Welcome to Magnifique Marion Cotillard! Marion's best known for her award winning performance in La Vie en Rose, but you might also recognise her from movies such as Inception, Midnight in Paris, The Dark Knight Rises and The French Rust and Bone. Collecting nominations for her latest film Two Days, One Night and starring in the upcoming adaptation of Shakespeare's Macbeth, Marion Cotillard is finally making a comeback to leading roles. Not stopping at movies, Marion Cotillard is also exploring her musical talents, having toured with French rock band Yodelice and recorded a song and video with British band Metronomy. She's also taken over the fashion industry as the face of Lady Dior. All the while, she is never too busy for her family and to lend her time and name to causes she believes in. Enjoy your time here and keep checking back for all the latest news!
Jul 09, 13   Mia   0 Comment French Press

Published in: () on 5 Jul, 2013 by View Scans

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Rencontre entre l’actrice oscarisée et le paysan philosophe autour de l’écologie

Ils sont amis, s’indignent et militent côte à côte pour une éducation à l’écologie, un respect de la Terre, une sobriété heureuse… Entre l’actrice oscarisée et le paysan philosophe, l’échange est fertile et l’humanisme, essentiel. Leur moisson d’espoirs.

Madame Figaro. – Comment vous êtes-vous découverts ?
Marion Cotillard. –
Pierre est une de mes idoles. Ses livres m’accompagnent depuis des années : j’ai découvert un homme qui redonne tout son sens au mot « générosité », un paysan, un poète bouleversant dont l’engagement est admirable. Il voue sa vie à partager son savoir, et de la manière la plus simple du monde. J’ai grandi dans le Loiret, dans un village de 500 habitants. Ma grand-mère bretonne n’a jamais jeté un sac plastique, et mon grand-père recyclait jusqu’au dernier boulon de ses vieux vélos. Quand j’ai quitté la campagne pour m’installer à Paris, l’industrialisation à outrance et son impact m’ont grandement questionnée. Des inquiétudes se sont transformées en angoisses : le gaspillage, la déforestation, l’extinction des espèces animales, la dégradation de notre environnement au sens le plus large du terme. Lire les livres de Pierre apaise et inspire. J’ai eu la grande joie d’avoir un jour la chance de le rencontrer.

Pierre Rabhi. – De mon côté, j’ai vu Marion dans La Môme, en 2007. Enfant, j’aimais beaucoup Édith Piaf, son histoire cabossée et la puissance de ce qu’elle exprimait. Dans La Môme, j’ai été très touché par l’interprétation de Marion que je trouve d’une grande justesse et en totale résonance avec la réalité de cette grande dame, qui était aussi, pour moi, une grande âme.

Quand l’écologie a-t-elle surgi dans votre vie ?
M. C. –
Enfant, j’ai été éveillée par ma famille à ce qu’on n’appelait pas encore l’écologie, mais une forme de respect de soi, des autres, de l’endroit où l’on vit. Bien avant qu’on ne parle des gestes écolos, j’ai essayé de recycler mes journaux. Quand j’allais à la déchetterie, mes amis étaient sceptiques, certains me pensaient même un peu folle. Mais, intimement, je savais que j’avais raison.

P. R. – On m’a aussi traité de fou quand, ouvrier, j’ai quitté Paris pour m’installer en Ardèche dans les années 1960. Tout le monde me disait : « L’avenir n’est pas à la campagne ! » Je n’étais pas d’origine paysanne, mon père était forgeron puis mineur dans le Sud algérien. Mais comme toi, Marion, j’étais guidé par une certitude absolue, une protestation forte contre notre modèle de société. Avec Michèle, ma compagne, nous avons trouvé une ferme sur une terre rocailleuse, sans électricité ni téléphone. À l’époque, il n’existait qu’une seule méthode agricole : les engrais chimiques. Mais ces substances polluaient gravement les arbres et les sols. Un livre, La Fécondité de la Terre, d’Ehrenfried Pfeiffer, biodynamiste, m’a fait découvrir comment pratiquer l’agriculture sans détruire la Terre, mais au contraire en prendre soin et la régénérer. De l’Ardèche aux terres désertiques du Burkina Faso, où j’ai travaillé comme « paysan sans frontières » dans les années 1980, j’ai expérimenté les bases de l’agriculture écologique : elle intègre la gestion de l’eau, dure boisement, de la biodiversité, de la régénération des sols grâce au compostage aérobie, qui permet d’obtenir un engrais naturel de haute qualité…

M. C. – Ta ferme en Ardèche est tellement magnifique ! Dans ton jardin, on sent tout l’amour que tu portes à la terre, que tu mets merveilleusement en valeur. J’ai été aussi très touchée de rencontrer Michèle, ta femme, de voir la tendresse de vos liens.

L’écologie, pour vous, est-ce aussi se soucier de l’autre ?
M. C. –
Ce sont des questions sur l’humain qui ont nourri chez moi le besoin d’être proche de la nature, et logique avec elle. Parce que la nature nous survivra. Personne ne va sauver la planète : elle se sauvera toute seule.

P. R. – Je n’ai jamais admis qu’on dise : « La nature et nous. » Je suis la nature, car je suis un mammifère. Tu as raison, Marion : les lois de la nature domineront et la Terre nous balaiera si nous ne nous adaptons pas. Un ultimatum est lancé à l’humanité : elle doit changer pour ne pas disparaître.

Pour s’adapter, vous prônez le concept de sobriété heureuse. Que signifie-t-il ?
P. R. –
Il s’agit d’une délivrance par rapport au « toujours plus ». Nous vivons dans une société de la compulsion qui ne nous rend pas heureux. Cette surabondance crée en nous un état de manque permanent et nuit à la planète. Or nous sommes ligotés par l’avoir, au détriment de l’être. L’esprit de modération que je prône est un art de vivre dans une forme de simplicité, un dépouillement intérieur qui ouvre en soi un espace de liberté, qui laisse plus de place à l’esprit et à la conscience, qui invite à apprécier, à savourer, à rechercher la qualité plus que la quantité dans notre vie quotidienne. Il s’agit de retrouver une vraie liberté de décision par rapport au temps argent. Nos vies valent plus qu’un salaire. La modération est selon moi le paradigme des sociétés de demain. L’humanité a besoin d’apprendre à renoncer pour grandir.

M. C. – Dès qu’on entend les mots « modération » et « sobriété », on craint la morosité. Mais il s’agit simplement de remettre de la conscience et de l’éthique dans notre intelligence collective. Le système social mis en place fait tout pour déresponsabiliser l’homme au nom du progrès, du gain de temps. La loi du marché décide de ce dont nous avons besoin pour être heureux. Il est de la responsabilité de chacun de savoir que tel produit acheté, consommé, a tel impact sur l’homme, sur notre environnement, sur le monde. Nos actions individuelles construisent ou détruisent. Nous avons donc le pouvoir de changer la société.

Marion, la maternité a-t-elle changé votre approche de l’écologie ?
M. C.. –
Elle a renforcé mes convictions. Il y a de plus en plus de maladies, de scandales alimentaires et de microbes ingérables. Depuis la naissance de mon fils, ces questions-là sont bien sûr plus présentes. Cela a aussi changé mon rapport au temps. Immédiatement, j’ai pensé à moi en tant que grand-mère, c’était une sensation très forte. Au fond, les générations futures sont devenues de plus en plus réelles.

P. R. – On se demande souvent quelle planète nous laisserons à nos enfants. Demandons-nous aussi quels enfants nous laisserons à la planète ! L’école a un rôle essentiel à jouer pour les sensibiliser au respect de l’environnement.

La célébrité offre une formidable caisse de résonance. Quel rôle pensez-vous jouer dans ce combat ?
M. C. –
Plus j’échange avec Pierre, Maud Fontenoy ou Tristan Lecomte, qui luttent pour que l’on prenne plus soin de la Terre, des océans et des forêts, plus ma vision s’élargit. Quand ces acteurs essentiels de l’écologie me disent que mon soutien leur a été utile, cela m’encourage à continuer de prendre position. Mais le plus important est de leur donner à eux la parole car on gagnerait à les écouter beaucoup plus.

Et vous, Pierre ? Deux films ont été réalisés sur vous cette année (1), vos conférences font salle comble…
P. R. –
Je suis partagé vis-à-vis de la célébrité. D’un côté, je l’ai recherchée, désirée, car elle est utile pour la diffusion de mon message, à cette élévation des consciences que je souhaite. D’un autre côté, elle me pèse parfois, car mon espace d’intimité se restreint.

Face aux multiples défis, vos convictions ont-elles évolué ?
P. R. –
L’environnement est dégradé, mais l’humanité aussi est mal en point. Chaque jour sur la planète, environ 100 000 personnes meurent de faim et 826 millions d’individus sont gravement sous-alimentés. C’est une douleur absolue, un scandale insupportable. L’urgence, pour moi, c’est l’accès à toute communauté à l’autonomie alimentaire. Car on connaît les solutions. Selon un rapport de la FAO (2000), la Terre peut nourrir 12 milliards d’êtres humains. Je suis en train de créer un fonds de dotation, le Fonds Pierre Rabhi, pour diffuser le plus largement possible les pratiques de l’agro-écologie dans le monde pour combattre cette tragédie. Sa généralisation devient indispensable. Une agriculture naturelle, économe et respectueuse des écosystèmes, dédiée aux marchés locaux et nationaux, et non plus à l’exportation, fondée sur le seul profit financier, redonnera aux populations leur souveraineté alimentaire. Du Nord au Sud, cultiver soi-même son potager ou acheter des aliments locaux, biologiques et de saison : voilà des alternatives d’avenir.

M. C. – Ce qui me fascine dans ton action, c’est que son impact ébranle et détruit les arguments des grands semenciers. Ces multinationales qui prétendent éradiquer la faim dans le monde avec les OGM, alors que nous n’avons aucun recul et qu’il est logique de penser que ces organismes menacent l’humanité. Et toi, Pierre, tu trouves des solutions locales qui remettent l’homme dans un cercle vertueux.

P. R. – Oui, préserver la biodiversité nourricière est un acte de légitime résistance. Depuis 10 000 à 12 000 ans, 60 % de notre patrimoine semencier a déjà disparu. Des organisations comme Kokopelli luttent contre cette extinction. Je lance aussi un mouvement, que j’appelle Femmes semencières, et qui mobilise partout des femmes, jardinières ou non, à prendre en compte cet immense enjeu.

M. C. – J’aimerais avoir confiance en une possible transformation et me dire qu’on peut sortir du nucléaire, car ces grands groupes trouveront leurs profits ailleurs, dans des énergies propres.

P. R. – Il faut s’organiser pour ne pas être trop dépendants des firmes dont l’obsession est la domination par le profit. Quand j’ai travaillé au Burkina Faso, un de mes objectifs était d’aider la population à s’affranchir des produits chimiques importés, qui la rendent dépendante et appauvrissent ses terres. Cette nécessité s’applique à bien d’autres domaines ! L’introduction dans ces pays des OGM est un véritable désastre dont on ne mesurera les conséquences qu’a posteriori. Il s’agit bien à terme d’un véritable attentat contre l’humanité.

Qu’est-ce qui vous rend optimiste ?
M. C. –
La prise de conscience grandissante, ces dernières années. Car, bien que nous soyons désespérément lents face à une situation d’urgence, de plus en plus de monde s’engage au sens le plus noble du terme. Tous ces hommes et femmes qui vouent leur vie à ce combat noble qu’est la préservation du vivant et qui prônent un peu plus de logique humaine. Pierre, tu sèmes des graines dans nos consciences ! Elles finiront par germer.

P. R. – Ton soutien, Marion, m’est très cher, car le chemin est encore long. Je ne prétends pas tout changer. Mais j’aimerais tant accélérer les choses. Pourquoi l’écologie est-elle un parti politique ? Cela concerne tout le monde. Notre planète n’est pas un gisement de ressources qu’il faut épuiser, mais une oasis magnifique qu’il faut protéger.

(1) Un documentaire dans la collection Empreintes, France 5. Et actuellement en salles : Pierre Rabhi, au nom de la Terre, de Marie-Dominique Dhelsing.






 

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