Publication: Le Parisien

Cannes : éblouissante Marion Cotillard dans «Deux Jours, une nuit»

Cannes : éblouissante Marion Cotillard dans «Deux Jours, une nuit»

Marion Cotillard est éblouissante dans « Deux Jours, une nuit », le nouveau film des frères Dardenne, présenté hier à Cannes et qui sort aujourd’hui.

À Cannes, Marion Cotillard a passé, dans sa carrière, bien plus que « deux jours, une nuit », du nom du film de Jean-Pierre et Luc Dardenne, en lice pour la Palme sous pavillon belge, présenté hier sur la Croisette et qui sort aujourd’hui sur 310 copies. Les deux frères ont déjà décroché l’or à deux reprises : en 1999 avec « Rosetta » et en 2005 pour « l’Enfant ». Une troisième, tout à fait possible, signerait leur grand chelem. Sinon, la môme Cotillard peut d’ores et déjà prétendre à un prix d’interprétation féminine. A 38 ans, elle interprète de manière éblouissante Sandra, une ouvrière qui joue le tout pour le tout pour ne pas perdre son travail. Nous l’avons recontrée hier après-midi.

Jouer une ouvrière quand on a une vie privilégiée, c’est une façon de remettre les pendules à l’heure ?
MARION COTILLARD.
Pas du tout ! S’il est vrai que j’ai une vie privilégiée, je ne suis pas entourée de gens qui le sont, je ne viens pas d’une famille fortunée. Je ne suis pas déconnectée du monde. Il me questionne, il me touche. Cette société qu’on a créée, je n’oublie pas que j’en fais partie. Ensuite, je ne choisis pas un rôle sous prétexte qu’il donnerait un éclairage à ma vie personnelle, ni pour y changer quoi que ce soit. Mais uniquement si j’éprouve un besoin brûlant de le faire.

Quelle brûlure ici ?
Le sujet qu’il traite : cette difficulté à trouver sa place. Et la question qu’il pose : comment comprendre qu’on peut être utile au monde alors qu’on peut s’y sentir de trop.

Comment vous êtes-vous retrouvée chez les Dardenne ?
La première fois que je les ai rencontrés, c’était à l’occasion du film de Jacques Audiard, « De rouille et d’os ». Ils coproduisaient la partie belge. Nous nous étions dit bonjour entre deux ascenseurs. J’étais très impressionnée. Plus tard, mon agent m’a annoncé qu’ils envisageaient une collaboration avec moi. C’était impensable, même si je les mettais tout en haut de ma liste. Ils ont l’habitude de travailler avec des acteurs belges.

Qu’avez-vous appris avec eux ?
Ils m’ont fait puiser plus loin dans mes ressources, dans mon imaginaire. Parce que leur façon de tourner réclame une totale perfection dans tous domaines. Et que lorsqu’on a atteint 70 fois la même émotion, on est un peu usée. Comment faire pour que ça fonctionne une fois de plus ? Alors on va chercher toujours plus profondément en soi-même.

Il paraît que vous avez gardé le débardeur rose que vous portez pendant tout le film…
Je ne garde jamais les costumes, mais, là, l’équipe me l’a offert, dédicacé par tout le monde.

Vous voyagez à Cannes avec une armée de bagages ?
Je dois avouer que cette année je suis arrivée avec plus de valises que d’habitude… parce que j’ai eu moins de temps pour les faire. Dans ces cas-là, on jette tout dedans, on bourre et quand ça ne rentre plus, on en prend une autre.

Vous songez à un prix d’interprétation ?
Sincèrement, je n’y pense pas. Je me refuse à le faire. Sinon, c’est trop stressant.

La voix off doit se faire oublier

La voix off doit se faire oublier

Rodée à l’exercice, la comédienne est la narratrice du documentaire Terre des ours, en salle le 26 février. Elle nous livre les secrets du métier.

Pour filmer la nature au plus près, l’équipe de Terre des ours, emmenée par son réalisateur, Guillaume Vincent, a dormi des semaines sous la tente, dans la fraîcheur des montagnes du Kamtchatka, en Sibérie orientale. Marion Cotillard, elle, n’a passé qu’une journée en studio à Paris, pour enregistrer la voix off du film. Elle n’a pas eu le rôle le plus ingrat. L’actrice française la plus demandée à Hollywood est une habituée de l’exercice. Elle participe aussi volontiers à des documentaires, comme Voyage sous les mers, en 2009, qu’à des dessins animés, comme le prochain long-métrage de Jacques Tardi, Un monde truqué, ou la future adaptation américaine du Petit Prince, aux côtés de James Franco. Narratrice de Terre des ours, elle nous raconte sa collaboration à ce spectaculaire film animalier en 3D.

Vous êtes amatrice de documentaires animaliers ?
Marion Cotillard
J’adore ça. J’en regarde énormément, en particulier ceux produits par la BBC, la référence en la matière. Je préfère les commentaires très sobres. Je veux seulement qu’on me donne des informations, d’une voix si possible pas trop désagréable. Quand un acteur fait la narration, je crains toujours qu’elle soit trop afectée, trop jouée. Du coup, quand mon agent m’a parlé de ce projet, je me suis d’abord demandé ce qu’on attendait de moi.

Quelle direction vous a-t-on finalement donnée ?
Ne pas jouer, ni être dans l’émotion, pour que celle-ci soit suscitée par les images. Le réalisateur et moi étions totalement sur la même longueur d’ondes : la voix of doit savoir se faire oublier et se contenter de soutenir ce qui se passe à l’écran. Bien sûr, je suis parfois touchée par ce que je vois et ça peut sans doute s’entendre, mais de façon subtile et légère.

Comment avez-vous travaillé ?
J’ai passé une journée en studio, début octobre. J’étais toute seule, devant un petit écran avec mon micro, dans une cabine reliée au studio d’enregistrement, où le réalisateur, le producteur et les techniciens étaient réunis. J’ai découvert les images en même temps que le texte, le jour même. Heureusement, j’ai vu tellement de documentaires animaliers dans ma vie que c’est presque comme si j’avais fait un travail préparatoire depuis des années. J’ai été dirigée de façon très précise : le réalisateur avait une idée claire du rythme des phrases, des pauses… Il m’indiquait si j’étais trop présente, ou pas assez, si j’allais trop vite ou non.

Il vous a choisie pour votre timbre, dans lequel il y a, selon lui, « à la fois de la douceur et de la force, comme chez les ours ». Est-ce que vous ne jouez pas aussi un rôle de faire-valoir pour ce projet ?
Associer au projet un nom avec une certaine notoriété permet forcément de lui donner une plus grande visibilité. Il y a tant d’offres, de films qui sortent chaque semaine, qu’il faut bien se démarquer d’une certaine manière.

Vos cachets ont pu atteindre jusqu’à 800 000 euros sur certains films. Comment une petite maison de production de documentaires peut-elle s’ofrir vos services ?
Je ne gagne pas souvent 800 000 euros ! Mon salaire dépend du budget des flms. Là, ce n’est pas la même échelle, ni le même investissement en termes de travail. C’est une journée de studio. Je ne demande pas des sommes faramineuses.

Dans L’intimité des bêtes
La magnifique réserve naturelle du Kamtchatka, à l’extrémité est de la Russie, accueille la plus large concentration d’ours au monde. A la fin du printemps, après huit mois d’hibernation, ils quittent leur tanière pour pêcher, sans relâche, les saumons qui déferlent par millions dans les rivières. Grâce à des moyens exceptionnels, le quotidien de ces bêtes sauvages a été épié pendant des mois et filmé en 3D, avec l’aide d’un expert en la matière, l’Américain Manning Tillman, chef d’orchestre de la 3D sur le film Avatar, de James Cameron. Tendres, dangereux, joueurs, solitaires… Ces animaux fascinants sont filmés au plus près, dans des paysages d’une beauté éblouissante. S. L.

> Terre des ours, de Guillaume Vincent. En salle le 26 février.