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Rencontre avec Marion Cotillard

Rencontre avec Marion Cotillard

On nous prévient : « Ah ! Marion ! Muette comme une carpe. Elle ne dit rien. » Comme les autres poissons ne sont pas plus loquaces, on se demande pourquoi reprocher toujours aux seules carpes de tenir le silence. Et puisque le proverbe nous informe qu’il est d’or, pourquoi ne pas dire directement que Marion Cotillard est une fille en or ? De fait, c’est une Marion Cotillard très détendue et chaleureuse, dont la grâce tient plutôt du félin que de la gent aquatique, que l’on rencontre dans la suite d’un grand hôtel, aux alentours de la place Vendôme. Cheveux courts, yeux bleus, teint parfait, stilettos, jean, un rayon de soleil dans le verre d’eau, une cigarette, et la conversation commence. A quelques semaines d’intervalle, dans « The Immigrant », de James Gray, et « Blood Ties », de Guillaume Canet, Marion Cotillard incarnera deux fois au cinéma un rôle d’étrangère contrainte à la prostitution sur le sol américain. Entre Ewa, la Polonaise réfractaire qui veut sauver sa sœur, du film de James Gray, et Monica, belle, glamour et camée, d’origine italienne, du film de Guillaume Canet, pas grand-chose en commun, et surtout pas l’époque. Il n’empêche : à l’heure des drames aux abords de Lampedusa, ces personnages de migrantes aux horizons sans cesse contrariés font réfléchir.

ELLE. Deux migrantes, deux prostituées : pourquoi ?
Marion Cotillard.
Ni pour Ewa ni pour Monica il ne s’agit d’un choix. Personne ne s’arrache de son pays dans l’objectif d’aller vendre son corps ailleurs. Dans « Blood Ties », le film attrape Monica alors qu’elle vit depuis longtemps aux Etats-Unis, tout en ayant gardé des traces d’un passé : son accent italien, par exemple. Il y a forcément eu un moment où elle a dû affronter l’Amérique comme une terre étrangère, apprendre une nouvelle langue, rêver d’un métier qui la sorte de la misère. Elle sait que la lutte pour les siens sera perpétuelle. On est dans les années 70 et, pour elle, le rêve américain est déjà anéanti. Lui reste son corps. Et la drogue. Mais surtout ses enfants. Pour Ewa, c’est différent. Elle est pleine d’espoir. Le film la montre alors qu’elle franchit la barrière d’Ellis Island, cette île à côté de la statue de la Liberté où devait passer tout migrant pour être examiné, scruté, jaugé, photographié, mesuré, puis jugé apte, admis ou refoulé.

ELLE. Êtes-vous sensible à la situation des migrants aujourd’hui ?
Marion Cotillard.
Je me souviens d’un petit garçon qui avait été retrouvé congelé dans le train d’atterrissage d’un avion. Comment fonctionnent le monde et la répartition des richesses pour que des enfants, des hommes, des femmes prennent le risque de mourir pour partir de chez eux ? Quand j’étais petite, ma mère m’emmenait à des réunions d’Amnesty International : un petit bureau avec cinq personnes qui essayaient de sauver des vies. C’est marquant.

ELLE. Le rêve américain a-t-il agi sur vous ?
Marion Cotillard.
D’une certaine manière, oui. Et j’aime profondément leur langue. Trois ans avant « La Môme », j’étais venue exprès à New York, m’offrir un stage d’anglais chez Berlitz. Je ne suis pas devenue actrice dans le but d’une carrière américaine, mon rêve n’avait ni pays ni frontière, mais juste après avoir joué dans « Big Fish », de Tim Burton, j’avais eu envie de parler couramment cette langue, car mon mauvais anglais scolaire m’avait fait un peu souffrir sur le plateau. Puis les profs de Berlitz m’ont vue revenir, au moment de la course aux oscars, pour Piaf. Cette attirance pour l’anglais vient de loin. Depuis l’enfance, je suis nourrie à la culture américaine, comme toute ma génération, d’ailleurs. Leur musique, leur cinéma, leur littérature font partie de ma construction.

ELLE. « Blood Ties », le film de Guillaume Canet, est un hommage appuyé à ce cinéma américain des années 70.
Marion Cotillard.
Absolument. Aux Scorsese, aux films de Jerry Schatzberg ou Sam Peckinpah… Il y a dans le film de Guillaume une humanité et une manière de raconter le parcours intérieur de chaque personnage qui me touchent particulièrement.

ELLE. Votre personnage, Monica, se drogue. Mais c’est une droguée qui a de la tenue. On ne la voit pas se piquer ni déchoir.
Marion Cotillard.
Heureusement, car j’ai la phobie des seringues ! Je me suis forcée à revoir « Panique à Needle Park », ce film avec Al Pacino, sur deux junkies à New York, tellement réaliste qu’on se dit que, parmi les seconds rôles, il y avait bien deux, trois personnes qui se piquaient réellement. La fêlure qui amène à cette déchéance est pour moi très douloureuse à regarder. Je crois que, si Monica reste toujours droite, c’est grâce à ses enfants. Sans eux, elle serait déjà morte. Ses enfants comptent sur elle, et elle s’appuie sur eux pour avoir une raison de tenir. C’est un personnage profondément seul et meurtri, qui cache ses blessures comme elle peut. Elle n’arrive pas à se donner assez d’importance pour prendre soin d’elle-même. Et, en même temps, son besoin de s’en sortir est à la hauteur de son désespoir.

ELLE. Est-ce que vous n’avez pas le sentiment que, parfois, les enfants structurent par leur présence ce qui irait à vau-l’eau sans eux ?
Marion Cotillard.
Un bébé donne autant d’énergie qu’il en prend, il « crée » sa mère, et lui insuffle une force inouïe.

ELLE. Beaucoup d’acteurs, qui prennent soin d’eux et qui sont couvés, se laissent tenter par la drogue, l’alcool et tout ce qu’ils engendrent en manque et en vents mauvais. Est-ce que ce métier provoque une fragilité qui lui est spécifique ?
Marion Cotillard.
Un acteur est un animal fragile. Plus la faille est grande, plus on est vulnérable. N’importe quelle échappatoire peut paraître bonne. Après, il faut réussir à faire bonne figure dans cette nébuleuse d’émotions. On plonge dans des états qui rejaillissent, sans qu’on en ait la maîtrise, de manière insupportable. C’est indécent de parler de souffrance. Mais tout ce qu’on donne, tout ce qui nous échappe, peut nous revenir très violemment. Sans compter les à-côtés. A chaque fois que je lis des propos censés être les miens dans la presse, je suis déboussolée. Il arrive fréquemment, lors des conférences de presse, qu’on utilise nos propos en réponse à des questions qu’on ne nous a jamais posées ! C’est franchement malhonnête, et ça me met dans des colères noires. Même si j’ai appris à me blinder. Pour moi, qui suis spontanée et assez confiante, ma seule méthode est d’en dire le moins possible.

ELLE. Vos deux personnages ont un accent, l’un polonais, l’autre italien. N’est-ce pas étrange d’être une Française qui joue, à deux reprises, à avoir un accent dans une langue étrangère ?
Marion Cotillard.
Prendre un accent, c’est beaucoup plus qu’un travail technique. Ça implique une appropriation de la culture d’un pays, et un travail sur la différence entre les deux langues. Il y a une façon de positionner les mots dans la phrase qui affecte la pensée et que la manière de parler va révéler. La perception du monde passe à travers la langue. Je fais ce métier pour aller à la rencontre de ce que je ne connais pas. Donc, ce n’est pas étrange, mais particulièrement intéressant.

ELLE. Être filmée par votre amoureux ou par un grand cinéaste américain comme James Gray, est-ce différent ?
Marion Cotillard.
Avec James Gray, la relation d’amitié préexistait au film, et c’est la première fois que je travaillais avec un cinéaste auquel j’étais par ailleurs déjà liée d’amitié. Il est drôle, volubile, il y avait quelque chose de très simple, basé sur l’humour et la complicité, qui m’était agréable. Guillaume, c’est différent : il m’impressionne à chaque fois, sur un plateau, par l’énergie qu’il déploie afin que chaque acteur se sente à l’aise. Il aime profondément les gens, et ça me fascine de le regarder mettre en scène. Je ne pense pas qu’il m’ait traitée différemment. J’ai eu la chance de collaborer deux fois avec lui et je n’avais avant ça jamais approché de si près la fabrication d’un film depuis son origine.

ELLE. Il arrive que la complicité avec le cinéaste fasse défaut ?
Marion Cotillard.
J’ai pu travailler avec des réalisateurs qui m’intimidaient et ça a pu me bloquer. Avec Jacques Audiard, il y a eu une certaine frustration des deux côtés car je n’avais pas complètement terminé un film quand j’ai commencé le sien, et ma disponibilité entamée n’a pas facilité nos relations au départ. Mais l’aventure a fini par nous unir.

ELLE. Vous venez de tourner avec les frères Dardenne…
Marion Cotillard.
Le tournage a été tout ce dont j’ai toujours rêvé. Aucun mot n’est suffisant. Tout d’un coup, la question de savoir pourquoi on veut être actrice ne se pose plus. Car c’est pour ce type d’expérience unique qu’on choisit de l’être.

ELLE. Où vivez-vous ?
Marion Cotillard.
Jamais très loin de l’océan.

Marion Cotillard : «C’est un peu mon année prostitution !»

Marion Cotillard : «C’est un peu mon année prostitution !»

L’actrice française évoque son rôle dans Blood Ties, le remake des Liens du sang, réalisé par Guillaume Canet, en salle mercredi.

Une suite dans un palace parisien. La comédienne oscarisée pour La Môme plie et déplie ses jambes en évoquant ses rôles dans Blood Ties, de Guillaume Canet, et dans The Immigrant, de James Gray.

LE FIGARO. – Aviez-vous vu Les Liens du sang, le film de Jacques Maillot, dont Blood Ties est le remake?
Marion COTILLARD.
– Oui, j’avais adoré cette histoire basée sur une histoire vraie et les relations entre les deux frères joués par Guillaume (Canet) et François Cluzet. La fin de Blood Ties est plus fidèle au livre autobiographique des frères Papet, dont les deux films sont tirés.

Le film correspond-il à ce que vous en attendiez?
Je ne me fais pas forcément une idée de ce que pourrait être l’objet final. J’ai une idée de mon personnage, et j’essaie d’y coller le plus possible parce que, généralement, ce que j’ai dans la tête est super! Après il faut réussir à le faire vivre. J’avais adoré l’interprétation de Carole Franck, qui jouait Monica dans Les Liens du sang. Un personnage sombre, désespéré, qui se bat pour sa propre survie et celle de ses deux enfants.

Avec Guillaume Canet, vous abandonnez-vous totalement sur le tournage?
Non, on discute. On s’enrichit. D’ailleurs, c’est moi qui ai eu l’idée que Monica, mon personnage, pouvait être italienne. Il a trouvé que l’idée était bonne. C’était avant que je me souvienne que je ne parle pas un mot d’italien…

Avez-vous besoin d’être en empathie avec votre personnage?
Je n’ai jamais été confrontée à un personnage que je n’aime pas. Il y a des facettes de Piaf que j’aimais moins que les autres: elle ne supportait pas d’être seule et donc faisait des choses pas très louables. En la jouant, j’ai fini par l’aimer complètement. La compréhension amène l’empathie. Ici, j’avais envie de comprendre Monica, d’où elle venait, ce qu’elle avait vécu.

Dans The Immigrant, de James Gray, qui sortira le 27 novembre, vous jouez de nouveau une prostituée…
Oui, mais elle, comme Monica, se prostitue pour des questions de survie. Les deux films se sont faits à peu près au même moment. Entre ces deux films et le clip que j’ai tourné pour David Bowie, The Next Day (elle y incarne une Marie-Madeleine des temps modernes, NDLR), c’est un peu mon année prostitution!

Vous venez de tourner le prochain film des frères Dardenne et vous serez dans celui de Benoît Jacquot?
Oui, mais je n’ai pas trop envie d’en parler. C’est toujours compliqué, parce que, parfois, il y a des choses qui vous échappent… Je n’aurais jamais osé espérer tourner avec les frères Dardenne, ils me paraissaient plus qu’inaccessibles. Si un jour, ils ont encore besoin d’une fille qui a un peu ma tête et mon âge, je suis partante.

Cotillard talks working with Canet

Cotillard talks working with Canet

Marion Cotillard has confessed working with her director partner Guillaume Canet can sometimes be heaven, but sometimes be “hell”.

The Oscar-winning actress stars in new crime thriller Blood Ties, which Guillaume wrote and directed. The couple have been together since 2007 and have a two-year-old son.

Marion revealed: “The difficulty of having your partner working on a set, it’s hard to explain.

“I really want him to be happy with everything he wants, and sometimes when it doesn’t work… I’m not [just] talking about me acting, I would do anything to give him what he wants, but the general things that happen on set, when he’s not happy, it touches me deeply.

“But it’s really, really, interesting to be in the life of someone who’s in the creative process. Even though sometimes it’s really hard to live, sometimes it’s heaven and sometimes it’s hell.”

But Marion, who has been directed by Guillaume before, as well as acted opposite him, revealed she does her best to support him.

She said: “I’m being supportive because this creative process is very intense. You really open your mind and your heart and your soul to what you’re going to give your actors and your crew and eventually the audience. It’s really interesting to watch closely, and I’ve always been very impressed to watch him working.”

Blood Ties also stars Clive Owen, James Caan, Mila Kunis, Zoe Saldana, Billy Crudup and Matthias Schoenaerts.

Dardennes Discuss Working With Marion Cotillard On ‘Two Days, One Night’ and Wrapping Production

Dardennes Discuss Working With Marion Cotillard On ‘Two Days, One Night’ and Wrapping Production

After exclusively bringing the news that Marion Cotillard would lead the next drama from Jean-Pierre and Luc Dardenne, we managed to catch up with the duo to find out where, production-wise, they find themselves, and what any plans might be for a release. One need only look at previous productions to see they’re very secretive, but we were able to secure a few details.

Deux Jours, Une Nuit (Two Days, One Night), the Belgian duo’s follow-up to The Kid with a Bike, has wrapped and is headed to the editing room today. Shot entirely in the Walloon region of Belgium, near the brother’s hometown of Seraing, Cotillard plays Sandra, a young woman who has only one weekend to convince her colleagues that they must give up their bonuses in order for her to keep her job. Fabrizio Rongione, a Dardenne regular after Rosetta, The Child and The Kid With a Bike, plays Sandra’s husband in the social drama.

We asked the filmmakers what it was like working with the actress, to which Luc Dardenne quickly replied, “…it was formidable”; he further described her performance as “strong and one of excellence.” Cotillard, however, will have to wait until the premiere to see her work onscreen, as the filmmakers said nobody working on the project was allowed to watch dailies.

When asked when we could expect the premiere, the filmmakers replied, “If the film is selected for Cannes, we’ll premiere it at the festival. If it’s not selected, we don’t know. We’ll see!” While they play coy, considering nearly all of their films have premiered at France’s prestigious festival, it’s a safe bet we’ll see them return next May. While the Dardennes prepare their film for a premiere and eventual U.S. release (via Sundance Selects), Cotillard is off to shoot her role as Lady Macbeth, opposite Michael Fassbender, in the Justin Kurzel-directed reprisal of Shakespeare‘s tale.

Five things we learned at the press conference for Blood Ties, featuring Marion Cotillard

Five things we learned at the press conference for Blood Ties, featuring Marion Cotillard

What: Blood Ties, French director Guillaume Canet’s fourth feature film about a pair of brothers (played by Billy Crudup and Clive Owen) — one a cop, the other a criminal — in 1970’s New York. Marion Cotillard plays the mother of Chris’s (Owen) children, who’s trying to run her own brothel.

When: Sept. 10, 10:45 a.m.

Who: Director Guillaume Canet, producer Alain Attal, Marion Cotillard

1. Canet, who has long been fascinated with the 1970’s, has always wanted to set one of his films during this period in New York.
“I grew up with … the cinema of the 1970’s in the U.S. Like Sam Peckinpah and Jerry Schatzberg,” said the Tell No One director, seated beside his real-life partner, Cotillard. “I’ve always been very excited about making a movie of that genre.”

2. Canet and Cotillard admit there are ups and downs to being in a working and personal relationship.
The couple, who have been together for several years and have a child, talked at length about the difficulties of both living and work together. “I trust Guillaume 200 per cent,” said Cotillard. “I would do anything for him to get what he wants. When he’s not happy, it touches me deeply. But it’s interesting to be in the life of someone who’s in the creative process. Even though it’s sometimes really hard to live, sometimes it’s heaven and sometimes it’s hell. But I’m supportive because I know this creative process is really intense.”

3. Don’t ask the La Vie en Rose actress about her personal life, even if you disguise it as a question about Parisians being more romantic.
When a journalist asked how the couple keeps the romance alive at home since France is the most romantic country in the world, Cotillard gracefully responded, “I cannot answer this question. We never talk about our personal life.” Canet quickly turned to the actress and said, “You can just say I’m very romantic at home, too.”

4. Cotillard accepted the role partly because she was looking for a film set in the 1970’s, since she’s acted in films from virtually every other period in recent history.
“I was very excited to explore this period because I had explored the 20s, 40s, 50s, 60s, even the 80s, but never the 70s,” said Cotillard, to which Canet joked, “This is why I picked the 70s, to make sure she would accept.” The actress, smiling, replied, “No, I would have accepted anything,” before adding, “There is a special groove to the 70s and I loved working on the very specific body language that really comes with what they wore and the period’s time and the way people wanted to set themselves free of the constrictions that they had lived in for years.”

5. Cotillard, who dons an Italian accent in the film, had no trouble picking up Polish for a role, but failed miserably at learning Italian.
Cotillard had to learn some Polish for her work in the film The Immigrant, but says she simply couldn’t pick up Italian for Blood Ties (even though it was all her idea!) “I wanted to learn a little bit of Italian, but I failed,” said Cotillard. “It was kind of dramatic for me, but I didn’t have to speak Italian in the movie so it was’t like a major public failure … The amount of time it took me to learn four lines in Italian was the same amount of time it took me to learn 20 pages in Polish. I mean, I am really not good at Italian.”

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