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Feb 2015
French Press  •  By  •  0 Comments

Le destin, qui sait être clément à l’occasion, a décidé qu’elle serait l’Élue. Tous les storytellers qui tricotent des légendes au kilomètre peuvent rentrer se coucher : chez Marion Cotillard, le mythe s’accommode fort bien de la réalité. C’est une météorite qui traverse le ciel étoilé du cinéma sans qu’aucun satellite n’entrave sa course. Actrice française, star hollywoodienne, sa carrière internationale est sans équivalent.
Ce matin-là, elle nous reçoit simplement chez elle, quelque part sur la rive gauche. « Je ne vis pas à Los Angeles », souligne-t-elle malicieusement. Dans le salon, l’arbre de Noël a été épargné, un souhait de Marcel, son fils, bientôt 4 ans – une merveille -, qui rentre du judo et joue dans sa chambre avec des éléphants en peluche.

Ce n’est pas l’égérie magnétique de la maison Dior qu’on a sous les yeux, mais une femme qui, par ailleurs, est mère de famille et star de cinéma. Marion Cotillard ôte ses Veja (des baskets écologiquement correctes) et s’installe sur son canapé gris. On s’attarde sur ce visage si expressif qu’il a envoûté James Gray ou Christopher Nolan, beauté mélancolique avec ce teint opalescent et ses yeux qui, face à une fenêtre, virent au bleu marine.

Aujourd’hui, l’agenda de l’actrice est plus rempli que celui de l’ambassadeur d’une grande puissance : dans une semaine, elle fera le grand écart entre Paris et Hollywood, ses deux pôles d’attraction. Elle est nommée à la fois aux césar et aux oscars pour Deux Jours, une nuit, le film belge des frères Dardenne, qui commença son voyage au dernier Festival de Cannes. Rien n’est plus vraiment étonnant dans l’itinéraire stratosphérique de Marion Cotillard, dont les rebondissements forcent l’admiration. Aux États-Unis, elle est vénérée – le mot n’est pas trop fort. Elle a réussi l’impossible tour de force : faire oublier qu’elle est française et prétendre à des rôles habituellement dévolus aux stars américaines de la liste A.

Rien aujourd’hui ne semble lui faire peur. Elle vient d’être Lady Macbeth auprès de Michael Fassbender (Macbeth, de Justin Kurzel, probablement au prochain Festival de Cannes) et tournera dès juillet Mal de pierres, de Nicole Garcia. Entre-temps, elle sera Jeanne d’Arc dans Jeanne d’Arc au bûcher, l’oratorio d’Arthur Honegger, dans une version scénique qui constitue l’événement de la Philharmonie de Paris les 4 et 5 mars prochains, avant de voyager jusqu’au Lincoln Center à New York. Rencontre avec un prodige.

Les photos d’Alex Prager pour Madame Figaro révèlent une nouvelle facette de votre beauté. Quel rapport entretenez-vous avec cette Marion Cotillard-là, objet d’art et objet de beauté ?

J’ai un visage très mobile, très mouvant, très fluctuant. C’est parfait pour le cinéma, mais je ne suis pas un canon de beauté, ce n’est pas si difficile de me rendre laide. Je ne sais absolument pas parler de beauté, ou d’une beauté présumée qu’on m’attribuerait. Quand on me rencontre, personne ne pense : « Elle est splendide. » Je ne suis pas définie par mon physique. Je ne suis pas Monica Bellucci, dont la beauté est si étonnante qu’elle a dû forcément conditionner sa vie et son rapport avec les autres. Chez les actrices, j’aime les physiques singuliers et lumineux. Celui d’Ana Girardot. Celui de Meryl Streep. Je trouve Penélope Cruz sublimissime et Jessica Chastain aussi : j’adore les rousses. Angelina Jolie, que j’ai croisée quelquefois, est superbe mais c’est une beauté un peu trop impressionnante. Celle que je trouve époustouflante, c’est Charlotte Casiraghi. La première fois que j’ai dîné avec elle, je ne pouvais pas détacher mon regard de son visage. Bien sûr, il y a les choses qui vont avec : l’intelligence, la simplicité, la vivacité, la gentillesse. Tout cela transcende et démultiplie la beauté.

Les Américains considèrent que vous rayonnez de la photogénie des stars de l’âge d’or hollywoodien…

Ce qui est exact, c’est qu’ils ne m’ont encore jamais proposé un rôle où je suis dépouillée de tout artifice. Peut-être dans The Immigrant, de James Gray, où je portais très peu de maquillage, mais c’est un peu particulier, c’est un film en costumes. À l’inverse, dans Deux Jours, une nuit, Sandra, mon personnage, affronte la vie le visage nu. C’est une de mes plus belles expériences. Une expérience unique. Avec les frères Dardenne, j’étais au-delà de la confiance : c’était une communion, une fusion même. Dans un autre genre, je me suis beaucoup plu dans De rouille et d’os, de Jacques Audiard. C’est mon rôle le plus sexy, le plus charnel. Une fille lumineuse comme je les aime.

Avez-vous un regret concernant ce parcours exceptionnel ?

Ne pas avoir tourné avec Patrice Chéreau. Sa mort a brisé mon cœur d’actrice, j’ai ressenti une peine immense. Je pensais à cette expérience dont j’avais si souvent rêvé et que je ne vivrais jamais. C’était un des plus grands. Son film Intimité, mon préféré, est un chef-d’œuvre.

Vous voilà en lice pour un deuxième oscar, une première pour une actrice française.

Que je sois nommée pour un film belge est fou. C’est vraiment une surprise, je n’ai pas fait de campagne,je ne pensais même pas être envisagée comme un outsider. Je suis convaincue que c’est Julianne Moore qui va l’emporter – c’est sa cinquième nomination et elle est remarquable dans Still Alice -, mais je suis tellement heureuse d’emmener le film des Dardenne à Hollywood ! Et puis ce qui me fait plaisir, c’est que les membres de l’Académie considèrent mon travail. Le week-end du 20 février s’annonce mouvementé, il y a les césars à Paris puis les oscars à Los Angeles, et, entre ces deux cérémonies, les Independent Spirit Awards, où je suis nommée pour The Immigrant. Il est prévu que je me prépare dans l’avion et que je fasse un stop dans une chambre d’hôtel sur le chemin pour passer ma robe…

Que vous inspirent ces nominations multiples ?

Même si je ne le vis pas comme ça, il s’agit bel et bien d’une compétition. Mais, contrairement à une compétition sportive, une compétition d’artistes, ça n’a pas véritablement de sens. Ainsi, comment comparer Deneuve et Binoche, deux magnifiques actrices, toutes deux nommées aux césars ? Comment expliquer que Céline Sallette, époustouflante dans Geronimo, ne soit pas mentionnée ? Mais c’est le jeu bien sûr, un jeu totalement paradoxal, avec d’un côté cette compétition entre des actrices qui ont peu à voir les unes avec les autres, et de l’autre une reconnaissance magnifique par les pairs du métier. Je suis fière et heureuse de me retrouver avec toutes ces belles actrices.

Comment gérez-vous ce tourbillon de succès et toutes les contraintes qu’il impose ?

J’essaie de faire du mieux que je peux. Je mène une vie assez particulière, mais dans cette particularité, j’ai la chance de ressentir beaucoup de joie. Je ne peux me plaindre de rien.

Avez-vous atteint une plénitude en tant que femme ?

Pas encore. Une actrice est un animal très particulier ! Quand j’ai commencé ce métier, je n’assumais pas du tout ce besoin de reconnaissance et l’envie d’être aimée. Je vis mieux avec aujourd’hui, mais je suis encore loin de ne plus désirer cela, encore loin de cette sagesse.

N’est-il pas naturel d’avoir envie d’être aimée ?

Être aimée, oui sûrement, mais je pense que le besoin de reconnaissance est une pathologie qu’il est impossible d’assouvir totalement. Et j’ai toujours peur de décevoir. Cette insécurité, propre à toutes les actrices, crée parfois des tensions. J’ai reçu beaucoup de reconnaissance, plus que je ne l’aurais imaginé. Mais en fait, aucune récompense ne peut véritablement assouvir ce besoin, disons que cela donne une assurance éphémère. Seul un travail sur soi afin de trouver l’origine de ce besoin peut en venir à bout.

Qu’est-ce qui vous apaise ?

Mes proches. Et des gens comme Pierre Rabhi, un altruiste, l’une des plus belles personnes que j’aie dans ma vie.

Et la création sans doute. Actrice, musicienne, récitante dans un oratorio… La réalisation vous tente-t-elle, comme beaucoup de vos consœurs ?

J’ai besoin de m’exprimer. La réalisation permet d’être entièrement maître d’un processus et d’un objet créatif. Cela n’est pas complètement possible lorsqu’on est actrice. J’ai coréalisé avec Eliott Bliss le dernier clip de la campagne Dior. J’ai adoré ça. Le résultat me ressemble. Oui, j’ai envie de réaliser, de filmer, de diriger des actrices et des acteurs. Je le ferai un jour. J’ai échangé avec Robin Wright, qui a signé quelques épisodes de House of Cards, elle en parle d’une manière enflammée.

Avant cela, vous aurez tourné avec Nicole Garcia…

J’ai toujours aimé cette femme. Pourtant, lorsque j’ai reçu le scénario du film (Mal de pierres, NDLR), j’ai résisté. C’était pendant le tournage de Macbeth et, le film terminé, je ne voulais pas être habitée par un autre personnage. Mes rôles m’envahissent et m’empêchent de vivre pleinement ma vie. D’autant plus que je choisis rarement des histoires légères.Et Macbeth était tellement sombre. Donc, j’avais décidé de reprendre le contrôle de ma vie, de n’appartenir qu’à moi quelque temps. Et puis j’ai lu deux pages et j’ai été embarquée. Dans ma tête, le travail a déjà commencé, au-delà de ma volonté…

 

Jeanne d’Arc revue par Alex Prager

« Quand j’ai découvert Alex Prager, j’ai été immédiatement séduite par son travail, qui me rappelle par certains aspects celui de Martin Parr, dont je suis fan. C’est plus qu’une photographe, c’est une artiste qui met véritablement en scène ses images. Lorsque je lui ai parlé de l’oratorio d’Honegger, nous sommes tombées d’accord sur le principe d’une évocation de Jeanne d’Arc : c’est la direction de l’inspiration. Je n’aime faire des photos que lorsqu’il y a quelque chose à raconter, ou une histoire à me raconter. Alex Prager m’a dirigée comme un metteur en scène. Elle me disait : “Tu es dans tel état d’esprit”, ou “Ton armée est derrière toi”. Elle choisit tout, contrôle tout, coiffure – je porte une perruque -, maquillage  et stylisme. Au make-up, elle inspectait même  la pose du mascara ! Elle est d’une précision absolue. On a shooté dans une vallée près de  Los Angeles, j’avais l’impression qu’on tournait  un film avec des effets spéciaux, et même du feu : des rampes, des bonbonnes de gaz…, tout  cet environnement était très inspirant. J’ai besoin de ressentir une très forte connexion avec  le photographe pour réussir des images. Sinon, il n’y a rien dans le regard et tout est à jeter. »

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