Welcome to Magnifique Marion Cotillard! Marion's best known for her award winning performance in La Vie en Rose, but you might also recognise her from movies such as Inception, Midnight in Paris, The Dark Knight Rises and The French Rust and Bone. Collecting nominations for her latest film Two Days, One Night and starring in the upcoming adaptation of Shakespeare's Macbeth, Marion Cotillard is finally making a comeback to leading roles. Not stopping at movies, Marion Cotillard is also exploring her musical talents, having toured with French rock band Yodelice and recorded a song and video with British band Metronomy. She's also taken over the fashion industry as the face of Lady Dior. All the while, she is never too busy for her family and to lend her time and name to causes she believes in. Enjoy your time here and keep checking back for all the latest news!
May 20, 14   Mia   0 Comment French Press

Published in: () on 10 May, 2014 by , View Scans

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Après le lustre mordoré de “The Immigrant”, de James Gray, la Belgique ouvrière des frères Dardenne. Dans “Deux Jours, une nuit”, en compétition à Cannes, Marion Cotillard a quarante-huit heures pour sauver son job. Interview d’une guerrière.

Marion Cotillard, actrice désormais hollywoodienne et Lady Dior, pouvait-elle se couler dans l’univers naturaliste, sans maquillage ni artifice, des frères Dardenne ? Dans “Deux Jours, une nuit”, tourné à Seraing, le fief des réalisateurs, elle est Sandra, ouvrière dépressive que son patron contraint à la plus odieuse des tractations : convaincre un à un ses collègues de renoncer à une prime de 1.000 euros, le mantra du film, pour conserver sa place au sein de l’entreprise. Un chemin de croix qui raconte la désespérance sociale dans laquelle nous nous débattons, décortique le débat démocratique (chacun a ses raisons) et encourage à se remettre debout pour lutter. Nous avons soumis l’actrice, excellente de bout en bout, au tirage au sort de petits papiers à mots-clés – un clin d’œil au vote final du film. Elle a joué le jeu sans se faire prier.

1. Les Dardenne

“C’est une très grande rencontre pour moi, les frères. Ils m’ont offert la relation d’acteur à réalisateur(s) dont j’avais toujours rêvé. Le film n’est composé que de plans-séquences. Il y en a un d’environ sept minutes où Sandra, mon personnage, est dans son lit, discute avec son mari, reçoit un coup de fil, se prépare, craque, va dans la salle de bains, prend des médicaments… Les frères voulaient que je craque au moment pile où j’enfilais ma chaussure droite. Il m’est arrivé de craquer dix secondes plus tôt ou plus tard. Ils étaient très touchants, ils venaient me voir et me disaient : ‘C’est vraiment bien mais si tu pouvais décaler un tout petit peu le moment où tu t’écroules.’ On a fait 56 prises ! Honnêtement, si je n’avais pas été familière de leur cinéma, j’aurais pensé : ‘Ils ont un grain, ces types ! Est-ce que c’est vraiment grave si je craque en reposant mon pied par terre plutôt qu’en mettant ma chaussure ?’ Mais j’ai vu leurs films, que j’aime tous sans exception, et je savais que la dynamique de la scène et le rythme très organique de l’ensemble en dépendaient. Dépasser toute impression de jeu à l’écran et atteindre une telle authenticité nécessitent un travail minutieux sur le détail. Quand t’as craqué 42 fois et que ça ne fonctionne toujours pas, il faut beaucoup d’imagination pour relancer la machine. J’ai énormément appris avec eux. Ils m’auraient demandé 250 prises, je les aurais faites. J’avais une confiance totale, ce sont des génies – et je n’emploie pas souvent ce terme. Si on m’intimait de choisir : ‘Tu fais encore 50 films ou plus que 2 films avec les Dardenne, je prendrais les Dardenne. Mais j’en négocierais 5 ou 6.'”

2. Jouer la répétition

“Quand j’ai découvert le scénario, j’ai tout de suite repéré sa difficulté : j’avais quasiment le même texte à dire une dizaine de fois au cours du film. A quelques petites différences près qui m’ont servi de base de travail pour affûter mon jeu. Les frères n’écrivent rien au hasard, ce sont des horlogers suisses. Tout le personnage était là, sur le papier, notamment dans ces variations autour du même texte. Chaque nuance a une raison d’être et raconte l’évolution de Sandra, les moments où elle y croit, ceux où elle n’y croit plus…”

3. Méthode

“Je n’en ai pas de particulière. Elle naît selon le film, le réalisateur, le rôle. Sur ‘De rouille et d’os’, de Jacques Audiard, j’avais très peu d’informations concernant mon personnage. J’ai commencé à travailler sur son passé puis j’ai senti que ça atténuait le mystère que j’aimais en elle. C’était l’histoire d’une renaissance, je n’avais pas besoin de savoir ce qui lui était arrivé auparavant. Pour Sandra, en revanche, j’ai eu besoin de tout connaître de sa vie. Pourquoi cette dépression ? A quel point cela affecte-t-il la famille, les enfants ? J’ai procédé d’une manière que j’avais déjà testée une fois : j’ai fait le vide, je me suis mise dans une sorte d’état méditatif et j’ai adopté les premières choses qui me sont venues à l’esprit comme sources d’inspiration. Sur ‘la Môme’, j’avais mélangé pas mal de gens : des parents, une petite fille que je connaissais. Pour ‘Deux Jours, une nuit’ ont surgi une personne de ma famille, une de mes amies… et Jean-Jacques Goldman. Du coup, Sandra est devenue fan de Goldman. Je n’ai écouté que ça pendant trois mois et demi. Surtout ‘Puisque tu pars’. Et ‘Juste après’, qui me bouleverse. Goldman l’a écrite après avoir vu un documentaire sur une femme qui accouche d’un enfant manifestement mort qu’ils mettent vingt minutes à ranimer.”

4. Débardeur rose

“Je tenais à ce qu’un vêtement revienne à un moment du film. Parce que cette nana, elle n’a pas 50 trucs à se mettre, elle ne se change pas forcément tous les jours. Et ce débardeur rose s’est imposé assez vite comme une évidence. Le plus drôle, c’est qu’il nous arrivait, à la costumière ou à moi, d’aller nous balader dans les rues de Seraing et on se disait : ‘Tiens, j’ai vu quatre débardeurs roses aujourd’hui.’ J’ai toujours celui du film, dédicacé par toute l’équipe.”

5. Corps

“Travailler le personnage au corps constitue l’une de mes phases préférées. Chercher de quelle manière il va rire, marcher, pleurer, respirer. Me tasser les vertèbres pour Edith Piaf. Ciseler la voix de Sandra. Les frères m’ont tout de suite avertie : ‘Il va falloir perdre ton accent français.’ Bon, très bien, mais pour le remplacer par quoi ? Un accent neutre, ça n’existe pas. Pendant les répétitions, j’ai glané auprès de l’équipe belge quelques contractions de mots, une musicalité, des sonorités. Le caractère transformiste des rôles fait partie de mes critères de choix. Quand j’étais petite, sir Laurence Olivier et Peter Sellers me fascinaient. D’un film à l’autre, je les trouvais méconnaissables. Ils incarnaient, pour moi, la définition du métier d’acteur. Et si on inversait le jeu ? Je tire un nouveau papier. A vous de deviner… Alors, il s’agit d’une femme pas hypercool, impossible même, et du tournage le plus ardu de ma vie d’actrice, c’est…”

6. Lady Macbeth

“Que puis-je en dire ? Je n’avais aucun contrôle sur elle et pour cause, elle-même perd le contrôle et court à la folie. Mes personnages m’affectent. Leur état rejaillit sur moi. Là, je devenais complètement dingue. Il a fallu que je renvoie mon fils en France pour que ma nervosité ne le contamine pas. Je suis assez saine d’esprit mais je sentais que je n’y arrivais pas. Je n’étais plus moi. J’ai souvent endossé des héroïnes qui n’allaient pas bien. Sandra, pour ne citer qu’elle, ne tient pas la superforme, mais elle finit au moins par apercevoir un peu de lumière et d’espoir. Là, niet, monsieur, madame, peanuts. Il y a des personnages comme ça dont je sais que je les aborderai un jour. Lady Macbeth, je savais. Je pensais juste que je l’interpréterais sur scène et en français. Quand cette espèce de fou furieux de Justin Kurzel [réalisateur des ‘Crimes de Snowtown’, NDLR] a voulu engager une actrice française pour jouer le texte de Shakespeare sans le réactualiser, j’ai foncé : comment laisser passer un truc pareil même si j’avais prévu de ne pas travailler à cette période-là ? J’espère juste que ce que j’ai fait ne va pas être trop pourri, voire ridicule.”

7. Promotion

“Je n’aime pas l’exercice – c’est de notoriété publique – mais je la fais. Pour la première fois, fait historique, alors que le producteur, Denis Freyd, et les attachées de presse m’expliquaient : ‘On a décidé de refuser la proposition de tel ou tel média’, j’ai plaidé pour rajouter des entretiens. J’ai tellement envie de défendre le film des Dardenne.”

8. Chanson

“J’ai failli jouer sur scène dans une adaptation de la comédie musicale ‘Hedwig and The Angry Inch’, de John Cameron Mitchell. Mais c’était juste après ‘la Môme’, un personnage déjà bien complexe, alors interpréter un homme, et cet homme-là en plus, juste derrière… Pour ce qui est d’enregistrer un album, c’est toujours dans l’air. Mais je n’arrête pas de tourner, et quand je tourne je ne peux rien faire d’autre. Peut-être qu’à 60 berges, j’y arriverai. Le rock’n’roll n’a pas d’âge, non ?”

9. Intelligentsia Française

“Le fait que Jacques Audiard m’offre le rôle de Stéphanie dans ‘De rouille et d’os’ m’a surprise. Je n’imaginais pas qu’il puisse avoir envie de travailler avec moi. Pour une raison très simple : à un moment donné, et surtout après la série des ‘Taxi’, les auteurs français ne voulaient même pas me rencontrer.”

10. Bernadette Lafont

“L’annonce de sa mort m’a valu une journée particulièrement pénible sur le film des frères [les larmes lui montent aux yeux]. Elle était singulière et drôle, portait sur le métier un regard unique, fait d’un très grand recul et d’une intensité qui n’ont jamais faibli. Elle m’a sorti cette phrase fondatrice : ‘Dans ce métier, tu rencontreras une foule de gens qui t’expliqueront que tu es la huitième merveille du monde. Considère qu’ils te disent simplement bonjour.’ Un livre que j’aime et qui me guide, ‘les Quatre Accords toltèques’, de Don Miguel Ruiz, va dans le même sens. Un de ces accords enjoint de ne rien prendre personnellement. D’accueillir le bon comme le mauvais avec distance.”

11. Transmission

“J’ai eu des parents formidables qui, plutôt que de nous refiler leurs ‘poubelles’, comme on disait dans la famille – ou disons les ‘valises’ de leurs névroses familiales –, nous ont élevés dans la liberté totale, le respect, la curiosité, la culture. Ils n’ont pas flippé quand je leur ai annoncé que je voulais être actrice. Ils m’ont toujours soutenue. J’ai envie de transmettre la même chose à mon fils. Mais le voir manifester, un jour, le désir de faire ce métier me déchirerait. Pour être un bon acteur, il faut avoir de grandes, grandes failles qui ne se rempliront peut-être jamais. D’un côté, je me mettrais à espérer qu’il devienne un grand comédien. De l’autre, je saurais que son envie procède de quelque chose de très douloureux.”






 

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