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Marion Cotillard : J’ai toujours peur de décevoir

Marion Cotillard : J’ai toujours peur de décevoir

Le destin, qui sait être clément à l’occasion, a décidé qu’elle serait l’Élue. Tous les storytellers qui tricotent des légendes au kilomètre peuvent rentrer se coucher : chez Marion Cotillard, le mythe s’accommode fort bien de la réalité. C’est une météorite qui traverse le ciel étoilé du cinéma sans qu’aucun satellite n’entrave sa course. Actrice française, star hollywoodienne, sa carrière internationale est sans équivalent.
Ce matin-là, elle nous reçoit simplement chez elle, quelque part sur la rive gauche. « Je ne vis pas à Los Angeles », souligne-t-elle malicieusement. Dans le salon, l’arbre de Noël a été épargné, un souhait de Marcel, son fils, bientôt 4 ans – une merveille -, qui rentre du judo et joue dans sa chambre avec des éléphants en peluche.

Ce n’est pas l’égérie magnétique de la maison Dior qu’on a sous les yeux, mais une femme qui, par ailleurs, est mère de famille et star de cinéma. Marion Cotillard ôte ses Veja (des baskets écologiquement correctes) et s’installe sur son canapé gris. On s’attarde sur ce visage si expressif qu’il a envoûté James Gray ou Christopher Nolan, beauté mélancolique avec ce teint opalescent et ses yeux qui, face à une fenêtre, virent au bleu marine.

Aujourd’hui, l’agenda de l’actrice est plus rempli que celui de l’ambassadeur d’une grande puissance : dans une semaine, elle fera le grand écart entre Paris et Hollywood, ses deux pôles d’attraction. Elle est nommée à la fois aux césar et aux oscars pour Deux Jours, une nuit, le film belge des frères Dardenne, qui commença son voyage au dernier Festival de Cannes. Rien n’est plus vraiment étonnant dans l’itinéraire stratosphérique de Marion Cotillard, dont les rebondissements forcent l’admiration. Aux États-Unis, elle est vénérée – le mot n’est pas trop fort. Elle a réussi l’impossible tour de force : faire oublier qu’elle est française et prétendre à des rôles habituellement dévolus aux stars américaines de la liste A.

Rien aujourd’hui ne semble lui faire peur. Elle vient d’être Lady Macbeth auprès de Michael Fassbender (Macbeth, de Justin Kurzel, probablement au prochain Festival de Cannes) et tournera dès juillet Mal de pierres, de Nicole Garcia. Entre-temps, elle sera Jeanne d’Arc dans Jeanne d’Arc au bûcher, l’oratorio d’Arthur Honegger, dans une version scénique qui constitue l’événement de la Philharmonie de Paris les 4 et 5 mars prochains, avant de voyager jusqu’au Lincoln Center à New York. Rencontre avec un prodige.

Les photos d’Alex Prager pour Madame Figaro révèlent une nouvelle facette de votre beauté. Quel rapport entretenez-vous avec cette Marion Cotillard-là, objet d’art et objet de beauté ?

J’ai un visage très mobile, très mouvant, très fluctuant. C’est parfait pour le cinéma, mais je ne suis pas un canon de beauté, ce n’est pas si difficile de me rendre laide. Je ne sais absolument pas parler de beauté, ou d’une beauté présumée qu’on m’attribuerait. Quand on me rencontre, personne ne pense : « Elle est splendide. » Je ne suis pas définie par mon physique. Je ne suis pas Monica Bellucci, dont la beauté est si étonnante qu’elle a dû forcément conditionner sa vie et son rapport avec les autres. Chez les actrices, j’aime les physiques singuliers et lumineux. Celui d’Ana Girardot. Celui de Meryl Streep. Je trouve Penélope Cruz sublimissime et Jessica Chastain aussi : j’adore les rousses. Angelina Jolie, que j’ai croisée quelquefois, est superbe mais c’est une beauté un peu trop impressionnante. Celle que je trouve époustouflante, c’est Charlotte Casiraghi. La première fois que j’ai dîné avec elle, je ne pouvais pas détacher mon regard de son visage. Bien sûr, il y a les choses qui vont avec : l’intelligence, la simplicité, la vivacité, la gentillesse. Tout cela transcende et démultiplie la beauté.

Les Américains considèrent que vous rayonnez de la photogénie des stars de l’âge d’or hollywoodien…

Ce qui est exact, c’est qu’ils ne m’ont encore jamais proposé un rôle où je suis dépouillée de tout artifice. Peut-être dans The Immigrant, de James Gray, où je portais très peu de maquillage, mais c’est un peu particulier, c’est un film en costumes. À l’inverse, dans Deux Jours, une nuit, Sandra, mon personnage, affronte la vie le visage nu. C’est une de mes plus belles expériences. Une expérience unique. Avec les frères Dardenne, j’étais au-delà de la confiance : c’était une communion, une fusion même. Dans un autre genre, je me suis beaucoup plu dans De rouille et d’os, de Jacques Audiard. C’est mon rôle le plus sexy, le plus charnel. Une fille lumineuse comme je les aime.

Avez-vous un regret concernant ce parcours exceptionnel ?

Ne pas avoir tourné avec Patrice Chéreau. Sa mort a brisé mon cœur d’actrice, j’ai ressenti une peine immense. Je pensais à cette expérience dont j’avais si souvent rêvé et que je ne vivrais jamais. C’était un des plus grands. Son film Intimité, mon préféré, est un chef-d’œuvre.

Vous voilà en lice pour un deuxième oscar, une première pour une actrice française.

Que je sois nommée pour un film belge est fou. C’est vraiment une surprise, je n’ai pas fait de campagne,je ne pensais même pas être envisagée comme un outsider. Je suis convaincue que c’est Julianne Moore qui va l’emporter – c’est sa cinquième nomination et elle est remarquable dans Still Alice -, mais je suis tellement heureuse d’emmener le film des Dardenne à Hollywood ! Et puis ce qui me fait plaisir, c’est que les membres de l’Académie considèrent mon travail. Le week-end du 20 février s’annonce mouvementé, il y a les césars à Paris puis les oscars à Los Angeles, et, entre ces deux cérémonies, les Independent Spirit Awards, où je suis nommée pour The Immigrant. Il est prévu que je me prépare dans l’avion et que je fasse un stop dans une chambre d’hôtel sur le chemin pour passer ma robe…

Que vous inspirent ces nominations multiples ?

Même si je ne le vis pas comme ça, il s’agit bel et bien d’une compétition. Mais, contrairement à une compétition sportive, une compétition d’artistes, ça n’a pas véritablement de sens. Ainsi, comment comparer Deneuve et Binoche, deux magnifiques actrices, toutes deux nommées aux césars ? Comment expliquer que Céline Sallette, époustouflante dans Geronimo, ne soit pas mentionnée ? Mais c’est le jeu bien sûr, un jeu totalement paradoxal, avec d’un côté cette compétition entre des actrices qui ont peu à voir les unes avec les autres, et de l’autre une reconnaissance magnifique par les pairs du métier. Je suis fière et heureuse de me retrouver avec toutes ces belles actrices.

Comment gérez-vous ce tourbillon de succès et toutes les contraintes qu’il impose ?

J’essaie de faire du mieux que je peux. Je mène une vie assez particulière, mais dans cette particularité, j’ai la chance de ressentir beaucoup de joie. Je ne peux me plaindre de rien.

Avez-vous atteint une plénitude en tant que femme ?

Pas encore. Une actrice est un animal très particulier ! Quand j’ai commencé ce métier, je n’assumais pas du tout ce besoin de reconnaissance et l’envie d’être aimée. Je vis mieux avec aujourd’hui, mais je suis encore loin de ne plus désirer cela, encore loin de cette sagesse.

N’est-il pas naturel d’avoir envie d’être aimée ?

Être aimée, oui sûrement, mais je pense que le besoin de reconnaissance est une pathologie qu’il est impossible d’assouvir totalement. Et j’ai toujours peur de décevoir. Cette insécurité, propre à toutes les actrices, crée parfois des tensions. J’ai reçu beaucoup de reconnaissance, plus que je ne l’aurais imaginé. Mais en fait, aucune récompense ne peut véritablement assouvir ce besoin, disons que cela donne une assurance éphémère. Seul un travail sur soi afin de trouver l’origine de ce besoin peut en venir à bout.

Qu’est-ce qui vous apaise ?

Mes proches. Et des gens comme Pierre Rabhi, un altruiste, l’une des plus belles personnes que j’aie dans ma vie.

Et la création sans doute. Actrice, musicienne, récitante dans un oratorio… La réalisation vous tente-t-elle, comme beaucoup de vos consœurs ?

J’ai besoin de m’exprimer. La réalisation permet d’être entièrement maître d’un processus et d’un objet créatif. Cela n’est pas complètement possible lorsqu’on est actrice. J’ai coréalisé avec Eliott Bliss le dernier clip de la campagne Dior. J’ai adoré ça. Le résultat me ressemble. Oui, j’ai envie de réaliser, de filmer, de diriger des actrices et des acteurs. Je le ferai un jour. J’ai échangé avec Robin Wright, qui a signé quelques épisodes de House of Cards, elle en parle d’une manière enflammée.

Avant cela, vous aurez tourné avec Nicole Garcia…

J’ai toujours aimé cette femme. Pourtant, lorsque j’ai reçu le scénario du film (Mal de pierres, NDLR), j’ai résisté. C’était pendant le tournage de Macbeth et, le film terminé, je ne voulais pas être habitée par un autre personnage. Mes rôles m’envahissent et m’empêchent de vivre pleinement ma vie. D’autant plus que je choisis rarement des histoires légères.Et Macbeth était tellement sombre. Donc, j’avais décidé de reprendre le contrôle de ma vie, de n’appartenir qu’à moi quelque temps. Et puis j’ai lu deux pages et j’ai été embarquée. Dans ma tête, le travail a déjà commencé, au-delà de ma volonté…

 

Jeanne d’Arc revue par Alex Prager

« Quand j’ai découvert Alex Prager, j’ai été immédiatement séduite par son travail, qui me rappelle par certains aspects celui de Martin Parr, dont je suis fan. C’est plus qu’une photographe, c’est une artiste qui met véritablement en scène ses images. Lorsque je lui ai parlé de l’oratorio d’Honegger, nous sommes tombées d’accord sur le principe d’une évocation de Jeanne d’Arc : c’est la direction de l’inspiration. Je n’aime faire des photos que lorsqu’il y a quelque chose à raconter, ou une histoire à me raconter. Alex Prager m’a dirigée comme un metteur en scène. Elle me disait : “Tu es dans tel état d’esprit”, ou “Ton armée est derrière toi”. Elle choisit tout, contrôle tout, coiffure – je porte une perruque -, maquillage  et stylisme. Au make-up, elle inspectait même  la pose du mascara ! Elle est d’une précision absolue. On a shooté dans une vallée près de  Los Angeles, j’avais l’impression qu’on tournait  un film avec des effets spéciaux, et même du feu : des rampes, des bonbonnes de gaz…, tout  cet environnement était très inspirant. J’ai besoin de ressentir une très forte connexion avec  le photographe pour réussir des images. Sinon, il n’y a rien dans le regard et tout est à jeter. »

Acharnée

Acharnée

Héroïne de “Deux jours, une nuit”, des frères Dardenne, présenté en compétition, l’actrice revient sur les cinéastes (James Gray, Jacques Audiard) qui ont marqué sa carrière

Marion Cotillard est assise sur un canapé, dans le salon de son agent. « Ça ne vous dérange pas que je fume ? », demande-t-elle et la voilà qui plonge aussitôt dans son sac à la recherche de son tabac. Car elle roule elle-même ses cigarettes, non sans une certaine maladresse qui la fait sourire. « Ça ressemble à un pétard, vous ne trouvez pas ? Heureusement que vous ne filmez pas ! »

Elle accepte des rôles complexes, délicats, étranges. Des performances qui lui donnent souvent du fil à retordre. « Je sais, et ça ne s’arrange pas avec le temps. En début d’année, j’ai accepté de jouer Macbeth, sous la direction de Justin Kurzel (Les Crimes de Snowtown), avec Michael Fassbender. En anglais… Une pure folie ! Faudra que je me décide à comprendre, un jour, pourquoi je me pourris ainsi la vie. Mon problème, c’est d’obéir à des coups de cœur. Je choisis d’abord, je réfléchis après… »

Mais elle choisit bien. La revoilà à Cannes pour la troisième année consécutive. Après Jacques Audiard (De rouille et d’os, 2012) et James Gray (The Immigrant, 2013, superbe mélo incompris), elle a rejoint l’univers de Jean-Pierre et Luc Dardenne. Dans Deux jours, une nuit, elle interprète une ouvrière qui cherche à convaincre ses collègues de la soutenir pour lui éviter le renvoi…

Les frères Dardenne

« Je peux me montrer combative pour tourner avec un ­cinéaste que j’aime, mais les Dardenne me paraissaient inaccessibles. Ils étaient trop loin de moi, de ma filmographie… Quand ils m’ont appelée, il m’a semblé, comme dans un conte, entrer dans un monde qui, en tant que spectatrice, me transportait. J’avais vu tous leurs films plusieurs fois et, au début, je leur ai posé un tas de questions de fan, au risque de les soûler ! Dans Le Fils, par exemple, mon préféré avec Le Gamin au vélo, j’avais été émerveillée par une scène où l’enfant passe à l’arrière de la voiture conduite par Olivier Gourmet. C’est simple, en apparence. En fait, le plan est d’une complexité technique incroyable. Et j’avais la chance qu’ils me l’expliquent en détail, à moi, leur spectatrice…

C’est ce que j’aime en eux : ils ne cessent de penser au spectateur, contrairement à tant de cinéastes qui le considèrent comme… peut-être pas inutile, mais surnuméraire. Attention, la question n’est pas, pour eux, de plaire au spectateur, de le séduire à tout prix, mais au contraire de le dérouter et de le surprendre. Il reste présent dans leurs pensées à chaque étape de leur travail… Jean-Pierre et Luc commencent par répéter, durant des semaines, seuls tous les deux. J’aurais vraiment aimé être une petite souris pour les observer, jouant ainsi tous les rôles et esquissant leurs futurs mouvements de caméra… Ensuite, un bon mois durant, se tiennent les vraies répétitions, dans les décors et avec les comédiens. Là, ils ne se préoccupent pas encore du jeu des acteurs, mais moi, dans l’énergie de leurs plans séquences, je choisissais déjà les attitudes et les intonations du personnage. Ils m’ont cependant demandé d’effacer mon accent parisien. “Pour en adopter un belge ?”, ai-je demandé. “Juste quelques résonances”, ont-ils répondu. Bon !…

Comme actrice, je n’ai pas de méthode. Mais pour certains rôles plus compliqués je commence, dès les répétitions, à travailler de mon côté avec les éléments que j’ai, et surtout avec ceux que je n’ai pas. Je m’isole dans ma chambre, des soirées entières, et je médite. Peu à peu, au cours de ces rêveries, des images m’apparaissent, des musiques aussi, des bouts de scènes qui me révèlent le personnage, ses ­secrets, ses manques, ses doutes. Ce qui le fait avancer, ce qui le bloque, ce qui le met en colère. Certaines trouvailles ne me plaisent pas forcément, mais je les garde. Et je les note sur un carnet. Certaines pistes disparaissent, d’autres persistent et je m’y accroche. Elles deviennent des évidences pour toute l’aventure du tournage.

Je suis sûre que beaucoup me trouveront bêtassonne, ridicule ou prétentieuse. Je m’en fous, ça m’aide… Sur le film des Dardenne par exemple, où tout est minutieusement écrit, moi, je me disais constamment : “A quoi pense-t-elle quand elle ne dit rien ? Pourquoi a-t-elle fait une dépression ? Comment s’en est-elle sortie ? A-t-elle conscience du mal qu’elle a pu causer à ses proches ?…” Et je me plongeais dans mon carnet. Tout ce que j’ai pu imaginer et y noter, personne ne le connaît, pas même les frères. Ça ne regarde que moi. C’est mon boulot.

Il m’a été utile, ce carnet ! Car les Dardenne sont d’une méti­culosité incroyable. A la fin d’un plan séquence de huit minutes, ils sont capables de me dire d’enfiler ma chaussure droite, de respirer trois secondes – pas quatre ! – et de verser deux larmes – pas une, deux – tout en enfilant ma chaussure gauche. Et on recommencera soixante fois le plan séquence s’ils n’en sont pas satisfaits. Moi, ça me ravit, ça m’excite. Mais quand, au bout de plusieurs heures, je me sentais moins sincère, hop ! je puisais dans mon carnet d’autres pistes, d’autres repères pour leur donner l’émotion qu’ils attendaient. »

James Gray

« Avec James Gray, j’ai moins eu besoin de mon petit carnet. Je n’avais pas à inventer le passé de mon personnage, parce que James le nourrissait lui-même en me parlant de ses origines, de sa famille. C’est un conteur extraordinaire ; il adore, à travers ce qu’il dit, vous aider à éprouver ce qu’il veut. Avec lui, l’inspiration vient de l’information.

Le plus dur, pour moi, c’était les accents. J’avais un coach pour me faire parler anglais avec un accent polonais. Et un autre pour me faire parler polonais sans accent du tout… Évidemment, dans ma pauvre tête, je voyais tous les Polonais de la Terre venir voir le film et hurler de rire. A la fin de chaque prise, au grand étonnement de James – ce qui me rendait folle de rage – je me ruais sur mes vingt-deux pages en polonais pour travailler la prononciation encore et encore. Stress total…

James ne dirige pas aussi précisément que les Dardenne – personne ne le peut ! Mais pour la scène de l’église, il s’est montré méticuleux. Avant d’émigrer en Amérique, Ewa, mon personnage, était infirmière. “Elle a donc le goût des autres”, m’expliquait-il et il voulait que, filmée de très près, j’exprime cette dévotion. Sa foi en Dieu, sa passion pour sa sœur et même son affection pour cet homme amoureux qui la prostituait. C’est un personnage de Dostoïevski, Ewa ; elle a la capacité d’entrevoir la lumière en chaque être, même le plus sombre. De déceler la beauté chez celui qui refuse de la voir en lui… 

On a beaucoup travaillé. De prise en prise, on a essayé de magnifier la scène, de faire naître des intensités différentes, jusqu’à l’hystérie pure – comme dans ces chaînes de télé américaines où les fidèles se perdent dans la démesure. James voulait que le spectateur sente le don total d’Ewa. Son sacrifice absolu. Je ne me souviens plus du détail de ses indications, mais le mot qui m’a accompagnée tout le temps était « incandescence ». Et c’est ce qu’est le film, je crois, pas forcément émouvant, mais incandescent. J’ai parlé à James du reproche de froideur qu’on allait lui faire. Il m’a répondu, étonné : “Mais je suis ainsi.” En fait, c’est un hypersensible qui prétend ne pas l’être, sans que l’on sache vraiment s’il croit lui-même à ce qu’il dit. »

Jacques Audiard

« J’aimerais parfois être Daniel Day-Lewis. Il va voir les décideurs : “Je veux six mois de répétition, sinon je ne fais pas le film”… Pour De rouille et d’os, j’ai fait exactement l’inverse. J’étais à Hollywood – je finissais Batman –, donc je ne pouvais pas assister aux répétitions prévues. Et comme je venais d’avoir un bébé, je n’étais pas très disponible le soir, après les prises. Je sentais Jacques frustré et ça m’angoissait. Je ne voulais pas qu’il me croie indifférente, je-m’en-foutiste, paresseuse. Au contraire, j’adorais le personnage. Aussi abîmée soit-elle, Stéphanie est le rôle le plus sexy que j’ai jamais joué. A tel point que j’ai adoré tourner ses scènes d’amour. Généralement pour moi, c’est une épreuve, une horreur… Là, j’étais heureuse qu’elle puisse, soudain, un peu grâce à moi, redécouvrir la sensualité, le sexe, le plaisir. Sa renaissance me bouleversait…

Jacques traîne toujours un « cahier B », parallèle au scénario officiel : il y écrit des scènes qu’il tournera ou non, mais qui, même tournées, ne se retrouveront pas forcément dans la version définitive. J’ai cru remarquer qu’il se montrait nettement plus directif quand il utilisait son « cahier B » : la scène où je répète les gestes de mon numéro avec les orques, il me l’a fait recommencer un nombre incalculable de fois… En fait, c’est après le tournage qu’il m’a, je crois, appréciée. Sans doute a-t-il compris que je regrettais de ne pas avoir pu lui apporter, aux répétitions, ce qu’il souhaitait. On doit se ressembler. Avec lui, on ne sait pas toujours où l’on va, mais quand on y arrive, on le sent… Je déteste décevoir mon réalisateur : mon rêve, à chaque fois, c’est de plonger dans son univers pour tenter d’y trouver, avec lui, des parcelles d’authenticité. Tout le reste, c’est de l’inutile. Du superflu… »

En compétition

Deux jours, une nuit, de Jean-Pierre et Luc Dardenne, en salles le 21 mai.

Cannes : éblouissante Marion Cotillard dans «Deux Jours, une nuit»

Cannes : éblouissante Marion Cotillard dans «Deux Jours, une nuit»

Marion Cotillard est éblouissante dans « Deux Jours, une nuit », le nouveau film des frères Dardenne, présenté hier à Cannes et qui sort aujourd’hui.

À Cannes, Marion Cotillard a passé, dans sa carrière, bien plus que « deux jours, une nuit », du nom du film de Jean-Pierre et Luc Dardenne, en lice pour la Palme sous pavillon belge, présenté hier sur la Croisette et qui sort aujourd’hui sur 310 copies. Les deux frères ont déjà décroché l’or à deux reprises : en 1999 avec « Rosetta » et en 2005 pour « l’Enfant ». Une troisième, tout à fait possible, signerait leur grand chelem. Sinon, la môme Cotillard peut d’ores et déjà prétendre à un prix d’interprétation féminine. A 38 ans, elle interprète de manière éblouissante Sandra, une ouvrière qui joue le tout pour le tout pour ne pas perdre son travail. Nous l’avons recontrée hier après-midi.

Jouer une ouvrière quand on a une vie privilégiée, c’est une façon de remettre les pendules à l’heure ?
MARION COTILLARD.
Pas du tout ! S’il est vrai que j’ai une vie privilégiée, je ne suis pas entourée de gens qui le sont, je ne viens pas d’une famille fortunée. Je ne suis pas déconnectée du monde. Il me questionne, il me touche. Cette société qu’on a créée, je n’oublie pas que j’en fais partie. Ensuite, je ne choisis pas un rôle sous prétexte qu’il donnerait un éclairage à ma vie personnelle, ni pour y changer quoi que ce soit. Mais uniquement si j’éprouve un besoin brûlant de le faire.

Quelle brûlure ici ?
Le sujet qu’il traite : cette difficulté à trouver sa place. Et la question qu’il pose : comment comprendre qu’on peut être utile au monde alors qu’on peut s’y sentir de trop.

Comment vous êtes-vous retrouvée chez les Dardenne ?
La première fois que je les ai rencontrés, c’était à l’occasion du film de Jacques Audiard, « De rouille et d’os ». Ils coproduisaient la partie belge. Nous nous étions dit bonjour entre deux ascenseurs. J’étais très impressionnée. Plus tard, mon agent m’a annoncé qu’ils envisageaient une collaboration avec moi. C’était impensable, même si je les mettais tout en haut de ma liste. Ils ont l’habitude de travailler avec des acteurs belges.

Qu’avez-vous appris avec eux ?
Ils m’ont fait puiser plus loin dans mes ressources, dans mon imaginaire. Parce que leur façon de tourner réclame une totale perfection dans tous domaines. Et que lorsqu’on a atteint 70 fois la même émotion, on est un peu usée. Comment faire pour que ça fonctionne une fois de plus ? Alors on va chercher toujours plus profondément en soi-même.

Il paraît que vous avez gardé le débardeur rose que vous portez pendant tout le film…
Je ne garde jamais les costumes, mais, là, l’équipe me l’a offert, dédicacé par tout le monde.

Vous voyagez à Cannes avec une armée de bagages ?
Je dois avouer que cette année je suis arrivée avec plus de valises que d’habitude… parce que j’ai eu moins de temps pour les faire. Dans ces cas-là, on jette tout dedans, on bourre et quand ça ne rentre plus, on en prend une autre.

Vous songez à un prix d’interprétation ?
Sincèrement, je n’y pense pas. Je me refuse à le faire. Sinon, c’est trop stressant.

Marion Cotillard: «Elle joue le jeu»

Marion Cotillard: «Elle joue le jeu»

PORTRAIT Actrice dans «Deux jours, une nuit» de Jean-Pierre et Luc Dardenne, et égérie du luxe

Autant le dire tout net : on s’attendait au pire, vu le précédent. Il y a quelques années, à l’occasion d’une pub Dior tournée par David Lynch, rencontrer Marion Cotillard nous avait laissé, euh… allez, va pour «perplexe». Comme stratosphérisée et apeurée à la fois, «la Môme» s’enferrait dans des salmigondis hésitants. Jusqu’à cet acmé, qui la vit chuchoter son amour pour les arbres avec une exaltation proche de l’orgasme. Nous, en notre for intérieur : «Pas étonnant qu’elle ait déliré sur le 11 Septembre

Autant le dire tout aussi net : Marion Cotillard, cette fois, a été parfaite. Un modèle de professionnalisme intelligent. Il y avait pourtant de quoi la prendre en défaut. A commencer par ce palace de la rue de la Paix, à Paris, où a lieu l’interview histoire d’éviter les embouteillages de l’agenda cannois de Miss C. On est au courant, les acteurs ne sont pas leurs personnages. Mais sur ce coup-là, un décor plus sobre s’imposait, nous semblait-il. Comment se retrouver dans cette suite dorée sur tranche, à moquette qui étouffe les pas, sans songer qu’y passer une seule nuit doit coûter au minimum ces 1 000 euros contre lesquels se bat Sandra-Cotillard dans Deux Jours, une nuit. Aussi saisissante soit son interprétation, ce n’est donc vraiment pas Sandra qu’on va rencontrer là, mais, tout à l’autre bout de la fracture sociale, la star-égérie Dior, la Cotillard qui vaut des milliards.

Jogging. Première (bonne) surprise : l’équipementier se fait discret. Pas d’armada garde-chiourme à l’horizon, pas de minutage-guillotine. Et elle, d’emblée, se montre les pieds sur terre, littéralement : en robe marine classe mais discrète, le chignon bas sur la nuque, elle se défait de ses escarpins profilés. Et masse ses petons, va même s’étirer façon fin de jogging en prenant appui sur le canapé adjacent, on en reste comme deux ronds de flanc. Et la nouvelle star du cinéma français, 38 ans, adoptée par Hollywood (Christopher Nolan, Steven Soderbergh), de s’asseoir en amazone face à nous, comme le ferait une bonne copine. Puisque ses ongles sont impeccablement manucurés «nude», le fait qu’elle les tripote tout le long de l’entretien n’a rien de répugnant. On conclut juste à un mignon tic d’autoréassurance. Ce n’est que le lendemain, quand on lira dans un magazine la même scène, qu’émergera l’hypothèse d’une simplicité d’affichage, travaillée.

Sa sortie d’interview alimente cette piste : rideau d’un coup alors qu’elle semblait happée par la conversation. Elle file dans la pièce à côté où babille Marcel, 3 ans, dont le père est Guillaume Canet, autre jackpot ambulant français. Et alors on entend Marion Cotillard, qui nous parlait d’une voix presque frêle, tonner d’une grosse voix rigolarde : «Qu’est-ce qui se passe là-dedans ?!!»

Qu’est-ce qui se passe dans Marion Cotillard ? On vient à la schizophrénie Sandra-égérie Dior assez vite, mais en Sioux, mine de rien : «D’aucuns diront que vous…» Elle nous coupe : «Je sais… que moi qui voyage en classe affaires, ne peut rien comprendre à ce que vit Sandra. Eh bien moi, je me dis : “Mais ils vivent dans les années 50 ou quoi ? Ils croient que les acteurs vivent dans des tours d’ivoire, ne lisent pas les journaux ?” De toute façon, les gens croient que je vis à Los Angeles… Bien sûr, ma vie est singulière, hors normes, mais coupée du monde, certainement pas. Et les gens qui m’entourent ont parfois une réalité sociale totalement différente de la mienne, et je la vois, et je l’entends, et j’en suis consciente.» OK. Le binz autour du mariage pour tous, par exemple, vous en avez pensé quoi ? «Moi, je ne suis pas mariée, mais l’égalité des droits, je trouve ça aberrant que ça ait pu poser problème. On vit une sorte de régression des mœurs vachement flippante alors que j’ai été élevée dans l’idée d’une évolution.»

Composition. Marion Cotillard, aînée de deux frères jumeaux, a grandi à Alfortville, en banlieue sud parisienne, puis dans la campagne orléanaise, au sein d’une famille bohème : sa mère tragédienne, versée dans la recherche spirituelle et écolo précoce, et son père mime avaient fondé un théâtre pour enfants. Elle ne dissimule pas «une sensibilité de gauche», se rend aux urnes, «ah oui, mais aujourd’hui, plus par respect pour la liberté de voter pour que pour quelqu’un».

Deux jours, une nuit, comme toute la filmographie de Jean-Pierre et Luc Dardenne, a une dimension politique. Elle dit : «Je suis heureuse de faire partie d’un film qui apporte des questionnements qui ont une résonance avec les miens. Hier, je chantais la chanson des Restos du cœur à mon fils, et je me disais : “Putain elle est vieille cette chanson, et pourtant ça continue, des gens en France continuent d’avoir faim.”» Si c’est de la composition, bravo. Ce serait une nouvelle confirmation que Marion Cotillard, envisagée en épiphénomène au moment de la Môme, est une très grande actrice.

Bonus

Marion Cotillard a répondu à la question que Libération pose à tous les acteurs et réalisateurs cette année à Cannes: «Quel est votre film de chevet ?»:

«Les Temps modernes» Charlie Chaplin, 1936

Marion Cotillard, pose combat

Marion Cotillard, pose combat

Après le lustre mordoré de “The Immigrant”, de James Gray, la Belgique ouvrière des frères Dardenne. Dans “Deux Jours, une nuit”, en compétition à Cannes, Marion Cotillard a quarante-huit heures pour sauver son job. Interview d’une guerrière.

Marion Cotillard, actrice désormais hollywoodienne et Lady Dior, pouvait-elle se couler dans l’univers naturaliste, sans maquillage ni artifice, des frères Dardenne ? Dans “Deux Jours, une nuit”, tourné à Seraing, le fief des réalisateurs, elle est Sandra, ouvrière dépressive que son patron contraint à la plus odieuse des tractations : convaincre un à un ses collègues de renoncer à une prime de 1.000 euros, le mantra du film, pour conserver sa place au sein de l’entreprise. Un chemin de croix qui raconte la désespérance sociale dans laquelle nous nous débattons, décortique le débat démocratique (chacun a ses raisons) et encourage à se remettre debout pour lutter. Nous avons soumis l’actrice, excellente de bout en bout, au tirage au sort de petits papiers à mots-clés – un clin d’œil au vote final du film. Elle a joué le jeu sans se faire prier.

1. Les Dardenne

“C’est une très grande rencontre pour moi, les frères. Ils m’ont offert la relation d’acteur à réalisateur(s) dont j’avais toujours rêvé. Le film n’est composé que de plans-séquences. Il y en a un d’environ sept minutes où Sandra, mon personnage, est dans son lit, discute avec son mari, reçoit un coup de fil, se prépare, craque, va dans la salle de bains, prend des médicaments… Les frères voulaient que je craque au moment pile où j’enfilais ma chaussure droite. Il m’est arrivé de craquer dix secondes plus tôt ou plus tard. Ils étaient très touchants, ils venaient me voir et me disaient : ‘C’est vraiment bien mais si tu pouvais décaler un tout petit peu le moment où tu t’écroules.’ On a fait 56 prises ! Honnêtement, si je n’avais pas été familière de leur cinéma, j’aurais pensé : ‘Ils ont un grain, ces types ! Est-ce que c’est vraiment grave si je craque en reposant mon pied par terre plutôt qu’en mettant ma chaussure ?’ Mais j’ai vu leurs films, que j’aime tous sans exception, et je savais que la dynamique de la scène et le rythme très organique de l’ensemble en dépendaient. Dépasser toute impression de jeu à l’écran et atteindre une telle authenticité nécessitent un travail minutieux sur le détail. Quand t’as craqué 42 fois et que ça ne fonctionne toujours pas, il faut beaucoup d’imagination pour relancer la machine. J’ai énormément appris avec eux. Ils m’auraient demandé 250 prises, je les aurais faites. J’avais une confiance totale, ce sont des génies – et je n’emploie pas souvent ce terme. Si on m’intimait de choisir : ‘Tu fais encore 50 films ou plus que 2 films avec les Dardenne, je prendrais les Dardenne. Mais j’en négocierais 5 ou 6.'”

2. Jouer la répétition

“Quand j’ai découvert le scénario, j’ai tout de suite repéré sa difficulté : j’avais quasiment le même texte à dire une dizaine de fois au cours du film. A quelques petites différences près qui m’ont servi de base de travail pour affûter mon jeu. Les frères n’écrivent rien au hasard, ce sont des horlogers suisses. Tout le personnage était là, sur le papier, notamment dans ces variations autour du même texte. Chaque nuance a une raison d’être et raconte l’évolution de Sandra, les moments où elle y croit, ceux où elle n’y croit plus…”

3. Méthode

“Je n’en ai pas de particulière. Elle naît selon le film, le réalisateur, le rôle. Sur ‘De rouille et d’os’, de Jacques Audiard, j’avais très peu d’informations concernant mon personnage. J’ai commencé à travailler sur son passé puis j’ai senti que ça atténuait le mystère que j’aimais en elle. C’était l’histoire d’une renaissance, je n’avais pas besoin de savoir ce qui lui était arrivé auparavant. Pour Sandra, en revanche, j’ai eu besoin de tout connaître de sa vie. Pourquoi cette dépression ? A quel point cela affecte-t-il la famille, les enfants ? J’ai procédé d’une manière que j’avais déjà testée une fois : j’ai fait le vide, je me suis mise dans une sorte d’état méditatif et j’ai adopté les premières choses qui me sont venues à l’esprit comme sources d’inspiration. Sur ‘la Môme’, j’avais mélangé pas mal de gens : des parents, une petite fille que je connaissais. Pour ‘Deux Jours, une nuit’ ont surgi une personne de ma famille, une de mes amies… et Jean-Jacques Goldman. Du coup, Sandra est devenue fan de Goldman. Je n’ai écouté que ça pendant trois mois et demi. Surtout ‘Puisque tu pars’. Et ‘Juste après’, qui me bouleverse. Goldman l’a écrite après avoir vu un documentaire sur une femme qui accouche d’un enfant manifestement mort qu’ils mettent vingt minutes à ranimer.”

4. Débardeur rose

“Je tenais à ce qu’un vêtement revienne à un moment du film. Parce que cette nana, elle n’a pas 50 trucs à se mettre, elle ne se change pas forcément tous les jours. Et ce débardeur rose s’est imposé assez vite comme une évidence. Le plus drôle, c’est qu’il nous arrivait, à la costumière ou à moi, d’aller nous balader dans les rues de Seraing et on se disait : ‘Tiens, j’ai vu quatre débardeurs roses aujourd’hui.’ J’ai toujours celui du film, dédicacé par toute l’équipe.”

5. Corps

“Travailler le personnage au corps constitue l’une de mes phases préférées. Chercher de quelle manière il va rire, marcher, pleurer, respirer. Me tasser les vertèbres pour Edith Piaf. Ciseler la voix de Sandra. Les frères m’ont tout de suite avertie : ‘Il va falloir perdre ton accent français.’ Bon, très bien, mais pour le remplacer par quoi ? Un accent neutre, ça n’existe pas. Pendant les répétitions, j’ai glané auprès de l’équipe belge quelques contractions de mots, une musicalité, des sonorités. Le caractère transformiste des rôles fait partie de mes critères de choix. Quand j’étais petite, sir Laurence Olivier et Peter Sellers me fascinaient. D’un film à l’autre, je les trouvais méconnaissables. Ils incarnaient, pour moi, la définition du métier d’acteur. Et si on inversait le jeu ? Je tire un nouveau papier. A vous de deviner… Alors, il s’agit d’une femme pas hypercool, impossible même, et du tournage le plus ardu de ma vie d’actrice, c’est…”

6. Lady Macbeth

“Que puis-je en dire ? Je n’avais aucun contrôle sur elle et pour cause, elle-même perd le contrôle et court à la folie. Mes personnages m’affectent. Leur état rejaillit sur moi. Là, je devenais complètement dingue. Il a fallu que je renvoie mon fils en France pour que ma nervosité ne le contamine pas. Je suis assez saine d’esprit mais je sentais que je n’y arrivais pas. Je n’étais plus moi. J’ai souvent endossé des héroïnes qui n’allaient pas bien. Sandra, pour ne citer qu’elle, ne tient pas la superforme, mais elle finit au moins par apercevoir un peu de lumière et d’espoir. Là, niet, monsieur, madame, peanuts. Il y a des personnages comme ça dont je sais que je les aborderai un jour. Lady Macbeth, je savais. Je pensais juste que je l’interpréterais sur scène et en français. Quand cette espèce de fou furieux de Justin Kurzel [réalisateur des ‘Crimes de Snowtown’, NDLR] a voulu engager une actrice française pour jouer le texte de Shakespeare sans le réactualiser, j’ai foncé : comment laisser passer un truc pareil même si j’avais prévu de ne pas travailler à cette période-là ? J’espère juste que ce que j’ai fait ne va pas être trop pourri, voire ridicule.”

7. Promotion

“Je n’aime pas l’exercice – c’est de notoriété publique – mais je la fais. Pour la première fois, fait historique, alors que le producteur, Denis Freyd, et les attachées de presse m’expliquaient : ‘On a décidé de refuser la proposition de tel ou tel média’, j’ai plaidé pour rajouter des entretiens. J’ai tellement envie de défendre le film des Dardenne.”

8. Chanson

“J’ai failli jouer sur scène dans une adaptation de la comédie musicale ‘Hedwig and The Angry Inch’, de John Cameron Mitchell. Mais c’était juste après ‘la Môme’, un personnage déjà bien complexe, alors interpréter un homme, et cet homme-là en plus, juste derrière… Pour ce qui est d’enregistrer un album, c’est toujours dans l’air. Mais je n’arrête pas de tourner, et quand je tourne je ne peux rien faire d’autre. Peut-être qu’à 60 berges, j’y arriverai. Le rock’n’roll n’a pas d’âge, non ?”

9. Intelligentsia Française

“Le fait que Jacques Audiard m’offre le rôle de Stéphanie dans ‘De rouille et d’os’ m’a surprise. Je n’imaginais pas qu’il puisse avoir envie de travailler avec moi. Pour une raison très simple : à un moment donné, et surtout après la série des ‘Taxi’, les auteurs français ne voulaient même pas me rencontrer.”

10. Bernadette Lafont

“L’annonce de sa mort m’a valu une journée particulièrement pénible sur le film des frères [les larmes lui montent aux yeux]. Elle était singulière et drôle, portait sur le métier un regard unique, fait d’un très grand recul et d’une intensité qui n’ont jamais faibli. Elle m’a sorti cette phrase fondatrice : ‘Dans ce métier, tu rencontreras une foule de gens qui t’expliqueront que tu es la huitième merveille du monde. Considère qu’ils te disent simplement bonjour.’ Un livre que j’aime et qui me guide, ‘les Quatre Accords toltèques’, de Don Miguel Ruiz, va dans le même sens. Un de ces accords enjoint de ne rien prendre personnellement. D’accueillir le bon comme le mauvais avec distance.”

11. Transmission

“J’ai eu des parents formidables qui, plutôt que de nous refiler leurs ‘poubelles’, comme on disait dans la famille – ou disons les ‘valises’ de leurs névroses familiales –, nous ont élevés dans la liberté totale, le respect, la curiosité, la culture. Ils n’ont pas flippé quand je leur ai annoncé que je voulais être actrice. Ils m’ont toujours soutenue. J’ai envie de transmettre la même chose à mon fils. Mais le voir manifester, un jour, le désir de faire ce métier me déchirerait. Pour être un bon acteur, il faut avoir de grandes, grandes failles qui ne se rempliront peut-être jamais. D’un côté, je me mettrais à espérer qu’il devienne un grand comédien. De l’autre, je saurais que son envie procède de quelque chose de très douloureux.”

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