with director Jacques Audiard was my dream. The character of Stéphanie is one I was lucky to portray. She touched my heart.”

Inception, 2010
“This is one of my favourite movies in my filmography.”

Nine, 2009
“This was a wonderful experience. Director Rob Marshall, and working with Daniel Day-Lewis, Penélope Cruz, Nicole Kidman, Kate Hudson, and Judi Dench. No further comment.”

La Vie en Rose, 2007
“Changed my life.”

Big Fish, 2003
“I was very close to quitting acting – my dreams seemed bigger than my reality. It made me sad. Then suddenly, right at that time Tim Burton came my way.”

Marion Cotillard : la vie en green

Marion Cotillard : la vie en green

de Madame Figaro (France) / par Richard Gianorio

L’actrice oscarisée tourne avec les frères Dardenne dans “Deux Jours, une nuit

Elle mène sa carrière avec passion et discrétion, et tourne cet été avec les frères Dardenne Deux Jours, une nuit. Notre invitée exceptionnelle, star à part, égérie magnétique de Dior, écologiste engagée, nous confie ses convictions.

Au dernier Festival de Cannes, le réalisateur James Gray, qui l’a dirigée dans The Immigrant, comparait Marion Cotillard à Renée Falconetti, Lillian Gish ou Louise Brooks, actrices du muet à l’expressivité exceptionnelle. C’est dire le compliment. À Hollywood, les Américains la voient telle qu’elle est : une star à l’éclat très particulier. Ses choix sont exemplaires et sa filmographie égrène les noms des meilleurs. Cette fois-ci, Marion Cotillard, qui a le goût des volte-face, s’est aventurée chez les frères Dardenne : dans la province de Liège – où elle s’est installée avec son fils Marcel, 2 ans, pour trois mois –, elle répète Deux Jours, une nuit, qu’elle tournera avant la fin de l’été. L’actrice fine, l’égérie Dior n’éclipsent pas un autre visage de Marion Cotillard : la militante écologiste. Son engagement n’est pas né de la dernière pluie, pour suivre une mode people : il préexistait à sa vie publique. Elle s’est investie auprès de Greenpeace, suit de près les actions de Maud Fontenoy et Tristan Lecomte, utilise son aura glamour pour prendre Pierre Rabhi par la main et lui offrir plus de visibilité encore. Interview autour de deux des axes de sa vie : les films et la protection environnementale.

Madame Figaro. – Vous voici du côté de Liège tout l’été, pour tourner Deux Jours, une nuit, le prochain film des frères Dardenne…
Marion Cotillard. – J’ai envie de leur dire merci à chaque instant. Je ne sais pas vraiment comment ils sont venus jusqu’à moi, je ne cherche jamais à savoir pourquoi les réalisateurs me choisissent. Ils avaient coproduit De rouille et d’os, c’est peut-être là qu’ils ont eu l’idée. C’est évidemment un film naturaliste, dans la veine de ce qu’ils font d’habitude, l’histoire d’une femme qui lutte pour ne pas perdre son emploi. Je ne suis ni maquillée ni coiffée, mais je ne fais pas du cinéma pour être glamour tout le temps : ce que j’aime, c’est aller dans la vie des gens, et avec les Dardenne, des humanistes, le voyage est particulièrement beau.

Faut-il du courage pour se remettre en question à chaque film ?
Dans ma vie, il m’est arrivé de faire preuve de courage : j’ai eu le courage de me relever quand j’étais à terre. C’est arrivé. Tout n’a pas été facile, j’ai fait face à des refus, des rejets ou des déceptions. Mais je trouve que le mot « courage » n’est pas vraiment approprié quand on parle des acteurs ; non, il faut relativiser. Ceux que je considère comme mes héros, eux, ont fait preuve de courage, que ce soit Wangari Maathai (activiste kenyane et prix Nobel de la paix en 2004, NDLR), qui a mené son combat écologiste et politique contre vents et marées, mettant à plusieurs reprises sa vie en danger, ou Aung San Suu Kyi, qui se bat pour son peuple au prix de sa liberté sans que jamais sa foi ne faiblisse. Au cinéma, les gens courageux sont ceux qui parlent et racontent des histoires alors que leur pays leur interdit de le faire. Golshifteh Farahani est pour moi une actrice courageuse, parce qu’elle se confronte au jugement de l’Iran qu’elle a été poussée à quitter pour continuer à témoigner, à travers le cinéma, du monde dans lequel on vit.

Vous êtes une des rarissimes Françaises à travailler beaucoup en amont. Les actrices françaises, contrairement aux américaines, ont la réputation d’être paresseuses…
Écoutez, c’est un vrai métier : plus on travaille, plus on prépare, plus on découvre et plus on s’enrichit. J’ai toujours respecté et valorisé le travail. Les acteurs que j’admire le plus sont de grands bosseurs. Nous avons en France des actrices magnifiques qui s’investissent corps et âme dans leur travail. Je pense par exemple à Léa Seydoux, qui me bouleverse et dont j’attends chaque film avec impatience ; aux États-Unis, Jennifer Lawrence est tellement inspirante, elle peut tout jouer. Sans travail, un acteur ne peut pas donner toute sa dimension à un personnage. C’est mon éducation qui m’a donné le goût du travail : mes parents étaient acteurs de théâtre. Mon père m’a toujours dit : « Le don ne suffit pas. Si on ne travaille pas, le jeu s’épuise… »

Comment choisissez-vous vos films ?
Je vais là où j’ai l’impression d’avoir ma place. Il n’y a aucun plan, aucune ligne tracée : je resterai toujours dans un ébahissement face à ce chemin d’actrice qui m’a été offert. Cependant, je n’accepte pas un film si le réalisateur est là parce qu’il en faut un. J’ai besoin d’une vraie relation avec un metteur en scène. Si c’est pour me débrouiller toute seule, avec personne aux commandes, cela ne m’intéresse pas. C’est la raison pour laquelle j’ai refusé quelques blockbusters américains. Les deux seules grosses machines auxquelles j’ai participé sont Inception et Batman, mais Christopher Nolan est un auteur qui n’a rien d’interchangeable. Et puis, il y a des films que j’ai refusés parce que la vie l’emportait et qu’elle sera toujours plus forte que les films… Longtemps j’ai cru que le cinéma était plus intéressant et plus important que ma vie, mais c’est faux, même si ma vie sans les films aurait moins de saveur.

Actrice oscarisée, chanteuse par intermittence, égérie Dior… et militante écologique engagée. Comment passe-t-on d’une conscience à un acte militant ?
J’ai rencontré les gens de Greenpeace et nous parlions la même langue. Puis je me suis passionnée pour Pierre Rabhi, Théodore Monod, Albert Jacquard, Jean-Marie Pelt, Wangari Maathai ou Hubert Reeves : leurs livres m’ont nourrie et éduquée. J’ai acquis un bagage de connaissances que je souhaite partager. Mais je ne suis pas aussi militante que j’aimerais l’être, je n’ai rien à voir avec les gens qui ont voué leur vie à la cause. Ce qui est sûr, c’est que je suis une vraie militante dans ma vie de tous les jours, une très bonne élève, et si j’ai parfois l’impression de négliger le navire, j’y reviens toujours. J’aimerais prendre plus de temps pour aller sur le terrain. Je me suis rendue au Congo avec Greenpeace, et un voyage au pôle Nord est prévu. J’aimerais aussi aller rapidement dans la forêt amazonienne avec Tristan Lecomte.

Que pensez-vous de la mode people du green ?
Tout le monde a récupéré le mouvement, et certaines célébrités se sont parfois exprimées sans rien connaître au sujet, s’en sont servies pour l’abandonner peu après. Les convictions de façade et les donneurs de leçons ne servent à rien. Mais il y a beaucoup de gens sincères qui accomplissent des choses formidables : ce que fait The Honest Company, par exemple, est vraiment bien.

Êtes-vous optimiste ?
J’ai envie de l’être, mais je suis consternée par la lenteur ambiante : on ne prend aucune mesure radicale alors que tant de choses sont en péril. On pourrait sans doute inverser la vapeur, mais la dictature de la rentabilité fait que personne ne fait rien pour que la population intègre l’urgence des décisions à prendre. On vit dans une société d’intérêts qui ne voit pas d’intérêt dans la préservation. Je pense à nos enfants : ce sont eux qui vont subir. J’ai peur qu’un jour ils n’aient à nous faire des reproches : « Pourquoi n’avoir rien fait quand il était temps ? »

La France est-elle à la traîne ?
Nous sommes très en retard. L’écologie est un sujet politique… puis cela ne l’est plus ! Cela varie suivant les opportunismes de chacun. La politique n’insuffle aucun élan et ne délivre aucun message clair. Des promesses sont faites, puis on n’en entend plus jamais parler. Il y a une sclérose. J’espère qu’un réveil citoyen se produira, car je crains qu’il ne faille rien attendre des politiques. Ou alors il faudrait peut-être qu’ils comprennent que l’écologie, cela peut aussi rapporter, c’est juste une autre façon de consommer. Pierre Rabhi ou Hubert Reeves parlent remarquablement de tout cela : il faut les écouter. Je comprends que les Français aient d’autres préoccupations, mais il est urgent de parler, de mettre en garde, d’alerter, et surtout d’éduquer. La perte de grandes richesses naturelles, l’uniformisation des goûts est terrible. S’éloigner de la Nature, c’est s’éloigner de nous et c’est vraiment dommageable…

Mes 6 écocommandements

S’éduquer. Et se tenir informé des avancées ou des hérésies en matière d’environnement. L’ignorance est impardonnable dans nos sociétés civilisées : l’information est un devoir.
Recycler. En France, rien n’est fait pour qu’on recycle convenablement. D’une ville à l’autre, c’est très flou. C’est même parfois le foutoir.
Ne pas gaspiller l’eau. Je ne prends jamais de bain.
Choisir une voiture moins polluante. Beaucoup de marques commencent à faire des efforts. Je conduis une Infiniti hybride.
Manger local et de saison. Je suis évidemment locavore, même si je consomme du quinoa qui vient du Pérou. Plus on se sert chez de petits producteurs, mieux c’est, même si les marchés bio sont parfois plus chers.
Pour le ménage, je suis irréprochable. Jamais de lingettes. Je peux tout faire avec du vinaigre blanc.

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