Creatives on the verge

from Variety (US)

Marion Cotillard might be well-established in France, but in the coming months her international renown will receive a considerable boost from two high-profile films: Olivier Dahan’s “La vie en rose,” in which she plays iconic French chanteuse Edith Piaf, and Ridley Scott’s just-completed “A Good Year,” based on Peter Mayle’s book “A Year in Provence,” in which she’s a Provencal beauty who catches the eye of expat Max Skinner (Russell Crowe).

The roles have the potential to place Cotillard among the international ranks of such French film sirens as Emmanuelle Béart, Audrey Tautou and Eva Green.

The daughter of two stage thesps, the 30-year-old Cotillard began her screen career at 17. While her notoriety has remained manageable, her range is apparently limitless: She excelled as the revenge-bent femme fatale in WWI-set “A Very Long Engagement,” convinced as the WWII incarnation of Jeanne Moreau’s character in “Lisa” and is heartbreakingly sensitive as a shy classical musician in contempo dramedy “You and Me.”

When roles seemed scarce, Cotillard considered upgrading her part-time work for Greenpeace into full-time militancy. Tim Burton tapped her to star as Billy Crudup’s pregnant wife in “Big Fish” just as she was about to defend all the fish (and dolphins and whales) in the sea.

Beauty, talent and a social conscience — consider Cotillard France’s answer to Angelina Jolie without the hoopla.

Edith donc..

de Libération / par Pascale Nivelle

Marion Cotillard, 30 ans, comédienne. A su garder la tête froide après un succès précoce dans «Taxi». Elle joue depuis l’âge de 5 ans et va bientôt incarner la môme Piaf.

Il y a longtemps qu’elle se pose la question : «C’est quoi ce putain d’égocentrisme ? C’est nul d’avoir besoin d’être regardée à ce point-là !» Là, on lève les yeux du carnet où il est déjà noté que Marion Cotillard tricote, s’intéresse à la nature et aux éventails anciens, et dit toujours, à 30 ans, «grandir» plutôt que «vieillir». Tout d’un coup, sans prévenir, elle a baissé son masque d’actrice, minaudant et charmant. Le regard un peu humide, un peu rageur, elle dit : «Je voudrais être quelqu’un de simple, d’ordinaire. Et en même temps, j’ai besoin d’être dans la lumière.»

Contradictions de l’acteur, tourments et angoisses. Chez Marion, qui a un côté brindille Kate Moss, ça ne passe pas à coups de chocolat et de régimes rédempteurs. Elle prend des cuites et des avions. «Un jour, ça n’allait pas fort, je n’étais pas au mieux de ma forme, si l’on veut. A 18 heures, je suis entrée dans une agence de voyages acheter un billet pour Bombay. Je suis passée chez moi à 5 heures du mat’ faire un sac à dos et je suis partie à l’aéroport complètement bourrée. Tout ce que je savais, c’est que j’allais à Goa.» Elle était comédienne de cinéma déjà, presque célèbre pour ses rôles dans les trois Taxi de Luc Besson. Et n’allait pas bien à cause de cela, justement, la peur du système qui happe, tord et jette, la hantise de n’être jamais soi et de ne pas savoir donner. Elle avait l’impression d’avoir été enfermée dans la mauvaise enveloppe, celle des actrices poupées, et voulait tout arrêter. «J’étais en guerre contre moi-même, mal à l’aise par rapport à mon image.» A Bombay, un Indien lui a dit : «Tu ne seras pas débarrassée de ton égocentrisme tant que tu ne l’auras pas vécu jusqu’au bout. Tant que tu ne seras pas une star de cinéma, tu seras frustrée.» En rentrant à Paris, elle avait décidé de continuer. C’est là que Tim Burton l’a appelée pour un petit rôle dans Big Fish. «Même dans mes rêves, c’était impossible !» Thierry Chèze, son ami journaliste à Studio, estime qu’à cet instant, sa carrière a commencé à décoller.

Ensuite, on a vu Marion Cotillard un peu partout, beaucoup de premiers films d’auteur et quelques autres. Elle voulait avancer seule. Aujourd’hui, elle est certaine de ne pas rester toujours comédienne, de passer un jour de l’autre côté de l’objectif. «J’ai envie de devenir la patronne. J’espère qu’à 40 ans, je n’aurai plus besoin du regard de l’autre. Les vieilles actrices, c’est pathétique. Le besoin de séduction, c’est un truc de jeunes, non ?»

Le tricot, c’est vrai. Point de jersey, point mousse, point de blé. Elle a appris avec sa maman, s’est perfectionnée sur Internet, bien avant que les aiguilles soient «super hype» à Hollywood. Marion Cotillard adore bricoler des bijoux, des tissus, des marionnettes. Chez elle, à Paris, elle possède une armoire de trésors bouts de ficelle accumulés depuis l’enfance. Entre deux tournages, quand les vaches étaient trop maigres, elle fabriquait et vendait des figurines en pâte à modeler. «Je n’aurais jamais pu être serveuse ou vendeuse, j’ai toujours essayé de me débrouiller toute seule, vivre de ce que je fais.» Elle adore aussi sa mère, son père et ses petits frères jumeaux Quentin et Guillaume. Monique Theillaud, la maman rebaptisée Niseema par un maître en recherches spirituelles, lui a légué un jour une phrase qu’elle trimballe comme une médaille : «Dans la vie, tout est un cadeau. Le problème, c’est que parfois, il est mal emballé.»

Longtemps, les cinq Cotillard ont formé une petite troupe pas comme les autres, qui baladait ses rêves et ses petits talents sans voir la noirceur du monde. Jean-Claude, mime, et Monique, tragédienne, avaient fondé un théâtre itinérant pour enfants. Ils racontaient des contes dont leurs enfants étaient les héros. Marion a joué pour la première fois à 5 ans dans un téléfilm, et a toujours voulu être comédienne. Ces années-là, Aznavour chantait la Bohème et le président de la République jouait de l’accordéon. Les Cotillard habitaient Alfortville, dans la banlieue sud de Paris, tout en haut d’une tour, tout au milieu d’une cité que Marion trouvait merveilleuse : «Il y avait le monde entier dans mon immeuble.» Et aussi de la came et des loubards, qui plombaient la vie. Quand l’aînée a eu 10 ans, la famille Cotillard est partie vivre dans la campagne d’Orléans. Là, tout le monde était blanc, sauf la seule amie de Marion, qui était marocaine. «Un jour, des types de l’école m’ont coincée sous un escalier et m’ont arrosée d’eau de Cologne pour me nettoyer. J’ai appris ce que c’était, le racisme.» Entre 10 et 15 ans, elle ne se souvient pas de grand-chose, sinon d’une différence lourde à porter : «Je me sentais insipide et sans caractère. J’avais envie d’être n’importe qui sauf moi-même, n’importe où sauf à ma place. Je voulais disparaître, de peur qu’on me traite de crâneuse.»

Tout est allé mieux quand elle est entrée au conservatoire d’Orléans, où travaillait son père. Des nouvelles de la famille, sur le site www.cotillard.net, mis en image par Quentin et Guillaume, artistes en informatique : Jean-Claude a connu un succès parisien à la rentrée en montant la pièce Moi aussi je suis Catherine Deneuve. Quentin peint, Guillaume écrit. Niseema vit à la campagne et anime un atelier de théâtre. Le 8 mars 2005, Marion a reçu un césar pour son second rôle dans Un long dimanche de fiançailles. «Cela lui a donné confiance en elle», dit l’ami Thierry Chèze.

Depuis janvier, Marion tourne la Môme à Prague, avec Olivier Dahan. Piaf est un de ses premiers rôles-titres après beaucoup de seconds. Dont un passage éclair dans Mary, d’Abel Ferrara. Avec Sauf le respect que je vous dois (sortie le 15 février), elle est plus proche de ce qu’elle est vraiment. Gouailleuse, sans concessions ni maquillage-camouflage. «Simple et vive», dit Fabienne Godet, dont c’est le premier film. Elle a choisi Cotillard car elle la voyait «d’un bloc». Et elle aime sa voix à la Jeanne Moreau : «Un peu garçonne, un peu liée à l’enfance.» Edith Piaf tricotait. Elle avait des histoires d’amour compliquées, «comme tout le monde», dit Marion. Il y a quinze jours, elle fréquentait encore le chanteur Sinclair, vu en sa compagnie dans la presse people de l’été. Vrai ? «Silence radio, coupe-t-elle, je ne mets pas le petit doigt là-dedans.» Elle enchaîne sur son amour de la nature, son engagement à Greenpeace et un projet de voyage en Polynésie, «dès que possible».

Les sourcils comme des fils, une couronne de cheveux rasés tout autour du front, la voix joliment rauque, elle est dans la peau de Piaf. Dans le petit loft loué pour elle sous les toits de Prague traînent disques et biographies de la Môme. Elle aime lire, et c’est une angoissée : «Tant que je n’ai pas tout fait trois fois, je me sens mal.» La veille, elle s’est endormie avec le refrain de Frou-frou qu’elle devait apprendre par coeur. «Impossible. J’ai vraiment une drôle de mémoire. Trop d’alcool et de pétards dans ma vie…»

En 2006, peu d’actrices parlent encore de ces choses. Béatrice Dalle s’est rangée, Kate Moss soigne ses frasques en jouant les mères de famille. Marion Cotillard s’en fiche. La guerre, c’est à l’intérieur que ça se joue.

photo Ludovic CAREME

Marion Cotillard en 7 dates

30 septembre 1975: Naissance à Paris.

Début des années 80: Joue dans Y a des nounours dans le placard, pièce de Jean-Claude Cotillard.

1994: Conservatoire d’Orléans.

1998: Taxi I.

2001: Jeux d’enfants.

2004: César pour Un long dimanche de fiançailles.

Printemps 2006: Toi et moi, comédie.

Entretien avec Marion Cotillard à propos d’Edy

Des Notes de Production

Comment avez-vous réagi à la première lecture d’ Edy (2004) ?
Je connais Stephan depuis très longtemps. Mais, à part quelques rares scènes qu’il m’avait fait lire pendant l’écriture, je n’ai vraiment découvert le scénario qu’une fois celui-ci terminé… avec appréhension. C’est toujours angoissant de lire quelque chose écrit par quelqu’un qu’on aime. Il y a le risque de ne pas aimer et d’avoir à le lui dire car on ne peut, évidemment pas faire autrement. J’ai toujours été très honnête sur le travail de Stephan, comme acteur et comme réalisateur. Mais je n’ai pas eu à vivre ce moment-là. J’ai littéralement adoré le scénario. Pour moi qui avait eu l’occasion de le voir en plein travail, ce que j’ai lu était un véritable accomplissement. Stephan écrit vraiment bien, possède un réel sens du dialogue et un univers particulier, assez sombre. Il a eu l’immense talent d’imaginer une histoire très cinématographique qui lui ressemble fortement, avec un vrai ton. Stephan est fasciné par Tardi ou Audiard. Ça l’a forcément nourri mais Edy (2004) n’est en aucun cas une copie de ce cinéma-là. Il s’en est inspiré comme on s’inspire tous de ce que l’on admire mais on retrouve dans Edy (2004) une personnalité qui lui est propre. Même si je le savais capable de ça, j’ai été .ère et admirative de son travail.

C’est avant cette lecture qu’il vous a proposé un rôle ?
Oui, avant de me le faire lire, il m’avait indiqué qu’il y avait un petit truc pour moi. Et, pour les mêmes raisons, j’ai adoré les scènes qu’il me proposait : elles allaient totalement dans le ton du film. Je sais que le mot a trop souvent été galvaudé et vidé de son sens mais dans Edy (2004), tout est décalé. Mon personnage aussi. On ne s’attend jamais à voir ce que l’on découvre à l’écran.

Comment définiriez-vous justement ce personnage ?
Je ne veux pas en dire trop pour justement garder la surprise. Mais, pour moi, il s’agit d’une fille qui trouve une espèce de double en rencontrant cet Edy, joué par François Berléand. Un lien entre lui et elle préexistait avant qu’ils se connaissent. Comme une évidence. Et cette évidence-là va provoquer des réactions inattendues. C’est ce qui se produit d’ailleurs pour tous les personnages – principaux ou secondaires – de ce film, et ce qui lui donne une telle dimension.

Ce n’est jamais simple de débarquer sur un plateau de tournage où tout le monde travaille ensemble depuis plusieurs semaines, pour jouer ses propres scènes. Comment l’avez-vous vécu ?
Cette période-là était particulière pour moi car je tournais quatre films en même temps, avec des rôles complètement opposés. J’avais à peu près 10 jours de travail sur les trois autres films et deux sur celui de Stephan. Passer comme cela d’un tournage à l’autre fut une expérience incroyable. Du jour au lendemain, je changeais radicalement d’univers, de façon de travailler. Et c’est évidemment cette différence-là et le fait de tout avoir préparé en amont qui m’a permis de jongler ainsi. Avec un petit plus, dans le cas d’ Edy (2004) : j’étais tellement .ère que Stephan fasse son film que tourner avec lui, le voir diriger un plateau de long-métrage et observer les gens travailler pour lui constituait pour moi un bonheur permanent. C’était à la fois excitant et émouvant !

Et comment a-t-il travaillé avec vous ?
Je n’ai pas du tout appréhendé d’être dirigée par lui et je n’ai pas l’impression qu’il ait appréhendé tant que ça de me diriger. Pour ma part, j’étais surtout impatiente. Et tout s’est déroulé dans une clarté totale. Comme on se connaît bien, il savait exactement quoi me dire pour me guider. On partageait vraiment un immense plaisir à travailler ensemble – même si nous avions déjà eu l’occasion de le faire comme comédiens – et à vivre cette aventure. Un plaisir renforcé par le fait de se retrouver face à François Berléand. Rien n’est plus simple pour un comédien que de jouer face à lui ! On n’a quasiment rien à faire. La première prise de notre scène a d’ailleurs été la bonne. Ce fut d’une limpidité totale.

Dans une des scènes de ce film, on vous retrouve chanteuse. Comment vous y êtes vous préparée ?
On a beaucoup parlé en amont des costumes avec Stephan et Fred Remuzat, le directeur artistique, qui avait dessiné des croquis. On peut dire qu’on a créé ça ensemble. C’était le dernier de mes deux jours de tournage et je me souviens que je n’étais pas très à l’aise. Sans doute parce qu’il n’est jamais très facile pour moi de me retrouver en short au milieu de tout le monde et de devoir assurer mon play-back à la perfection. Mais j’étais si heureuse d’être sur le plateau que cette angoisse a vite été évacuée…

Quelle ambiance, justement avez-vous ressenti sur le plateau d’ Edy (2004) ?
François et Stephan se connaissent depuis un petit bout de temps. Ils s’aiment beaucoup et ont une grande d’estime l’un pour l’autre. Je crois que Philippe Noiret s’est aussi pris d’amitié pour Stephan. Tout le monde partageait une vraie admiration et une réelle affection, les uns pour les autres. Simplement. Cela peut passer pour de grands mots mais pourtant rien ne peut rendre les gens plus heureux.

Quelle a été votre réaction quand vous avez vu découvert le film ?
J’étais encore plus angoissée qu’à la lecture ! J’avais envie d’aimer plus que tout et en même temps je ne pouvais pas me forcer à le faire. Je n’ai pas le souvenir d’avoir été autant stressée avant d’aller découvrir un de mes films. Et j’ai eu une merveilleuse surprise ! C’est tellement émouvant de voir un premier film qui ressemble à ce point-là à son réalisateur. Moi qui le connais bien, ça me touche forcément autrement. Mais je peux vous assurer qu’il a fait le film qu’il voulait faire. Sachant cela, que ça plaise ou non aux gens n’a aucune importance ! Et je trouve ça génial. Au-delà de la beauté de cette histoire et de ce magnifique personnage d’homme qu’est Edy, j’ai aimé ce film car il est d’une honnêteté totale. C’est beau de réussir à donner au final ce qu’on avait envie d’exprimer, d’offrir aux autres une part de soi-même de manière aussi simple et d’avoir su pourtant créer un univers aussi complexe.
C’est d’ailleurs précisément en cela que ce film lui ressemble. Dans la vie, Stephan ne donne pas, non plus, toutes les clés d’emblée. Il faut apprendre à le connaître, prendre son temps pour y parvenir. Idem pour ce film. Tout n’est pas expliqué d’emblée au spectateur. Il faut se laisser emporter par l’univers et par l’histoire. Au départ, on peut se sentir un peu perdu. Mais au même moment, on éprouve la sensation que quelqu’un nous prend par la main pour nous guider. Et si on a confiance en cette main, si on se laisse prendre, on passe vraiment un moment unique dans un univers unique…

Je rêve d’un monde meilleur

from Madame Figaro

Cette comédienne est une “tombeuse” de réalisateurs. Richard Berry et Stephan Guérin-Tillié viennent de succomber en lui offrant deux thrillers. Outre-Atlantique, ses victimes se nomment Tim Burton, Abel Ferrara, Ridley Scott.

À son sujet, ses réalisateurs ne tarissent pas d’éloges, se répandent en compliments, friseraient volontiers les superlatifs. À commencer par Richard Berry, qui a dirigé Marion dans “ la Boîte noire ”, au côté de José Garcia, sur les écrans le 2 novembre : “ Marion Cotillard est un cadeau. C’est une actrice que j’adore. Elle est passionnante, belle, humaine. ” Et encore Stéphan Guérin-Tillié qui l’a dirigée, lui, dans “ Edy ”, aux côtés de François Berléand et de Philippe Noiret, qui sort également le 2 novembre : “ Marion est rare comme Romy Schneider pouvait l’être. Elles ont en commun cette même faille, ces moments d’abandon total.

Après avoir joliment embrayé avec “ Taxi ” – et “ Taxi 2 ” et “ Taxi 3 ” bien sûr – , l’oiseau rare a incontestablement réussi son envol grâce à Jean-Pierre Jeunet dont “ Un long dimanche de fiançailles ” a valu à cette très gracieuse jeune femme un césar du Meilleur Second Rôle et des films en cascade qu’elle enchaîne avec un plaisir et une gourmandise avoués. Pour autant, vulnérable comme on la devine, elle semble toujours un peu troublée de focaliser ainsi l’intérêt et l’enthousiasme, de se retrouver exposée de la sorte. Mais, bien sûr, elle assume. Avec une gentillesse qui ne désarme pas.

CÉSAR

“Quand j’ai obtenu mon césar, un ami qui fait du vin m’a offert des caisses de champagne pour me féliciter. J’ai rempli mon réfrigérateur de bouteilles et j’ai glissé mon césar au milieu… Et il n’a jamais bougé de là… Il ne s’oxyde pas et il ne prend pas la poussière. Pour moi, ce n’est pas la récompense elle-même qui a été le plus important, mais le rôle magnifique que Jean-Pierre m’a offert. Ce qui m’importait, c’était d’être à la hauteur de la confiance qu’il me faisait, d’être à la hauteur de ce personnage qui est une sorte d’ange de la vengeance exterminant tous ceux qui ont été responsables de la mort de son homme, de la générosité d’Audrey (Audrey Tautou donc, l’héroïne du film), qui est un rêve de partenaire. Le césar m’a tout de même permis de savoir que le regard que les gens de la profession portaient sur moi était en train de changer. Ils n’avaient pas forcément vu mes films précédents, ils en étaient restés à mon rôle de Lily dans “Taxi”, c’était un peu limité. Le changement s’est opéré dès la sortie du film et les scénarios sont arrivés. ”

LILY

“ La petite Lily de “Taxi”… On s’est dit au revoir très gentiment. Il est vrai qu’elle m’a apporté beaucoup de choses même si elle ne m’a pas forcément fait progresser dans mon travail de comédienne. Si elle m’a fait avancer, c’est, indéniablement, en termes de notoriété. Revers de la médaille : elle a provoqué des rejets de la part de certains réalisateurs qui n’ont vu de moi que cette apparence aguicheuse et pétillante. Je n’en ai pas été blessée, j’étais persuadée que d’autres cinéastes seraient plus curieux de ce que je pouvais leur apporter, qu’ils ne s’arrêteraient pas à cette apparence. ”

RICHARD BERRY

“ Je l’avais croisé il y a longtemps et je n’avais pas d’a priori particulier sur lui. Et puis, quand j’ai lu le scénario de “la Boîte noire”, j’ai été très intriguée par son envie d’aborder un pareil sujet : c’est donc l’histoire d’un homme, Arthur Seligman (José Garcia), qui, victime d’un accident de voiture, perd une partie de sa mémoire. Isabelle, une infirmière, que je joue, l’a veillé et a noté dans un carnet tout ce qu’il a dit durant la phase d’éveil qui a suivi son coma. Il reste à Arthur à reconstituer un puzzle aux perspectives de plus en plus inquiétantes au fur et à mesure que les pièces se mettent en place… J’ai été fascinée par cette plongée dans l’inconscient d’un individu, j’ai rencontré Richard, il m’a parlé de cette aventure avec une telle ardeur et un tel enthousiasme que j’ai été aussitôt emballée. Pour moi, pour entrer dans l’aventure d’un film, il m’est essentiel de ressentir que le réalisateur est littéralement habité par son histoire. ”

“EDY”

“ Je n’ai qu’une participation dans ce film qui mêle polar et humour noir. Je connais Stéphan Guérin-Tillié depuis très longtemps et, quand j’ai lu son scénario, j’ai été bluffée par l’originalité de l’histoire, par les dialogues, qui sont dignes d’un Michel Audiard. En plus, Stéphan a un univers visuel extrêmement personnel. Du coup, son film a une vraie personnalité, ce n’est pas si fréquent. ”

LA TRENTAINE

“ Même si je garde une tête de bébé, j’ai eu trente ans le 30 septembre dernier, sans avoir d’ailleurs l’occasion de m’attarder sur cet anniversaire qui, normalement, est un cap. Tout de même, j’ai pensé que, il n’y avait pas si longtemps, la trentaine ne faisait que me guetter et que c’était une échéance qui me paraissait en somme hypothétique. Tout à coup, elle est là. Et elle me met au pied du mur de certaines réalités qu’il va bien falloir que je prenne en compte : je ne suis pas mariée, je n’ai pas d’enfants. Mais j’avais besoin de mettre mon pied dans la porte de ce métier, je n’aurais pas été capable de m’investir dans une vie de famille sans avoir accompli mes rêves, je n’aurais pas su gérer cette frustration, ç’aurait été trop douloureux, tant pour moi que pour mon entourage.

Désormais, je me pose de plus en plus de questions à propos de la vie de famille et de l’âge de mes cellules. Pendant longtemps, je me suis complu dans une posture post-ado rebelle par rapport à la planète : je ne voulais pas offrir une poubelle à mes enfants. Et puis, j’ai rencontré les gens de Greenpeace qui m’ont expliqué que voir les choses de cette façon était une erreur, qu’il fallait au contraire que les gens ayant la conscience et le respect de la nature et des êtres qui nous entourent se mobilisent et s’activent. Donc, je me dis maintenant que je pourrais bien offrir des petits guerriers pour protéger cette planète. ”

ÉCOLOGIE

“ Écolo, c’est un mot qui vous range dans une catégorie, alors que j’ai surtout l’impression d’être normale quand je dis qu’il faut s’efforcer de préserver l’endroit qui nous accueille et dont nos enfants hériteront. Tout ce qu’on achète, tout ce qu’on consomme a une répercussion sur le sort de la planète et les gens l’ignorent trop souvent. Il faut prendre conscience, par exemple, qu’on ne peut pas se servir indéfiniment en Afrique, aller piquer aux Africains leurs ressources minières et autres richesses et, ensuite, les laisser dans la misère, les guerres civiles, la famine, comme si ça n’avait aucune importance. Quand j’achète quelque chose, je m’efforce d’en connaître l’origine, de savoir comment ça a été produit, comment ça a été fabriqué. Bien sûr, comme je ne suis pas parfaite, je laisse parfois mon envie museler ma conscience et j’achète les yeux fermés. Mais se boucher les yeux constamment, c’est devenir la victime volontaire d’un système qui essaie de nous rendre irresponsables. J’essaie d’être manipulée le moins possible. ”

L’AMÉRIQUE

“ Je n’avais pas de rêve hollywoodien en commençant ce métier, d’autant que l’Amérique ne m’a jamais fascinée, et je n’en ai toujours pas. J’ai tourné “Big Fish”, de Tim Burton, mais c’était parce que Tim Burton est une de mes idoles, que l’histoire était sublime et que j’avais un très joli rôle, non pas parce que j’avais des arrière-pensées de carrière américaine. J’ai tourné “Mary”, d’Abel Ferrara, avec Forest Whitaker et Juliette Binoche, qui a été présenté au dernier Festival de Deauville, mais c’était d’abord une formidable rencontre. En ce moment, je tourne “A Good Year” sous la direction de Ridley Scott, avec Russell Crowe, et c’est une super jolie histoire, mais je ne pars toujours pas à la conquête de l’Ouest. Je ne me suis jamais dit que ce métier avait des frontières que je devais franchir. Ça fait simplement partie de mon parcours et tant mieux s’il emprunte des chemins de toutes les couleurs et dans toutes les langues. ”

LA CÉLÉBRITÉ

“ La célébrité n’est un remède à rien. La célébrité ne me sert qu’à recevoir des scénarios formidables et à faire de beaux films. De façon anecdotique, la célébrité peut me permettre d’obtenir une place dans un restaurant bondé, ce dont je me fiche malgré tout, elle fait aussi que les gens sont gentils quand ils me croisent, quand je vais acheter une baguette de pain. Surtout, grâce à elle, je peux pousser des portes à la rencontre de belles personnes, des personnes intéressantes avec qui j’ai envie de faire un bout de route pour raconter des histoires. Mais ce n’est en aucun cas la clé du bonheur. ”

MOI ET LES GENS

“ Pendant longtemps, je ne me suis pas aimée, je ne me supportais pas. J’ai communiqué assez tard avec les gens, je ne savais pas comment m’y prendre, je ne suis pas sûre de le savoir aujourd’hui. Bon, quand même, une certaine détente s’est installée depuis que je me sens désirée par ce métier. Se sentir désirée est évidemment très agréable, très épanouissant. Une confiance arrive : je sais que je suis capable de faire des choses même si je m’affirme que je suis incapable de les faire. Je me rends bien compte que c’est contradictoire, que je ne suis pas loin d’une légère schizophrénie.

Je crois que, petit à petit, je me réconcilie avec moi-même. Il y a encore de vieux relents d’autodénigrement. Il me reste quand même le sentiment que la première impression que les gens doivent avoir de moi, c’est que je ne suis pas méchante mais que je ne suis pas non plus hyperintéressante, qu’il y a un truc qui cloche. Je ne sais pas comment expliquer ça. La notoriété n’y change rien parce que c’est trop ancré en moi. Alors ça se traduit, au choix, par un mutisme très difficile à casser ou bien par un flot de paroles qui peut vite devenir insupportable. Alors, c’est mon prochain gros dossier : moi et les gens, les gens et moi. ”

LE BONHEUR

“ À un moment donné, je me suis rendu compte que je m’interdisais d’être heureuse. Que, à cha-que fois où j’ai eu des occasions d’être heureuse, je m’arrangeais pour que les choses capotent. J’ai cherché à comprendre, j’en ai parlé autour de moi et je me suis aperçue que je partageais ce penchant avec pas mal de personnes. J’ai envie d’être heureuse et, en même temps, j’existe plus facilement dans le mal-être. Peut-être parce que le malheur, tu ne redoutes jamais que ça s’arrête, au contraire du bonheur ! Si bien que, d’une façon tordue, le malheur est plus confortable que le bonheur. Être mal, d’une certaine façon, ça m’évite d’avoir peur de souffrir.

Cela étant, quand j’envisage le bonheur, ce n’est pas dans une perspective personnelle. Je suis heureuse quand je consulte la presse le matin et que je lis qu’il y a 40 % de déforestation en moins en Amazonie. Ça me rend très heureuse, bien sûr, de faire des films et d’être avec des gens que j’aime, et si quelque chose ne va pas, je sais que j’ai la possibilité d’essayer d’y remédier. Si bien que le vrai bonheur, pour moi, porterait en priorité sur les choses sur lesquelles je ne peux pas peser, sur lesquelles je n’ai pas de pouvoir. Et on en revient à l’écologie : l’espérance que ce monde soit, à mes yeux en tout cas, moins flippant que ce qu’il est maintenant. ”

A bird in the hand

from The Sunday Times (UK) / by Demetrios Matheou

It’s the role a French actress would kill for — that of national heroine and Little Sparrow Edith Piaf. But Marion Cotillard has never shrunk from a challenge: she’s even squaring up to Russell Crowe, says Demetrios Matheou

There’s a scene in the recent French film A Very Long Engagement you don’t forget in a hurry. A woman ties a man to a bed, straddles him, then shoots shards of glass into his flesh — all in the name of avenging her lost love. The film was hailed in all the pre-release hype as the reunion of Amélie’s gamine star, Audrey Tautou, and her director, Jean-Pierre Jeunet, but it was Marion Cotillard, the French actress playing the avenging angel, who caught the attention and stole the film. In fact, appearing in just a handful of scenes, Cotillard’s fabulous Corsican angel of death, Tina Lombardi — who uses disguise, deceit and sex to get to her victims — cried out for a whole film all to herself.

Cotillard was already a rising star in her country when she was cast in Jeunet’s film, thanks to her role in the three popular (if vacuous) Taxi films. Lombardi, however, won her a César award and has supercharged her rise to the top of a new generation of Gallic actresses making their mark both at home and abroad. She is currently filming A Good Year, in Provence, with the powerhouse duo of Ridley Scott and Russell Crowe; she then walks into the role of a lifetime for any French actress, playing Edith Piaf.

French women have always offered a certain je ne sais quoi for international audiences — today, as Cotillard acts opposite Crowe, Tautou is lending support to Tom Hanks in The Da Vinci Code. They can end up as little more than exotic wallpaper in Hollywood films (Emmanuelle Béart’s unhappy time on Mission: Impossible springs to mind), but, presumably, what brings them to the attention of American directors in the first place is the daring and edginess of their work on home turf. And the sultry, ingenious Lombardi is no exception on Cotillard’s already fat CV. “I do like extreme characters,” she admits, perching on the edge of her seat in a Paris hotel, “but I think they are extreme because they are full of passion — they are rich inside. Tina Lombardi was such a beautiful character. What I love in her is that she’s not a cliché of the femme fatale. She’s just a girl who loves her man and feels desperate about losing him. It’s not just about revenge. She is in that huge country, searching for something. She’s lost, destroyed inside.”

Cotillard actively wanted to vent some fury after her first Hollywood outing, in Tim Burton’s Big Fish, in which she played Albert Finney’s daughter-in-law, entranced by his outlandish stories. “I have noticed that a character always comes to me when I need it,” she says. “When I wanted to play a romantic comedy, one immediately came along. When I wanted to work with a director who gave me a passion for acting, Tim Burton asked me to do Big Fish. When I was making that film — and my character, Josephine, is very sweet — I knew my next need was anger. Then I read Jean-Pierre’s script. I was thinking, ‘Thank you, life, thank you again.’ I am still impressed by these coincidences.”

There you have a map of Cotillard’s contradictory character. She is a grateful enthusiast who believes she leads a charmed life, yet she is brave, seeking out dark roles wherever she can, and usually investing the seemingly frothy parts with a psychotic edge. The “romantic comedy” she mentioned, Love Me If You Dare, gave new meaning to the genre: she and Guillaume Canet play childhood sweethearts whose affection is demonstrated in dares that are vindictive and dangerous. She confesses that she is interested only in “complicated people”. I introduce her to the phrase “warts and all” and she grabs it. “Yes, I like people warts and all.”

Her beauty is of an elfin variety that suggests ambiguity and mystery beneath the happy, friendly exterior. Dressed today in blue jeans and a green T-shirt, with little bowed shoes, she could be just another gorgeous Parisian talking earnestly over an espresso, were it not for the sense of something knowing and secret in her eyes. Lucile Hadzihalilovic, who directed Cotillard in Innocence, her latest film to open in the UK, speaks of her “melancholy air”, and this quality is much to the fore in her performance in an altogether enigmatic, discomfiting and brilliant film.

Based on a short story by the German author Frank Wedekind, Innocence is set in a girls’ school in the middle of a forest, cut off from the world by a huge wall with no door. New pupils arrive through catacombs at the boarding school-cum-prison, where they are taught dance, physical education and biology; at night, the older ones perform in a theatre for an unseen audience. If they try to escape, they are confined to the school for ever. The film is so open to interpretation that I have to ask Cotillard, who plays the girls’ dance teacher, what she thinks it is about. While her English — learnt at school, in Berlitz classes, watching English films without the benefit of subtitles — is perfect, she is, for the first time, lost for words. Finally, she comes up with: “I think what attracted me to do it is that Lucile has that talent — to create strange atmospheres with very little. On the set, everyone had different interpretations. We didn’t really discuss it, but I think that mystery about what we were doing created a kind of complicity between us.”

Setting out to create a back story for her sad, leotarded instructor, she decided that Mlle Eva had been one of the girls confined to the school for ever. “I wanted her to be like a 12-year-old, a child who is playing at being a teacher, but is really much like the other girls, because she hasn’t seen anything of the world.” To add a little spice, though, she and her co-star, Hélène de Fougerolles, decided their fellow teachers were secretly in love with each other. “And maybe they do something about it, who knows?” she smiles. The pair had to work with 35 children, aged between 5 and 12. “It was a movie without any money, so we had to be quick. At the same time, when you work with children, you have to respect their rhythm. But it was not especially difficult, because the kids were impassioned. They had huge courage.”

She knows something about acting young. The daughter of two actors (her father, Jean-Claude Cotillard, is also a drama teacher), she started acting as a teenager. “When I was younger, I was shy, not at ease with myself,” she recalls. “I did not speak much. So my imagination was big. Then, one day, I started to act, and I realised it was my way of sharing things with people, to talk with them.” At first, she suffered from stage fright, but says she is beginning to accept it as “a normal part of acting”. But the attention she garnered when, at 23, Luc Besson cast her as the long-suffering girlfriend of the speed-freak taxi driver in the French smash hit Taxi was another matter. “The success of that was hard to handle at the beginning, partly because, although I kind of like those movies, that role was not one I would normally look for. I wanted a role like Tina Lombardi. It was a little bit weird — I was young and didn’t know anything. So I handled it in my way, with my rhythm, which is quite slow.”

Doing things their own way, often for good causes, seems a very French-actress thing: Bardot demonstrating for animal rights; Béart risking arrest for her political campaigning and her subsequent, less controversial work with Unicef. Cotillard has long been a spokesperson for Greenpeace, one of her more engaging stunts being to volunteer to have her home tested for toxic chemicals as part of the charity’s Vacuum Clean the Chemical Industry campaign. “I will quit Greenpeace when we don’t need Greenpeace any more,” she says. “I hope it will be before I die, but I’m not optimistic.”

She is 30 this month, but has already accumulated a great deal of experience, having worked with directors as different as the Frenchman Arnaud Desplechin and the maverick American Abel Ferrara (in his upcoming Mary, with Juliette Binoche, about a woman obsessed with Mary Magdalene). In Mary and Big Fish, she plays supporting roles, but A Good Year sees her squaring up as the lead opposite the formidable Crowe. Based on a book by Peter “A Year in Provence” Mayle, it features the Australian as a London banker who moves to France, where he has inherited a vineyard, only to encounter an American, played by Cotillard, who claims the land is hers. She is typically unassuming about her growing international career. “I have an agent in LA,” she says matter-of-factly, “and there are some propositions sometimes. But it is just as important to me to work with directors in Japan, or Spain, or Italy, as in America. Also, my career is not the only important thing for me. My work and my private life are inseparable. I can’t be happy in one if I’m not happy in the other. I wouldn’t sacrifice everything for my work, but I need it to nourish my personal life.”

Meanwhile, if squaring up to Crowe with an American accent seems daunting, taking on Piaf in La Môme (“Little Sparrow”, La Môme Piaf, was the singer’s stage name) is the sort of challenge French actresses would die for — and could well do so in the attempt. “I’m really, really excited,” she says, unsurprisingly, “but it’s scary, too. People who knew her are still alive. She was such a fantastic person. I can ’t mess it up.” She laughs. “I’m not allowed to. I have to be good.” Will she do her own singing? “I love to sing, but I’m not a singer,” she says with a glint in her eye. “Let’s be realistic. She had a unique voice. I can’t sing like her.” She hasn’t decided yet how much she will lip-synch and how much she will perform herself. Piaf’s life, though — raised in a brothel, blind for four years as a child, helping the French resistance, being accused of murdering her manager and dying of cancer at 47 — has the mixture of passion and despair on which Cotillard clearly thrives.

She agrees with a sigh that the whole of France will be watching her effort. “I feel like I’m at the foot of Everest and I have to climb it. But I will do it.” Rien de rien. Innocence opens on September 30

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