Welcome to Magnifique Marion Cotillard! Marion's best known for her award winning performance in La Vie en Rose, but you might also recognise her from movies such as Inception, Midnight in Paris, The Dark Knight Rises and The French Rust and Bone. Collecting nominations for her latest film Two Days, One Night and starring in the upcoming adaptation of Shakespeare's Macbeth, Marion Cotillard is finally making a comeback to leading roles. Not stopping at movies, Marion Cotillard is also exploring her musical talents, having toured with French rock band Yodelice and recorded a song and video with British band Metronomy. She's also taken over the fashion industry as the face of Lady Dior. All the while, she is never too busy for her family and to lend her time and name to causes she believes in. Enjoy your time here and keep checking back for all the latest news!
Aug 18, 14   Mia   0 Comment French Press

Published in: () on 17 May, 2014 by View Scans

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Héroïne de “Deux jours, une nuit”, des frères Dardenne, présenté en compétition, l’actrice revient sur les cinéastes (James Gray, Jacques Audiard) qui ont marqué sa carrière

Marion Cotillard est assise sur un canapé, dans le salon de son agent. « Ça ne vous dérange pas que je fume ? », demande-t-elle et la voilà qui plonge aussitôt dans son sac à la recherche de son tabac. Car elle roule elle-même ses cigarettes, non sans une certaine maladresse qui la fait sourire. « Ça ressemble à un pétard, vous ne trouvez pas ? Heureusement que vous ne filmez pas ! »

Elle accepte des rôles complexes, délicats, étranges. Des performances qui lui donnent souvent du fil à retordre. « Je sais, et ça ne s’arrange pas avec le temps. En début d’année, j’ai accepté de jouer Macbeth, sous la direction de Justin Kurzel (Les Crimes de Snowtown), avec Michael Fassbender. En anglais… Une pure folie ! Faudra que je me décide à comprendre, un jour, pourquoi je me pourris ainsi la vie. Mon problème, c’est d’obéir à des coups de cœur. Je choisis d’abord, je réfléchis après… »

Mais elle choisit bien. La revoilà à Cannes pour la troisième année consécutive. Après Jacques Audiard (De rouille et d’os, 2012) et James Gray (The Immigrant, 2013, superbe mélo incompris), elle a rejoint l’univers de Jean-Pierre et Luc Dardenne. Dans Deux jours, une nuit, elle interprète une ouvrière qui cherche à convaincre ses collègues de la soutenir pour lui éviter le renvoi…

Les frères Dardenne

« Je peux me montrer combative pour tourner avec un ­cinéaste que j’aime, mais les Dardenne me paraissaient inaccessibles. Ils étaient trop loin de moi, de ma filmographie… Quand ils m’ont appelée, il m’a semblé, comme dans un conte, entrer dans un monde qui, en tant que spectatrice, me transportait. J’avais vu tous leurs films plusieurs fois et, au début, je leur ai posé un tas de questions de fan, au risque de les soûler ! Dans Le Fils, par exemple, mon préféré avec Le Gamin au vélo, j’avais été émerveillée par une scène où l’enfant passe à l’arrière de la voiture conduite par Olivier Gourmet. C’est simple, en apparence. En fait, le plan est d’une complexité technique incroyable. Et j’avais la chance qu’ils me l’expliquent en détail, à moi, leur spectatrice…

C’est ce que j’aime en eux : ils ne cessent de penser au spectateur, contrairement à tant de cinéastes qui le considèrent comme… peut-être pas inutile, mais surnuméraire. Attention, la question n’est pas, pour eux, de plaire au spectateur, de le séduire à tout prix, mais au contraire de le dérouter et de le surprendre. Il reste présent dans leurs pensées à chaque étape de leur travail… Jean-Pierre et Luc commencent par répéter, durant des semaines, seuls tous les deux. J’aurais vraiment aimé être une petite souris pour les observer, jouant ainsi tous les rôles et esquissant leurs futurs mouvements de caméra… Ensuite, un bon mois durant, se tiennent les vraies répétitions, dans les décors et avec les comédiens. Là, ils ne se préoccupent pas encore du jeu des acteurs, mais moi, dans l’énergie de leurs plans séquences, je choisissais déjà les attitudes et les intonations du personnage. Ils m’ont cependant demandé d’effacer mon accent parisien. “Pour en adopter un belge ?”, ai-je demandé. “Juste quelques résonances”, ont-ils répondu. Bon !…

Comme actrice, je n’ai pas de méthode. Mais pour certains rôles plus compliqués je commence, dès les répétitions, à travailler de mon côté avec les éléments que j’ai, et surtout avec ceux que je n’ai pas. Je m’isole dans ma chambre, des soirées entières, et je médite. Peu à peu, au cours de ces rêveries, des images m’apparaissent, des musiques aussi, des bouts de scènes qui me révèlent le personnage, ses ­secrets, ses manques, ses doutes. Ce qui le fait avancer, ce qui le bloque, ce qui le met en colère. Certaines trouvailles ne me plaisent pas forcément, mais je les garde. Et je les note sur un carnet. Certaines pistes disparaissent, d’autres persistent et je m’y accroche. Elles deviennent des évidences pour toute l’aventure du tournage.

Je suis sûre que beaucoup me trouveront bêtassonne, ridicule ou prétentieuse. Je m’en fous, ça m’aide… Sur le film des Dardenne par exemple, où tout est minutieusement écrit, moi, je me disais constamment : “A quoi pense-t-elle quand elle ne dit rien ? Pourquoi a-t-elle fait une dépression ? Comment s’en est-elle sortie ? A-t-elle conscience du mal qu’elle a pu causer à ses proches ?…” Et je me plongeais dans mon carnet. Tout ce que j’ai pu imaginer et y noter, personne ne le connaît, pas même les frères. Ça ne regarde que moi. C’est mon boulot.

Il m’a été utile, ce carnet ! Car les Dardenne sont d’une méti­culosité incroyable. A la fin d’un plan séquence de huit minutes, ils sont capables de me dire d’enfiler ma chaussure droite, de respirer trois secondes – pas quatre ! – et de verser deux larmes – pas une, deux – tout en enfilant ma chaussure gauche. Et on recommencera soixante fois le plan séquence s’ils n’en sont pas satisfaits. Moi, ça me ravit, ça m’excite. Mais quand, au bout de plusieurs heures, je me sentais moins sincère, hop ! je puisais dans mon carnet d’autres pistes, d’autres repères pour leur donner l’émotion qu’ils attendaient. »

James Gray

« Avec James Gray, j’ai moins eu besoin de mon petit carnet. Je n’avais pas à inventer le passé de mon personnage, parce que James le nourrissait lui-même en me parlant de ses origines, de sa famille. C’est un conteur extraordinaire ; il adore, à travers ce qu’il dit, vous aider à éprouver ce qu’il veut. Avec lui, l’inspiration vient de l’information.

Le plus dur, pour moi, c’était les accents. J’avais un coach pour me faire parler anglais avec un accent polonais. Et un autre pour me faire parler polonais sans accent du tout… Évidemment, dans ma pauvre tête, je voyais tous les Polonais de la Terre venir voir le film et hurler de rire. A la fin de chaque prise, au grand étonnement de James – ce qui me rendait folle de rage – je me ruais sur mes vingt-deux pages en polonais pour travailler la prononciation encore et encore. Stress total…

James ne dirige pas aussi précisément que les Dardenne – personne ne le peut ! Mais pour la scène de l’église, il s’est montré méticuleux. Avant d’émigrer en Amérique, Ewa, mon personnage, était infirmière. “Elle a donc le goût des autres”, m’expliquait-il et il voulait que, filmée de très près, j’exprime cette dévotion. Sa foi en Dieu, sa passion pour sa sœur et même son affection pour cet homme amoureux qui la prostituait. C’est un personnage de Dostoïevski, Ewa ; elle a la capacité d’entrevoir la lumière en chaque être, même le plus sombre. De déceler la beauté chez celui qui refuse de la voir en lui… 

On a beaucoup travaillé. De prise en prise, on a essayé de magnifier la scène, de faire naître des intensités différentes, jusqu’à l’hystérie pure – comme dans ces chaînes de télé américaines où les fidèles se perdent dans la démesure. James voulait que le spectateur sente le don total d’Ewa. Son sacrifice absolu. Je ne me souviens plus du détail de ses indications, mais le mot qui m’a accompagnée tout le temps était « incandescence ». Et c’est ce qu’est le film, je crois, pas forcément émouvant, mais incandescent. J’ai parlé à James du reproche de froideur qu’on allait lui faire. Il m’a répondu, étonné : “Mais je suis ainsi.” En fait, c’est un hypersensible qui prétend ne pas l’être, sans que l’on sache vraiment s’il croit lui-même à ce qu’il dit. »

Jacques Audiard

« J’aimerais parfois être Daniel Day-Lewis. Il va voir les décideurs : “Je veux six mois de répétition, sinon je ne fais pas le film”… Pour De rouille et d’os, j’ai fait exactement l’inverse. J’étais à Hollywood – je finissais Batman –, donc je ne pouvais pas assister aux répétitions prévues. Et comme je venais d’avoir un bébé, je n’étais pas très disponible le soir, après les prises. Je sentais Jacques frustré et ça m’angoissait. Je ne voulais pas qu’il me croie indifférente, je-m’en-foutiste, paresseuse. Au contraire, j’adorais le personnage. Aussi abîmée soit-elle, Stéphanie est le rôle le plus sexy que j’ai jamais joué. A tel point que j’ai adoré tourner ses scènes d’amour. Généralement pour moi, c’est une épreuve, une horreur… Là, j’étais heureuse qu’elle puisse, soudain, un peu grâce à moi, redécouvrir la sensualité, le sexe, le plaisir. Sa renaissance me bouleversait…

Jacques traîne toujours un « cahier B », parallèle au scénario officiel : il y écrit des scènes qu’il tournera ou non, mais qui, même tournées, ne se retrouveront pas forcément dans la version définitive. J’ai cru remarquer qu’il se montrait nettement plus directif quand il utilisait son « cahier B » : la scène où je répète les gestes de mon numéro avec les orques, il me l’a fait recommencer un nombre incalculable de fois… En fait, c’est après le tournage qu’il m’a, je crois, appréciée. Sans doute a-t-il compris que je regrettais de ne pas avoir pu lui apporter, aux répétitions, ce qu’il souhaitait. On doit se ressembler. Avec lui, on ne sait pas toujours où l’on va, mais quand on y arrive, on le sent… Je déteste décevoir mon réalisateur : mon rêve, à chaque fois, c’est de plonger dans son univers pour tenter d’y trouver, avec lui, des parcelles d’authenticité. Tout le reste, c’est de l’inutile. Du superflu… »

En compétition

Deux jours, une nuit, de Jean-Pierre et Luc Dardenne, en salles le 21 mai.






 

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