Welcome to Magnifique Marion Cotillard! Marion's best known for her award winning performance in La Vie en Rose, but you might also recognise her from movies such as Inception, Midnight in Paris, The Dark Knight Rises and The French Rust and Bone. Collecting nominations for her latest film Two Days, One Night and starring in the upcoming adaptation of Shakespeare's Macbeth, Marion Cotillard is finally making a comeback to leading roles. Not stopping at movies, Marion Cotillard is also exploring her musical talents, having toured with French rock band Yodelice and recorded a song and video with British band Metronomy. She's also taken over the fashion industry as the face of Lady Dior. All the while, she is never too busy for her family and to lend her time and name to causes she believes in. Enjoy your time here and keep checking back for all the latest news!
Nov 26, 13   Mia   0 Comment French Press

Published in: () on 15 Nov, 2013 by View Scans

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On nous prévient : « Ah ! Marion ! Muette comme une carpe. Elle ne dit rien. » Comme les autres poissons ne sont pas plus loquaces, on se demande pourquoi reprocher toujours aux seules carpes de tenir le silence. Et puisque le proverbe nous informe qu’il est d’or, pourquoi ne pas dire directement que Marion Cotillard est une fille en or ? De fait, c’est une Marion Cotillard très détendue et chaleureuse, dont la grâce tient plutôt du félin que de la gent aquatique, que l’on rencontre dans la suite d’un grand hôtel, aux alentours de la place Vendôme. Cheveux courts, yeux bleus, teint parfait, stilettos, jean, un rayon de soleil dans le verre d’eau, une cigarette, et la conversation commence. A quelques semaines d’intervalle, dans « The Immigrant », de James Gray, et « Blood Ties », de Guillaume Canet, Marion Cotillard incarnera deux fois au cinéma un rôle d’étrangère contrainte à la prostitution sur le sol américain. Entre Ewa, la Polonaise réfractaire qui veut sauver sa sœur, du film de James Gray, et Monica, belle, glamour et camée, d’origine italienne, du film de Guillaume Canet, pas grand-chose en commun, et surtout pas l’époque. Il n’empêche : à l’heure des drames aux abords de Lampedusa, ces personnages de migrantes aux horizons sans cesse contrariés font réfléchir.

ELLE. Deux migrantes, deux prostituées : pourquoi ?
Marion Cotillard.
Ni pour Ewa ni pour Monica il ne s’agit d’un choix. Personne ne s’arrache de son pays dans l’objectif d’aller vendre son corps ailleurs. Dans « Blood Ties », le film attrape Monica alors qu’elle vit depuis longtemps aux Etats-Unis, tout en ayant gardé des traces d’un passé : son accent italien, par exemple. Il y a forcément eu un moment où elle a dû affronter l’Amérique comme une terre étrangère, apprendre une nouvelle langue, rêver d’un métier qui la sorte de la misère. Elle sait que la lutte pour les siens sera perpétuelle. On est dans les années 70 et, pour elle, le rêve américain est déjà anéanti. Lui reste son corps. Et la drogue. Mais surtout ses enfants. Pour Ewa, c’est différent. Elle est pleine d’espoir. Le film la montre alors qu’elle franchit la barrière d’Ellis Island, cette île à côté de la statue de la Liberté où devait passer tout migrant pour être examiné, scruté, jaugé, photographié, mesuré, puis jugé apte, admis ou refoulé.

ELLE. Êtes-vous sensible à la situation des migrants aujourd’hui ?
Marion Cotillard.
Je me souviens d’un petit garçon qui avait été retrouvé congelé dans le train d’atterrissage d’un avion. Comment fonctionnent le monde et la répartition des richesses pour que des enfants, des hommes, des femmes prennent le risque de mourir pour partir de chez eux ? Quand j’étais petite, ma mère m’emmenait à des réunions d’Amnesty International : un petit bureau avec cinq personnes qui essayaient de sauver des vies. C’est marquant.

ELLE. Le rêve américain a-t-il agi sur vous ?
Marion Cotillard.
D’une certaine manière, oui. Et j’aime profondément leur langue. Trois ans avant « La Môme », j’étais venue exprès à New York, m’offrir un stage d’anglais chez Berlitz. Je ne suis pas devenue actrice dans le but d’une carrière américaine, mon rêve n’avait ni pays ni frontière, mais juste après avoir joué dans « Big Fish », de Tim Burton, j’avais eu envie de parler couramment cette langue, car mon mauvais anglais scolaire m’avait fait un peu souffrir sur le plateau. Puis les profs de Berlitz m’ont vue revenir, au moment de la course aux oscars, pour Piaf. Cette attirance pour l’anglais vient de loin. Depuis l’enfance, je suis nourrie à la culture américaine, comme toute ma génération, d’ailleurs. Leur musique, leur cinéma, leur littérature font partie de ma construction.

ELLE. « Blood Ties », le film de Guillaume Canet, est un hommage appuyé à ce cinéma américain des années 70.
Marion Cotillard.
Absolument. Aux Scorsese, aux films de Jerry Schatzberg ou Sam Peckinpah… Il y a dans le film de Guillaume une humanité et une manière de raconter le parcours intérieur de chaque personnage qui me touchent particulièrement.

ELLE. Votre personnage, Monica, se drogue. Mais c’est une droguée qui a de la tenue. On ne la voit pas se piquer ni déchoir.
Marion Cotillard.
Heureusement, car j’ai la phobie des seringues ! Je me suis forcée à revoir « Panique à Needle Park », ce film avec Al Pacino, sur deux junkies à New York, tellement réaliste qu’on se dit que, parmi les seconds rôles, il y avait bien deux, trois personnes qui se piquaient réellement. La fêlure qui amène à cette déchéance est pour moi très douloureuse à regarder. Je crois que, si Monica reste toujours droite, c’est grâce à ses enfants. Sans eux, elle serait déjà morte. Ses enfants comptent sur elle, et elle s’appuie sur eux pour avoir une raison de tenir. C’est un personnage profondément seul et meurtri, qui cache ses blessures comme elle peut. Elle n’arrive pas à se donner assez d’importance pour prendre soin d’elle-même. Et, en même temps, son besoin de s’en sortir est à la hauteur de son désespoir.

ELLE. Est-ce que vous n’avez pas le sentiment que, parfois, les enfants structurent par leur présence ce qui irait à vau-l’eau sans eux ?
Marion Cotillard.
Un bébé donne autant d’énergie qu’il en prend, il « crée » sa mère, et lui insuffle une force inouïe.

ELLE. Beaucoup d’acteurs, qui prennent soin d’eux et qui sont couvés, se laissent tenter par la drogue, l’alcool et tout ce qu’ils engendrent en manque et en vents mauvais. Est-ce que ce métier provoque une fragilité qui lui est spécifique ?
Marion Cotillard.
Un acteur est un animal fragile. Plus la faille est grande, plus on est vulnérable. N’importe quelle échappatoire peut paraître bonne. Après, il faut réussir à faire bonne figure dans cette nébuleuse d’émotions. On plonge dans des états qui rejaillissent, sans qu’on en ait la maîtrise, de manière insupportable. C’est indécent de parler de souffrance. Mais tout ce qu’on donne, tout ce qui nous échappe, peut nous revenir très violemment. Sans compter les à-côtés. A chaque fois que je lis des propos censés être les miens dans la presse, je suis déboussolée. Il arrive fréquemment, lors des conférences de presse, qu’on utilise nos propos en réponse à des questions qu’on ne nous a jamais posées ! C’est franchement malhonnête, et ça me met dans des colères noires. Même si j’ai appris à me blinder. Pour moi, qui suis spontanée et assez confiante, ma seule méthode est d’en dire le moins possible.

ELLE. Vos deux personnages ont un accent, l’un polonais, l’autre italien. N’est-ce pas étrange d’être une Française qui joue, à deux reprises, à avoir un accent dans une langue étrangère ?
Marion Cotillard.
Prendre un accent, c’est beaucoup plus qu’un travail technique. Ça implique une appropriation de la culture d’un pays, et un travail sur la différence entre les deux langues. Il y a une façon de positionner les mots dans la phrase qui affecte la pensée et que la manière de parler va révéler. La perception du monde passe à travers la langue. Je fais ce métier pour aller à la rencontre de ce que je ne connais pas. Donc, ce n’est pas étrange, mais particulièrement intéressant.

ELLE. Être filmée par votre amoureux ou par un grand cinéaste américain comme James Gray, est-ce différent ?
Marion Cotillard.
Avec James Gray, la relation d’amitié préexistait au film, et c’est la première fois que je travaillais avec un cinéaste auquel j’étais par ailleurs déjà liée d’amitié. Il est drôle, volubile, il y avait quelque chose de très simple, basé sur l’humour et la complicité, qui m’était agréable. Guillaume, c’est différent : il m’impressionne à chaque fois, sur un plateau, par l’énergie qu’il déploie afin que chaque acteur se sente à l’aise. Il aime profondément les gens, et ça me fascine de le regarder mettre en scène. Je ne pense pas qu’il m’ait traitée différemment. J’ai eu la chance de collaborer deux fois avec lui et je n’avais avant ça jamais approché de si près la fabrication d’un film depuis son origine.

ELLE. Il arrive que la complicité avec le cinéaste fasse défaut ?
Marion Cotillard.
J’ai pu travailler avec des réalisateurs qui m’intimidaient et ça a pu me bloquer. Avec Jacques Audiard, il y a eu une certaine frustration des deux côtés car je n’avais pas complètement terminé un film quand j’ai commencé le sien, et ma disponibilité entamée n’a pas facilité nos relations au départ. Mais l’aventure a fini par nous unir.

ELLE. Vous venez de tourner avec les frères Dardenne…
Marion Cotillard.
Le tournage a été tout ce dont j’ai toujours rêvé. Aucun mot n’est suffisant. Tout d’un coup, la question de savoir pourquoi on veut être actrice ne se pose plus. Car c’est pour ce type d’expérience unique qu’on choisit de l’être.

ELLE. Où vivez-vous ?
Marion Cotillard.
Jamais très loin de l’océan.






 

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