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Marion Cotillard, corps et âme

Marion Cotillard, corps et âme

La star oscarisée, l’égérie Dior so chic, la Frenchie planétaire, est aussi un bourreau de travail qui marche à l’absolu, au don de soi et aux défis. Le dernier en date ? “Deux Jours, une nuit”, le film des frères Dardenne en compétition à Cannes. Sylvie Testud, sa partenaire dans “La Môme”, qui signe ce portrait, est une fan de la première heure. Récit.

En 2000, quand on m’a invitée à Taïwan, j’étais très fière. J’ai dit à qui voulait l’entendre : « J’ai un film qui va sortir en Asie ! » À l’autre bout du monde, quelqu’un s’intéressait à mon travail. Une actrice qui passe les frontières, ça ne court pas les rues. Non, là, c’est sûr, c’était la classe. J’ai commencé une carrière en Allemagne, je tourne maintenant régulièrement en France, et voilà qu’à quelques encablures de la Chine on sait comment je m’appelle. Sans attraper la grosse tête, il fallait quand même souligner la tournure exceptionnelle que prenait ma vie, ma carrière. Après dix-sept heures d’avion, je suis descendue de la carlingue épuisée, prête à me glisser sous les draps d’un hôtel de luxe en plein cœur de Taipei.

« Bonjour, je serai votre guide, votre interprète pour ces cinq jours que vous passerez ici. » La jeune fille qui est venue m’accueillir m’a tendu trois pages pleines d’écritures : planning presse.

« Je vais vous conduire à l’hôtel, vous disposez de trois quarts d’heure pour vous rafraîchir, et nous avons rendez-vous pour la première émission de télévision. »

Quoi ? Mais elle est folle celle-là ! Ignorait-elle d’où je débarquais ? Je vais me coucher ! J’ai failli lui hurler au visage, malgré son amabilité, son sourire ravi.

« On adore recevoir des Français. Ils travaillent bien, ils défendent leurs films avec passion. Les Françaises sont tellement souriantes, tellement élégantes. Nous venons juste de recevoir “Marionne Cotilliarde” pour “Taxi 2”. Elle est belle ! » Ses yeux s’illuminaient en repensant à Marionne. Elle avait enchanté tout le pays. « Elle est si gentille, jamais fatiguée. » Je suis montée dans la voiture qui me conduira toute la journée. Je n’ai rien dit.

« Mairyon ! Mairyon ! » Treize ans plus tard, Marion Cotillard, dans sa sublime robe Dior, sur le red carpet du Festival international du film de Marrakech, se retourne. Elle sourit à celui qui la rejoint, alors qu’elle va bientôt se présenter devant les photographes qui l’attendent. Le monsieur qui l’appelait vient lui prendre le bras, c’est Martin Scorsese.

Elle salue rapidement Mads Mikkelsen, Noomi Rapace, et toute la délégation suédoise invitée pour l’occasion. Depuis l’Asie, « Marionne Cotilliarde », « Maryon Cothyâârd » ou (en français) Marion Cotillard a conquis plus d’un pays. Pas besoin d’annoncer ce qu’elle va tourner, c’est écrit dans les journaux du monde entier. Dans toutes les langues, dans tous les pays où se trouve un cinéma. Sans prendre la grosse tête, elle a de quoi s’enorgueillir de la tournure exceptionnelle que prend sa vie, sa carrière.

Les photographes hurlent son prénom plus fort que n’importe quel autre. Devant tout ce tumulte, difficile d’approcher. Je suis là, mais franchement, je n’ose pas trop ramener ma fraise. Je ne le connais pas, moi, Martin Scorsese. Je ne connais pas d’acteur suédois. Et puis tout le monde crie. Ça fout les jetons. Mairyon-Marion, elle, semble détendue.

Elle avancera dans quelques instants. Pas avant d’avoir salué la petite blonde qu’elle n’a pas vue depuis des lustres, mais à laquelle elle offre un immense sourire quand elle l’aperçoit un peu plus loin sur le tapis. Bon, ben, finalement, j’avance… « Salut, Sylvie. Martin, je te présente Sylvie Testud. Sylvie, je te présente Martin Scorsese. » Oh purée ! Faut pas me faire ça sans m’avoir prévenue ! J’ai les genoux qui se cognent quand il me tend la main.

Les photographes piaffent : « Let’s go, Mairyon ? » Elle n’a pas besoin de prendre la pose, elle brille. Avec sa peau claire, ses yeux bleu azur et ses cheveux sombres, elle est en passe d’être plus connue que Blanche-Neige. Est-ce qu’elle l’a joué, ce rôle ? Non ? Ben, faudrait que quelqu’un y pense. C’est sûr, ça ferait un malheur sur toute la planète.

Incontestablement, Marion Cotillard est devenue une star. Je pense à tous les films qu’elle a tournés en moins de dix ans, toutes ces récompenses, photos, couvertures de magazines, quand on m’appelle, six mois plus tard : « Marion sera bientôt à l’affiche de “Deux jours, une nuit”. Tu veux bien écrire quelque chose ? Elle est d’accord pour que ce soit toi. » J’aime beaucoup Marion, je vais faire de mon mieux, j’accepte. Une star. C’est bizarre quand on est actrice de penser qu’une autre actrice est une star. C’est pourtant ce qui me vient à l’esprit. Marion domine. Tout. Les lieux, les situations, les rôles, les metteurs en scène, la presse ! Peut-elle encore s’effacer au profit de son personnage ?

Je sors bouleversée de la projection du dernier film des frères Dardenne, « Deux jours, une nuit », sélectionné pour le prochain Festival de Cannes, où les deux Belges ont déjà récolté deux Palmes d’or. Une fois de plus, ils ne donnent pas dans la démonstration. Pas de frime. Une histoire simple mais poignante. Marion m’a embarquée, m’a émue, dans son rôle de jeune femme en situation précaire. Même si elle est une star, Marion est une actrice qui m’a fait croire à ses angoisses, à son impuissance malgré le courage face au monde impitoyable du marché de l’économie, de l’emploi, des licenciements.

Je sonne à la porte de son appartement à Paris. Je pensais qu’elle habitait Hollywood… Elle porte un sweat « SOS Fantômes », un jean et des ballerines. Ça alors ! Je m’attendais à une tenue plus, plus… Dior quoi.

La discussion commence. Marion s’assoit exactement comme elle s’asseyait lorsque nous tournions « la Môme ». Elle me parle exactement comme elle me parlait lorsqu’elle était Piaf, moi Momone, son amie, et que nous attendions dans la loge. Elle venait de passer cinq heures au maquillage, mais ne montrait aucune lassitude. Que faisait Édith Piaf pour se détendre ? Elle tricotait. Marion aussi. Pensera qui voudra, ce qu’il voudra, en la voyant penchée sur son écharpe, Marion vivait avec son personnage, comme son personnage, pour son personnage. Elle avait déjà été choisie par Tim Burton, Abel Ferrara, Ridley Scott, pourtant, c’était Piaf, sa vie. Avant n’avait pas d’importance, après non plus. Elle bossait quinze heures par jour. Tous les jours.

« J’ai peur que personne n’y croie », a-t-elle lâché un jour en se rendant sur le plateau. Pleine de doutes, elle est pourtant partie comme un bon soldat. Quatre mois à un rythme de dingue, à s’arracher les tripes. Elle riait, pleurait, hurlait sa douleur d’avoir perdu Marcel.

Lorsqu’elle a été nommée aux oscars, on était tous hallucinés. Au beau milieu de la nuit, nous avons appris qu’elle devenait la seule actrice française récompensée pour un rôle en français. Marion entrait dans l’histoire. Un conte de fées, c’est bien ça. Les récompenses pleuvaient. Marion dépassait absolument tout ce à quoi peut s’attendre une actrice. Combien de temps allait durer cette gloire ? N’a-t-on jamais couvert de lauriers un acteur, une actrice pour un rôle marquant et puis, finalement, le rôle si bien porté devient un fardeau…

Je relève les yeux sur Marion. Les plus grands metteurs en scène américains se la sont arrachée directement. Michael Mann, Rob Marshall, Christopher Nolan, Woody Allen, Steven Soderbergh, James Gray… Rien qu’en écrivant ces noms, ça me donne le vertige. Les plus grands metteurs en scène français, Jacques Audiard, Guillaume Canet, et maintenant les Belges surdoués, les frères Dardenne. Marion n’est plus Édith Piaf. Elle a su rester Marion. Elle a su investir d’autres rôles, tout aussi forts. Stéphanie dans De Rouille et d’os m’a personnellement beaucoup touchée.

« Tu n’as pas peur quand ces réalisateurs t’appellent ? » Je m’imagine avalant la totalité de mes ongles, si James Gray demandait à me rencontrer. Je m’imagine tombant à la renverse de croiser Leonardo DiCaprio, Joaquin Phoenix dans les loges.

« Je suis terrorisée, répond-elle. J’ai peur de les décevoir, alors je bosse. Comme une dingue. » Elle hausse les épaules, sourit. Et moi aussi. S’il faut un minimum de chance pour démarrer, il faut savoir la saisir, la transformer. On la verra bientôt dans « Macbeth », de Justin Kurzel, pour lequel elle a dû bien bosser. C’est dans la langue de Shakespeare, en élisabéthain, qu’elle s’exprimera ! Je sais de quoi je parle : au Conservatoire, je n’ai joué que quelques scènes en français et c’était déjà pas si facile. Si la chance ne s’était pas présentée à Marion, elle aurait su la contraindre. Je pars certaine qu’il n’y a pas de hasard dans sa vie. Je salue son petit garçon, sûre qu’il ne jette jamais sa canette de Coca par la fenêtre de la voiture. Sa maman, fervente supportrice de Greenpeace, trouve aussi le temps de militer pour notre planète. La seule cage dans laquelle elle ait jamais voulu entrer est celle, symbolique, destinée à apporter un soutien aux militants détenus en Russie.

Et Dior ? Avez-vous vu « Lady Blue » ? Après « Lady Noire », et « Lady Rouge », c’est David Lynch qui a réalisé cette campagne de pub, qui ressemble plus à un film qu’à un spot publicitaire. Parce que, là encore, si Marion a accepté d’être l’égérie de la marque de luxe, elle n’en reste pas moins à l’initiative des différentes œuvres artistiques – j’écris bien artistiques – qui en découlent. Ce ne sont pas des vêtements qu’elle porte, pas un sac qu’elle vend, c’est l’âme de la maison, de ses créations, qui l’inspire. Alors Marillionne-Mairyon-Marion est-elle une star, une actrice, une mère de famille, une citoyenne du monde, une femme amoureuse, une bâtisseuse, une artiste ? Peut-être pouvons-nous admettre qu’elle est tout à la fois.

Entretien avec Marion Cotillard

Entretien avec Marion Cotillard

Dans quelles circonstances avez-vous rencontré les frères Dardenne ?
Nous nous étions croisés en Belgique, sur le tournage de « De rouille et d’os », de Jacques Audiard. Une brève rencontre, entre deux ascenseurs. J’étais très impressionnée car je les ai toujours beaucoup admirés…

Quelques mois après la sortie de « De rouille et d’os », mon agent m’a appelée pour me dire que Luc et Jean-Pierre voulaient me proposer un film. Je n’en revenais pas. Pour moi, tourner avec eux revenait à accéder à l’inaccessible.

Pourquoi ?
Les diverses expériences que j’ai eues en tant qu’actrice m’ont ouvert des perspectives que je n’aurais pu imaginer. Mais les Dardenne restaient dans le domaine de l’inimaginable… Ce n’est pas dans leurs habitudes d’engager des acteurs qui ont déjà pas mal voyagé dans différentes sphères cinématographiques. Cécile de
France a travaillé avec eux dans « Le gamin au vélo », mais peut-être le fait qu’elle soit belge rendait sa collaboration plus logique que la mienne. Cela a donc été une surprise qu’ils me contactent. Et un bonheur absolu.

Comment définiriez-vous leur cinéma ?
Dans chaque film, ils observent la réalité de la société, et, simultanément, inventent une nouvelle aventure  de cinéma. Ils font des films d’auteur – plus auteurs que Luc et Jean-Pierre, c’est impossible ! – mais ils parviennent à échapper à toutes les catégories. Leur cinéma est absolument universel.

Quelle a été votre première réaction quand ils vous ont proposé le rôle de Sandra ?
Lors de notre premier rendez-vous, je bouillonnais ! J’ai tout fait pour bien me tenir, mais il a néanmoins fallu que je verbalise. J’étais intérieurement bouleversée qu’ils me proposent une collaboration et j’avais besoin de le leur dire.

Comment vous ont-ils présenté « Deux jours, une nuit » ?
Ils m’ont dit quelques mots sur les enjeux du film, mais j’ai vraiment découvert l’histoire de Sandra quand j’ai lu le scénario. J’ai vu quelle magnifique héroïne de la vie réelle elle était. Et quel formidable défi ce serait pour moi d’incarner cette femme qui rencontre chacun de ses collègues et tente de les faire revenir sur leur vote. Ce jeu sur les répétitions signifiait qu’il me faudrait travailler sur les nuances et les fluctuations.

Comment définiriez-vous Sandra ?
C’est une femme ordinaire, une ouvrière, qui connaît le prix des choses car elle n’a pas le choix. Elle comprend ceux qui ont préféré empocher la prime de mille euros plutôt que de voter pour son maintien dans l’entreprise. Nul ne sait ce qu’elle aurait fait à leur place et le film ne juge aucun personnage. C’est toute sa force.

Elle est aussi atteinte de dépression…
Elle va jusqu’à dire dans une scène : « Je ne suis rien ». Ce sentiment d’inutilité l’habite en profondeur comme il habite beaucoup de gens qui ne savent comment composer avec leur travail, ou son absence. J’avais été très marquée, quelques mois avant le tournage, par des articles et reportages sur le suicide au travail, ceux qui préfèrent en finir plutôt que d’éprouver ce sentiment d’inutilité. Le film, pour moi, faisait écho à ces événements qui m’avaient interpellée.

Comment se déroule concrètement le travail avec les Dardenne ?
Nous avons répété pendant un mois. Une phase très importante. Il s’agissait de travailler sur les mises en place, sur l’énergie des personnages, sur le rythme des scènes. Un travail d’autant plus complexe et essentiel que les frères tournent en plans-séquences. Il m’a fallu aussi – ce que j’appréhendais le plus – perdre mon accent français sans pour autant adopter un accent belge forcé, ce qui aurait été trop dérangeant. Ces répétitions m’ont permis de me sentir à l’aise dans le bain belge…

Le film évite à chaque instant le misérabilisme et la démonstration.
Les frères sont les maîtres de l’épure, il ne s’agit pas d’avoir des intentions de jeu, il s’agit d’être. C’est ce vers quoi je tends: même quand mes rôles se prêtent à la performance, j’essaye toujours de faire en sorte que l’on ne voie pas le jeu, mais que l’on soit avec le personnage et ses émotions. Quand on aime travailler ainsi, on ne peut rêver mieux que de bosser avec les Dardenne.

Comment dirigent-ils les acteurs sur le plateau ?
Grâce au travail accompli durant les répétitions, Luc et Jean-Pierre, sur le tournage, se concentrent avant tout sur le jeu des comédiens. Et là, leur exigence est totale, inégalable et inégalée… Ils travaillent tellement sur les détails qu’ils peuvent refaire et refaire encore. La vérité et l’intensité de leurs films est à ce prix. Ils m’auraient demandé de tourner 250 prises pour une scène, je l’aurais fait. Jamais je n’en ai eu marre, car jamais je n’avais été dirigée de la sorte.

Vous formez un couple très crédible avec Fabrizio Rongione.
Les répétitions nous ont beaucoup servi. Sur un tel film, il est nécessaire de ne pas se rencontrer le premier jour de tournage. Les répétitions nous ont permis de nous apprivoiser mutuellement. Fabrizio est un habitué du cinéma des Dardenne, il a joué dans la plupart de leurs films précédents. Il s’insère naturellement dans leur univers car il partage la même authenticité. Travailler avec lui sous le regard des frères était une grande chance pour moi.

Le rôle de Sandra est très différent de ceux que vous avez interprétés récemment aux Etats-Unis.
J’ai toujours rêvé de cette alternance, de cette variété. Je me sens extrêmement chanceuse de pouvoir ainsi changer d’univers. J’ai assouvi mon fantasme originel de jeune actrice : arpenter des territoires et des genres différents, avec de grands cinéastes.

« Deux jours, une nuit » restera-t-il un film à part dans votre carrière ?
Oui, c’est certain. J’ai déjà connu des expériences magnifiques, mais celle-ci a été la plus profonde et la plus idyllique de toutes. Jamais, je ne m’étais sentie ainsi accompagnée par un réalisateur, par deux réalisateurs. Avec Luc et Jean-Pierre, nous avons été complices du premier au dernier jour. Et à l’heure de l’ultime plan, j’ai été profondément triste de savoir que l’histoire, en tout cas cette partie, s’achevait.

Vous aimeriez donc retourner avec les frères ?
Quand ils veulent ! Ils n’ont même pas besoin de me soumettre le scénario, ce sera oui tout de suite. Dans l’avenir, je veux bien être leur nouveau Jérémie Renier ou leur nouveau Olivier Gourmet.

Vous retrouvez le festival de Cannes et la compétition, un an après « The immigrant », de James Gray.
Et deux ans après « De rouille et d’os », de Jacques Audiard. Monter les marches avec Luc et Jean-Pierre, qui ont fait vivre leur cinéma à Cannes, c’est magique pas moins… Ils m’ont embarquée dans une telle aventure cinématographique et humaine que rien ne peut me rendre plus heureuse que de me retrouver à leurs côtés au Festival.

La voix off doit se faire oublier

La voix off doit se faire oublier

Rodée à l’exercice, la comédienne est la narratrice du documentaire Terre des ours, en salle le 26 février. Elle nous livre les secrets du métier.

Pour filmer la nature au plus près, l’équipe de Terre des ours, emmenée par son réalisateur, Guillaume Vincent, a dormi des semaines sous la tente, dans la fraîcheur des montagnes du Kamtchatka, en Sibérie orientale. Marion Cotillard, elle, n’a passé qu’une journée en studio à Paris, pour enregistrer la voix off du film. Elle n’a pas eu le rôle le plus ingrat. L’actrice française la plus demandée à Hollywood est une habituée de l’exercice. Elle participe aussi volontiers à des documentaires, comme Voyage sous les mers, en 2009, qu’à des dessins animés, comme le prochain long-métrage de Jacques Tardi, Un monde truqué, ou la future adaptation américaine du Petit Prince, aux côtés de James Franco. Narratrice de Terre des ours, elle nous raconte sa collaboration à ce spectaculaire film animalier en 3D.

Vous êtes amatrice de documentaires animaliers ?
Marion Cotillard
J’adore ça. J’en regarde énormément, en particulier ceux produits par la BBC, la référence en la matière. Je préfère les commentaires très sobres. Je veux seulement qu’on me donne des informations, d’une voix si possible pas trop désagréable. Quand un acteur fait la narration, je crains toujours qu’elle soit trop afectée, trop jouée. Du coup, quand mon agent m’a parlé de ce projet, je me suis d’abord demandé ce qu’on attendait de moi.

Quelle direction vous a-t-on finalement donnée ?
Ne pas jouer, ni être dans l’émotion, pour que celle-ci soit suscitée par les images. Le réalisateur et moi étions totalement sur la même longueur d’ondes : la voix of doit savoir se faire oublier et se contenter de soutenir ce qui se passe à l’écran. Bien sûr, je suis parfois touchée par ce que je vois et ça peut sans doute s’entendre, mais de façon subtile et légère.

Comment avez-vous travaillé ?
J’ai passé une journée en studio, début octobre. J’étais toute seule, devant un petit écran avec mon micro, dans une cabine reliée au studio d’enregistrement, où le réalisateur, le producteur et les techniciens étaient réunis. J’ai découvert les images en même temps que le texte, le jour même. Heureusement, j’ai vu tellement de documentaires animaliers dans ma vie que c’est presque comme si j’avais fait un travail préparatoire depuis des années. J’ai été dirigée de façon très précise : le réalisateur avait une idée claire du rythme des phrases, des pauses… Il m’indiquait si j’étais trop présente, ou pas assez, si j’allais trop vite ou non.

Il vous a choisie pour votre timbre, dans lequel il y a, selon lui, « à la fois de la douceur et de la force, comme chez les ours ». Est-ce que vous ne jouez pas aussi un rôle de faire-valoir pour ce projet ?
Associer au projet un nom avec une certaine notoriété permet forcément de lui donner une plus grande visibilité. Il y a tant d’offres, de films qui sortent chaque semaine, qu’il faut bien se démarquer d’une certaine manière.

Vos cachets ont pu atteindre jusqu’à 800 000 euros sur certains films. Comment une petite maison de production de documentaires peut-elle s’ofrir vos services ?
Je ne gagne pas souvent 800 000 euros ! Mon salaire dépend du budget des flms. Là, ce n’est pas la même échelle, ni le même investissement en termes de travail. C’est une journée de studio. Je ne demande pas des sommes faramineuses.

Dans L’intimité des bêtes
La magnifique réserve naturelle du Kamtchatka, à l’extrémité est de la Russie, accueille la plus large concentration d’ours au monde. A la fin du printemps, après huit mois d’hibernation, ils quittent leur tanière pour pêcher, sans relâche, les saumons qui déferlent par millions dans les rivières. Grâce à des moyens exceptionnels, le quotidien de ces bêtes sauvages a été épié pendant des mois et filmé en 3D, avec l’aide d’un expert en la matière, l’Américain Manning Tillman, chef d’orchestre de la 3D sur le film Avatar, de James Cameron. Tendres, dangereux, joueurs, solitaires… Ces animaux fascinants sont filmés au plus près, dans des paysages d’une beauté éblouissante. S. L.

> Terre des ours, de Guillaume Vincent. En salle le 26 février.

Marion Cotillard : «La môme» a changé ma vie

Marion Cotillard : «La môme» a changé ma vie

ALM : A-t-il été difficile pour vous d’incarner un rôle dans une culture différente de la vôtre?

Marion Cotillard : Forcément, en essayant de s’approprier le temps d’un film une culture différente de la nôtre, on rencontre quelques complexités mais l’exercice reste profondément enrichissant. Pouvoir plonger dans une autre culture et donc dans une autre manière de penser et de voir les choses, c’est toujours difficile dans la mesure où l’on cherche à se vêtir de son personnage avec perfection. Pour vous dire, apprendre mon texte en polonais m’a pris trois mois de travail acharné mais, en fin de compte cela reste une expérience qui m’a beaucoup apportée.

Vous avez été membre du Jury de cette dernière édition du Festival international du film de Marrakech. Comment évaluez-vous le cinéma national?

Je dois dire que partout où on a l’occasion de faire des films et de faire découvrir le cinéma et ses passions à une population qui n’a pas forcément facilement accès à cet art, il faut le faire et en être fier. Il est très important de continuer à donner et à encourager la production artistique.

Vous êtes la plus internationale des Français, vous avez reçu plusieurs prix dont un Oscar et un César.. Ne pensez-vous pas vivre une expérience dans le cinéma arabe?

J’ai eu la chance jusqu’à présent de découvrir plusieurs cultures à travers mes films. Cela me passionne et j’aime l’exploration donc pourquoi pas s’approcher du cinéma arabe.

Quel a été le grand tournant de votre vie d’actrice?

C’est sans doute le film pour lequel j’ai eu l’Oscar, «La Môme». Il y a eu plusieurs tournants mais celui-là en particulier m’a ouvert plusieurs portes notamment à l’international. Ce film a changé ma vie d’actrice.

Quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes qui vous suivent depuis le Maroc?

Allez voir des films, beaucoup de films et envahissez les salles de cinéma. Faites du cinéma si vous le pouvez et exprimez-vous de cette manière là, c’est une belle manière de raconter des choses.

Marion Cotillard, membre du jury du FIFM

Marion Cotillard, membre du jury du FIFM

Membre du jury de la compétition longs métrages du 13ème FIFM, Marion Cotillard a reçu plusieurs récompenses grâce notamment à son interprétation d’Edith Piaf dans « La Môme ». Rôle qui lui a valu un César, un Golden Globe, un Bafta ainsi qu’un Oscar. Elle est la deuxième Française à être désignée « meilleure actrice » par la prestigieuse Académie hollywoodienne des Oscars, après ses performances dans « Taxi », « Big Fish », « Les petits mouchoirs », « Public Enemies », « Inception » ou encore « The dark knight rises ». L’égérie de la célèbre marque Dior a également collaboré avec de grands cinéastes américains et britanniques tels que Tim Burton, Woody Allen, Christopher Nolan et très récemment James Gray pour le tournage du film « The immigrant ».

Libé : Vous êtes sur le point de jouer le rôle de Macbeth, l’une des pièces les plus connues de Shakespeare. Que pourriez-vous nous dire à ce propos ?
Marion Cotillard :
J’en ai rêvé et j’ai toujours été persuadée que je jouerais un jour Lady Macbeth. Seulement dans mon esprit, cela se passerait sur scène et en français. J’ai travaillé sur l’une de ses scènes lorsque j’étais étudiante et c’est là que j’ai su qu’un jour j’interpréterais ce personnage. Par contre, je n’ai jamais pensé que je pourrais jouer la pièce de Shakespeare en version originale. Le script est compliqué à comprendre, mais je suis très ravie de l’opportunité qui m’a été offerte. Je suis consciente que le fait de demander à une Française d’interpréter Lady Macbeth est un risque pour les réalisateurs. J’espère donc être à la hauteur.

Dans « The immigrant », est-ce que, comme Lady Macbeth, Ewa se bat contre la vie?
Ewa est l’opposée de Lady Macbeth. Elle est entièrement dévouée à sa grande sœur; c’est une infirmière qui dédie sa vie aux autres.

Au sujet du personnage d’Ewa, combien de temps avez-vous consacré pour apprendre le polonais?
Cela m’a pris trois mois de travail intense. Il faut préciser que c’est un film à faible budget. D’autre part, faute de temps, j’ai dû travailler énormément pour apprendre les 20 pages de script en polonais, mais également acquérir l’accent polonais en anglais. Cela a été un grand défi.

A ce moment précis de votre carrière, comment choisissez-vous vos rôles?
Je lis toujours les scripts avant de m’engager. Afin de mieux comprendre l’histoire et le personnage que je suis censée interpréter. J’ai connu différents tournants au cours de ma carrière. Le premier a été avec Jean-Pierre Jeunet qui m’a offert un très beau rôle dans « Un long dimanche de fiançailles » et le second était pour « La vie en rose » qui a changé ma vie d’actrice. C’est grâce à cette dernière expérience que j’ai commencé à avoir des propositions de réalisateurs américains. Ce qui était mon rêve d’enfance.

Comment cela se passe-t-il quand votre mari, Guillaume Canet, vous dirige sur le tournage?
J’apprécie beaucoup son travail sur le plateau et je me sens bien plus impliquée que d’habitude quand je travaille avec lui. Certes, tous les réalisateurs sont différents, mais avec lui j’ai confiance. Désormais, je sais à quel point il est difficile de réaliser un film, et je suis alors plus sensible aux problèmes que peuvent rencontrer les réalisateurs. Je me rappelle qu’à un moment, James Gray sur le tournage de « The immigrant », semblait préoccupé. Je suis donc allée le rejoindre pour lui demander si tout allait bien. Il m’a expliqué que s’il voulait tourner la scène de la manière dont il voulait, il faudrait doubler le budget du film. J’ai été très affectée par cette déclaration, car depuis que j’ai un « réalisateur à la maison », je connais cette frustration.

Avez-vous l’intention de passer derrière la caméra?
Je pense qu’il est très complexe de diriger un film. Je ressens parfois le besoin et le désir de raconter une histoire, et la meilleure manière serait alors de réaliser un film. Je pense alors qu’un jour je le ferais. Seulement, je ne suis pas encore à ce tournant de ma carrière. Je ne sais pas si j’en serais capable, car c’est une entreprise très difficile.

En dehors du FIFM, connaissez-vous le cinéma marocain?
Je connais peu le cinéma africain. En tant que membre du jury du FIFM, je vais visionner des films que je n’aurais peut-être pas eu l’occasion de voir. Ce qui est alors très intéressant pour moi qui adore le cinéma mais manque souvent de temps d’aller au cinéma.

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