Month: May 2012

Marion Cotillard on E.T

fro Showbiz Spy / by Adam

Marion Cotillard has been paying tribute to her out-of-this-world influence while basking in the limelight at the Cannes Film Festival.

The Inception and Dark Knight Rises star says she may never have made it as an actress were it not for an emotional moment with E.T!

“I remember one of the first English language movies I saw as a child was E.T,” says Marion of the Steven Spielberg sci-fi classic.

“I remember I was so into it. I cried so loud, that the audience around me wanted to take me out of the theater.

“I have always remembered that. The emotion really inspired me to want to be an actress.”

Marion Cotillard : "J’ai besoin de me recentrer"

de Psychologies / par Anne-Laure Gannac

C’est l’une des actrices françaises les plus demandées au monde. Et peut-être celle qui aspire le plus sincèrement à la sérénité. Alors qu’elle crève l’écran dans le fascinant De rouille et d’os de Jacques Audiard, Marion Cotillard nous livre ses états d’âme en toute honnêteté.

Il est 16 heures à Paris, 10 heures à New York. Guillaume (Canet) est à l’autre bout du monde, Marcel (son fils) est en promenade : au dix-huitième étage d’un appartement dominant l’Hudson River, Marion Cotillard commence sa journée de comédienne par des interviews téléphoniques, à l’occasion de la sortie du nouveau film de Jacques Audiard. Après quelques ratés dans la mise en relation, l’entretien débute, disons… tranquillement. La voix est lente, les silences longs, les mots lui manquent. Elle voudrait tellement parler bien de ce qui la touche, partager avec précision ce qu’elle ressent, mais c’est compliqué.

La conversation tourne en rond, reste en surface… Jusqu’à ce qu’elle craque. Et que Marion Cotillard, la vraie, l’hypersensible, la plus que sincère, apparaisse. La fatigue n’y est sans doute pas pour rien. Tournages, maternité, voyages : depuis le succès de La Môme, elle enchaîne tout, souvent loin de chez elle, outre-Altantique, pour jouer sous la direction des plus grands,

Michael Mann, Steven Soderbergh, Christopher Nolan… Un rêve d’actrice, mais pas forcément celui d’une femme qui a pour valeur première la vie saine et simple. À entendre ses doutes et les critiques qu’elle s’inflige, on peine à imaginer que ce soit la même qui pose, superbe et fière, en égérie de luxe. Mais c’est son paradoxe. Et son défi : tenter d’admettre la contradiction qui la définit. En attendant de la résoudre, peut-être.

Psychologies : Dans le film “De rouille et d’os”, vous interprétez une jeune femme qui, suite à un accident, se retrouve amputée des deux jambes. Comment avez-vous préparé ce rôle ?

Marion Cotillard : J’ai regardé des reportages et des documentaires. Je n’ai pas ressenti le besoin de rencontrer des personnes à qui cela était arrivé. Parce que, pour moi, ce n’est pas l’histoire d’une fille qui perd seulement ses jambes ; elle perd ses protections, ses barrières, tout ce qui aurait fini par lui gâcher la vie… Alors, au final, elle ne perd rien : elle gagne.

Ce n’est pas anodin de s’imaginer dans un corps amputé : on vous voit ramper, avancer à la force de vos bras. Cela ne vous a pas fait… bizarre ?

M.C. : En fait, je ne m’en suis pas vraiment rendu compte. De même que pour La Môme j’avais joué à la vieille, là, j’ai joué au « jeu de la fille qui n’a plus de jambes ». Cela peut paraître étonnant, mais, pour moi, le cinéma est de l’ordre du jeu enfantin. Ce qui ne veut pas dire que je ne le prends pas au sérieux : les enfants jouent très sérieusement !

Est-ce que ce jeu-là a changé votre regard sur le handicap ?

M.C. : Je n’aime pas parler des « personnes handicapées », comme si des individus pouvaient se réduire à leur handicap. On est tous handicapés d’une façon ou d’une autre. Et certaines de ces personnes que l’on dit handicapées le sont moins que bien des gens qui ont tous leurs membres. Elles ont un courage qui manque à beaucoup…

Et vous, quels sont vos handicaps ?

M.C. : J’ai toujours eu des difficultés à m’exprimer de manière fluide et limpide… Je ne crois pas avoir un problème avec les mots, mais avec la clarté.

Comment l’expliquez-vous ?

M.C. : Par la peur. La peur m’empêche beaucoup, elle pétrifie… Mais j’apprends à la dompter, au jour le jour. Ça va de mieux en mieux. Longtemps, j’ai eu peur de tout.

De quoi, exactement ?

M.C. : De… En fait, dès que je cherche la source de la peur, je me rends compte qu’elle n’a pas d’existence réelle.

Est-ce la peur des autres, de leur jugement ?

M.C. : C’était très vrai quand j’étais plus jeune. Bien moins maintenant, je me suis rendu compte que cela ne sert à rien d’être dans l’appréhension du jugement de quelqu’un. Je l’ai compris en approfondissant ma connaissance de l’humain, à travers mon expérience de femme, mais aussi de comédienne. Parce que c’est ça, le principe de base de ce métier : étudier comment fonctionne l’être humain, ses émotions, ses réactions. Et… [Long silence suivi d’un soupir.] J’ai tellement de mal à parler de moi, c’est fou !

Non, vous y arrivez très bien !

M.C. : Mais non, vous voyez bien, je mets des plombes à répondre à chacune de vos questions, qui sont pourtant simples et sans piège. Je cherche dans ma tête les réponses et… En plus, ça me provoque une espèce de panique. De quoi j’ai peur ? Pourquoi la peur ? Je ne sais pas…

Vous avez peur de trop en dire ?

M.C. : Non, ce n’est pas ça. Simplement, je me demande : qu’est-ce que j’ai d’intéressant à dire, moi ? [Long silence.] Je me pose énormément de questions en ce moment sur l’utilité de parler de soi, de faire des interviews, de s’engager pour telle ou telle cause.

Je pense que ces questionnements viennent en grande partie du fait que, ces dernières années, j’ai privilégié ma passion d’actrice et consacré trop peu de temps à ces gens et à ces causes qui comptent tellement : Pierre Rabhi et sa fondation, Maud Fontenoy, avec qui j’ai une belle relation au sein de son association, Tristan Lecomte, dont je parraine un des projets…

Je m’en veux de ne pas honorer davantage mes engagements auprès d’eux. J’ai beaucoup travaillé, peut-être trop. J’ai beaucoup voyagé dans le monde et dans des univers variés offerts par les films – et cela me remplit vraiment. Mais, là, je ressens un besoin de retourner à ce qui m’inspire. Vers ceux qui m’inspirent. Un besoin de me recentrer.

Vous avez ces valeurs profondes, écologistes et humanistes. En même temps, vous êtes l’égérie d’une marque de luxe : votre sentiment de culpabilité ne viendrait-il pas aussi de ce hiatus ?

M.C. : Oui, c’est pour moi un questionnement permanent. Mais j’essaie de rester cohérente : dans toutes mes activités, je privilégie des collaborations créatives, qui m’enrichissent, dans lesquelles je peux apporter quelque chose.

Êtes-vous parfois tentée de tout arrêter ?

M.C. : Non, j’aime tant jouer, donner vie à des personnages… Peut-être qu’un jour ça cessera, mais, pour l’instant, c’est un moteur trop important dans ma vie. Seulement, cela me prend trop de temps. Ou je ne sais pas bien le gérer, c’est mon problème.

De plus en plus d’actrices, surtout aux États- Unis, tentent de mener de front leurs vies de femme engagée, de mère de famille et de comédienne. Angelina Jolie, par exemple…

M.C. : Absolument ! Je ne sais pas comment elle s’y prend au quotidien, elle est très forte et très bien organisée, sans doute. En tout cas, réussir à accorder autant d’attention à tout me rend admirative.

C’est quoi, pour vous, l’essentiel, dans la vie ?

M.C. : Trouver la justesse. Trouver l’équilibre. Et la simplicité. J’en suis encore un peu loin !

Et ce métier n’aide pas à aller vers la simplicité…

M.C. : Je vous le confirme ! [Rires.] En même temps, c’est sûrement ma manière d’y aller aussi. Être acteur, c’est être très souvent confronté à soi, à ses émotions, que ce soit à travers les rôles, en se voyant évoluer dans un film ou en répondant à des questions de journalistes. C’est l’occasion d’explorer sa propre complexité – avant, peut-être, de trouver finalement plus de simplicité dans le rapport à soi.

Quel est-il, aujourd’hui, ce rapport à vous-même ?

M.C. : De plus en plus détendu. Je pense que la révolution qui est arrivée dans ma vie il y a presque un an [la naissance de son fils, ndlr] y est pour beaucoup. Depuis, j’ai l’impression d’avoir acquis une espèce de recul, et surtout d’humour… [Sonnerie de téléphone.] Attendez, je vous reprends tout de suite. (Oui, mon amour, bonjour. Je fais une interview, là… Non, ça va, il a beaucoup dormi, toute la nuit, il allait très bien ce matin, il est parti en balade, là. Oui, je te rappelle plus tard, bisous !) Excusez-moi… Oui, je vous disais que quand quelque chose me heurte ou me blesse, j’ai de plus en plus rapidement cette capacité à prendre du recul. Je suis davantage capable d’humour sur moi-même – et c’est très, très agréable !

Vous êtes émotive ?

M.C. : Oh oui, beaucoup trop ! Et, depuis que je suis maman, c’est encore plus terrible ! J’ai toujours eu une grande sensibilité, mais, là, ça atteint un niveau dingue ! Heureusement, cette hypersensibilité aggravée est compensée par cette nouvelle aptitude à rire de moi-même et de mes réactions émotives, qui peuvent être démesurées.

Qu’est-ce qui a le don de vous submerger d’émotion ?

M.C. : La réponse va vous sembler banale : les enfants. Pourtant, je ne suis pas borderline, je suis d’un tempérament plutôt posé. Mais j’ai cette hypersensibilité face à l’humain, face à la vie… La maternité n’a fait que l’accentuer.

Avez-vous une pratique spirituelle ?

M.C. : Oui, j’ai eu la chance d’être très jeune en contact avec la méditation grâce à ma maman. Ensuite, j’ai avancé sur ce chemin à l’aide d’ouvrages comme ceux de Pierre Rabhi qui m’ont conduite à ceux de Krishnamurti. Se libérer du connu a été une lecture essentielle pour moi. Il y parle superbement de cette façon qu’a la pensée de nous entraîner loin de nous-mêmes.

En prendre conscience, sans jugement, est le premier pas vers la méditation ; regarder comment une pensée arrive, comment elle nous détourne de ce que l’on est en train de faire, comment elle entraîne une autre pensée qui en entraîne une autre, etc. Au point de nous étouffer de pensées… Il suffit pourtant de pas grand-chose : revenir à soi, se poser et consacrer rien que cinq, dix ou quinze minutes de sa journée à un simple retour à la respiration. C’est une leçon passionnante sur le fonctionnement de l’humain. Je m’en suis toujours sentie proche, même si je ne l’ai pas suffisamment mise en pratique ces dernières années. Parce que je vivais dans une autre… dimension…

Et là, vous y revenez ?

M.C. : Oui, j’en ressens la nécessité. Parce que j’ai envie de transmettre à mon enfant une certaine sérénité. Or, pour cela, il faut faire taire le tumulte intérieur et extérieur : arrêter de courir et arrêter de culpabiliser, de courir en se disant que l’on passe à côté de ce que l’on aimerait vraiment faire… Lorsque je suis avec mon fils, je ne veux pas que mes pensées m’entraînent ailleurs, je veux être complètement avec lui. D’autant plus qu’il le sent, il sent tout ; à son âge, on se connecte de manière tellement pure avec la vie, avec le vivant. C’est important que ça sonne juste en moi, que lorsque je lui donne à manger ou que je le masse, je sois complètement là, et pas loin dans mes pensées.

En ce moment, un livre ne me quitte pas : L’Art de la méditation de Matthieu Ricard. C’est comme un manuel, pour moi ; lorsque je sens que je me suis un peu déconnectée du réel, il me ramène à la terre. Au calme. J’aimerais être beaucoup plus disciplinée dans ma pratique de la méditation, mais j’ai bon espoir d’y arriver : cela devient vital pour moi.

Marion Cotillard vue par Jacques Audiard

« Chez elle, le jeu est un abandon de soi »

« Après l’écriture du scénario de De rouille et d’os, quand il a fallu choisir les comédiens, le nom de Marion s’est très vite imposé à moi. Pourquoi ? Pour cette façon qu’elle a de s’engager totalement, entièrement dans le jeu.

Il suffit de la voir dans La Môme : très peu de comédiennes sont capables de donner ce qu’elle a donné. Chez elle, c’est de l’ordre de l’abandon de soi, elle se jette dans un état, sans psychologie, de façon très physique. Pourtant, elle est très rationnelle, aussi : avant de jouer une scène, elle s’interroge sur le sens des gestes, des déplacements ou des mots, elle demande des indications claires, et surtout logiques.

Mais, une fois que cette base rationnelle est là, elle se livre corps et âme, avec une puissance immodérée. Avec elle, chaque première prise est une explosion ! Je ne sais pas pourquoi elle a choisi de faire ce métier, mais j’ai le sentiment que c’est, pour elle, de l’ordre du vital.

Comme si c’était la façon qu’elle avait trouvée de communiquer pleinement avec le monde. Peut-être un jour s’en lassera-t-elle ou trouvera-t-elle un autre moyen de le faire. Mais, entre nous, je ne le crois pas… Ce qu’elle a apporté à ce film ? Elle, sans concession, et c’est inestimable. »

Un film coup de poing

De rouille et d’os de Jacques Audiard, en salles depuis le 17 mai.

Ce pourrait être le simple récit d’une rencontre improbable entre un marginal, boxeur et père (Matthias Schoenaerts), et une dresseuse d’orques qui perd ses deux jambes lors d’une démonstration (Marion Cotillard) ; c’est une fresque âpre et brute qui raconte la lutte pour la vie, le besoin de l’autre, et l’éveil nécessaire à la responsabilité d’homme et de père. Matthias Schoenaerts y est inoubliable, Marion Cotillard d’une justesse magnifique.

Dates clés

1975 Naissance à Paris.
1994 Premier prix du conservatoire d’art dramatique d’Orléans.
1998 Taxi de Gérard Pirès.
2004 Big Fish de Tim Burton. Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet. César de la meilleure actrice dans un second rôle (2005).
2007 La Môme d’Olivier Dahan. Golden Globe, Bafta, césar et oscar de la meilleure actrice (2008).
2010 Inception de Christopher Nolan.
2011 Naissance de son fils, Marcel, dont le père est Guillaume Canet.
2012-2013 The Dark Knight Rises de Christopher Nolan (25 juillet 2012), Blood Ties de Guillaume Canet (2013).

Ses maîtres de vie

Hubert Reeves (astrophysicien, défenseur de l’environnement, auteur de La Petite Affaire jaune (Elytis, 2011))
« Il me fascine, par sa capacité à mettre son intelligence et son amour de la vie au service de l’instruction des autres et du réveil des consciences. Cette générosité, rare et tellement nécessaire, me bouleverse. »

Wangari Maathai (1940- 2011), militante en faveur de la protection de l’environnement et du droit des femmes, prix Nobel de la paix en 2004.
« Le parcours de cette femme kenyane est exceptionnel. On ne peut qu’être pétri d’admiration pour la foi, le courage, le jusqu’au-boutisme qui l’habitaient. Il vous faut absolument lire Celle qui plante des arbres, c’est le livre que j’ai le plus offert. »

Aung San Suu Kyi, secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie birmane, prix Nobel de la paix en 1991, élue députée de son pays en avril dernier, auteure avec Stéphane Hessel de Résistances, pour une Birmanie libre (Don Quichotte Éditions, 2011).
« C’est une autre de mes héroïnes, dont je suis le parcours avec attention. J’espère seulement que la liberté qu’elle vient enfin d’acquérir sera durable et qu’elle pourra déployer pleinement ses ailes. »

Pierre Rabhi, pionnier de l’agriculture biologique, chroniqueur à Psychologies magazine, auteur d’Éloge du génie créateur de la société civile, tous candidats ! (Actes Sud, 2011).
« J’ai commencé à le lire il y a des années, et c’est à force de parler de lui en interview que son équipe m’a contactée et que j’ai pu le rencontrer. Il est sans doute l’une des plus belles personnes au monde. Il allie l’intelligence de la terre et la poésie. Il m’a énormément apporté dans la vie, m’a ouvert la voie vers d’autres lectures, d’autres connaissances… Il ne se passe pas un jour sans que je pense à lui et à son association. »

Tristan Lecomte, fondateur de l’entreprise Alter Éco, auteur du Commerce sera équitable (Éditions d’Organisation, 2007).
« C’est l’un des fils spirituels de Pierre Rabhi. Voilà quelqu’un qui sait aller à l’essentiel et y consacrer toute son énergie ; l’entreprise qu’il a créée est sublime. Le voir est une grande source d’inspiration, parce qu’il parvient à faire de la vie une expérience simple et joyeuse. »

Canadian 'The Dark Knight Rises' Contest

Tribute Entertainment is running a contest where you can win free passes to the Canadian premiere of Marion Cotillard’s new movie “The Dark Knight Rises.” All you have to do is design a new movie poster and submit it online to entered. There are also secondary prizes available. The contest is open to all legal residents of Canada (including Quebec). Click this link to enter!

The above new still is from a sneak peak for the new issue of Empire, on sale May 31 – which will feature a 23-page spread on all things ‘The Dark Knight Rises‘, hopefully there will be more Marion-related material in the issue.

Gallery:
001 Movies > The Dark Knight Rises – 2012 > Stills

On the Cover of Paris Match

Marion Cotillard is on the cover of today’s Paris Match. It’s a gorgeous new photoshoot! Already L’Express Styles (scans coming) used a picture from it. Part of the interview is up too – rest will be transcribed later, for now read it on the scans.

Marion Cotillard. La star de Cannes, Paris Match, May 24, 2012 (read with Google Translator)

Gallery:
007 Scans from 2012 > Paris Match (France) – May 24-30

Marion Cotillard. La star de Cannes

de Paris Match / par Catherine Schwaab

Marion Cotillard nous a reçus à New York avant son départ pour Cannes

Même dévoilée, elle reste un mystère. A 36 ans, elle est la seule Française, depuis Simone Signoret, à avoir remporté l’Oscar de la meilleure actrice. C’était en 2008, pour son interprétation d’Edith Piaf. On retrouve la même complexité à fleur de peau dans “De rouille et d’os”, de Jacques Audiard, pour lequel, elle vient de monter, les marches du Palais, à Cannes. Marion Cotillard y tient le rôle de Stéphanie, une dresseuse d’orques victime d’un terrible accident. L’ambassadrice de Dior enchaîne les tournages à New York, sous la direction de Christopher Nolan, de James Gray, et aujourd’hui, de son compagnon, Guillaume Canet. Mais elle compte faire une pause, ralentir le rythme, pour s’occuper de l’autre homme de sa vie, un champion nommé Marcel, 1 an tout juste.

Paris Match. Dans “Les jolies choses”, le film tiré du livre de Virginie Despentes en 2001, vous étiez un personnage abrupt, noir, avec des pulsions morbides. La nouvelle réalisation de Jacques Audiard fait songer à cette facette inquiétante de votre personnalité. Elle est en vous ?
Marion Cotillard. Plus maintenant. Mais à une époque, oui, j’étais beau­coup plus sombre qu’aujourd’hui. Ce qui n’a pas changé, c’est mon côté écorchée vive.

Adolescente, vous étiez en souffrance ?
Adolescente et après, j’étais torturée, dans un douloureux mal-être…Comme pas mal de gens à cette ­période-là.

Vous preniez des drogues ?
Non, mon instinct de vie était beaucoup plus fort que l’autodestruction. De plus, je voyais autour de moi des exemples de gens qui se perdaient dans les drogues. Ça m’a tenue à l’écart des substances dangereuses. J’étais dans certains excès, je fumais trop, je buvais parfois plus que de raison. Mais j’ai toujours eu peur de perdre totalement le contrôle.

Ce mal-être a-t-il mis longtemps à se dissiper ?
Oui, ce fut un long chemin. Et j’ai la chance d’avoir toujours été ­entourée de l’amour de mes parents, de la bienveillance de certains amis ou d’amoureux. Tout cela m’a protégée de l’autodestruction.

Vous jouez bien ces personnages-là.
Je ne sais pas mais ce qui est sûr, c’est que je les aime. Stéphanie dans “De rouille et d’os” est dans le déni de son mal-être. Elle s’est enfermée dans une carapace pour donner l’illusion que rien ne peut l’atteindre. Et, en réalité, à l’intérieur, c’est un désastre.

Contrairement aux adeptes de l’Actors Studio, vous semblez ne pas aimer chercher les émotions dans vos propres souvenirs intimes.
Non, jamais, je trouve ça trop dangereux. Je suis incapable d’aller fouiller dans les souvenirs intimes douloureux. En revanche, mon entourage m’inspire pour jouer. Ainsi, pour incarner Edith Piaf âgée, j’ai repris la gestuelle de mon grand-oncle qui a vécu avec nous à une époque. Mes frères l’ont d’ailleurs ­reconnu tout de suite ! Cette façon dont son corps se mouvait, ses mains… Ou, quand Piaf rencontre Marlene Dietrich, son idole, j’ai repris le regard subjugué d’une petite fille dont j’étais proche à l’époque.

N’avez-vous pas été tentée par un travail analytique sur vous-même ? Pour soulager certaines souffrances autant que pour mieux vous connaître ?
Si, bien sûr. Et c’est passionnant. L’âme humaine, la mienne, m’intéresse ! Certains thérapeutes que j’ai rencontrés travaillaient sur la mémoire du corps, sur les traumas tels qu’ils s’expriment dans nos comportements physiques. J’ai besoin, moi, de travailler sur la tête et le corps.

Vous l’avez fait pour être mieux avec vous-même ou pour affiner votre talent d’actrice ?
Le travail sur l’humain rend forcément l’acteur plus juste. Ce que je ­découvre en tant que personne rejaillit forcément sur mon travail d’actrice.

Tout le monde remarque votre épanouissement radieux depuis que vous avez eu un enfant.
Je grandis. Je suis plus claire.

Vous tenez un journal ?
Je l’ai fait quand j’étais plus jeune. J’ai arrêté. Mais je suis toujours dans le besoin de prendre conscience de qui je suis, de la manière dont j’évolue. Je ne sais pas si j’en perçois toutes les étapes de manière précise, mais je sais que quelque chose avance en moi, que je ne m’endors pas. J’acquiers des choses, je me débarrasse d’autres, je m’allège de ce qui m’empêche d’avancer.

Qu’est-ce qui vous a empêchée de grandir, qui a parasité cette clarté en mouvement à laquelle vous aspirez ?
Eh bien… [Longue hésitation.] La peur. La peur de ne pas être à la hauteur. Une insécurité. C’est difficile à analyser. Elle peut disparaître si rapidement, cette peur. En même temps, elle reste si ancrée, si indérogeable. J’ai de vieilles habitudes de peur tellement enracinées. Quand je m’en rends compte, je vois que ces peurs m’empêchent d’avancer.

Mais quelles sont-elles ? Il vous arrive de l’évacuer, cette peur ?
Parfois, je la dépasse ! La peur ­tenace est provoquée par mon besoin de reconnaissance…

Après vos innombrables distinctions internationales ?
Oui, c’est une forme de pathologie, je pense. M’en débarrasserai-je un jour ? La peur m’empêche parfois d’être paisible.

Et quand, avant les Oscars, vous avez fait la tournée des jurys et des artistes pour “vendre” “La Môme”, n’avez-vous pas appris à vous mettre en valeur, à l’américaine? “Vote for me, I’m worth it!” [“Votez pour moi, je le mérite”] comme dirait Sharon Stone.
Non, pas du tout ! Je n’étais absolument pas dans ce rôle. J’étais tellement contente que les gens aiment le film. Je ne me mettais pas en avant. D’autres gens savaient vendre “La Môme” mieux que moi. Moi, cela me mettait mal à l’aise. Je me suis parfois sentie un peu “bête de foire”. Des dîners ou des soirées où on me présentait comme l’actrice de “La Môme” pour provoquer l’effet de surprise parce que les gens ne s’attendaient pas à voir une grande jeune fille en bonne santé. ça marchait, c’est sûr ! Les gens étaient vraiment surpris. Mais c’était, pour moi, extrêmement gênant.

Et dire qu’à un moment, vous avez douté de votre carrière ! Vous vouliez arrêter le métier et travailler pour Greenpeace…
Je ne doutais pas de ma carrière, mais je constatais que les rôles que je décrochais n’étaient pas à la hauteur de mes rêves. Je souffrais d’une profonde insatisfaction.

Auriez-vous dû manifester plus activement vos désirs ? Tirer les sonnettes ?
Séduire, vous voulez dire ? Je ne sais pas vraiment faire ça. J’aimais passer des essais plutôt que d’aller à simples rencontres. Car alors, je pouvais m’appuyer sur quelque chose par le jeu plutôt que d’essayer de prouver que j’étais quelqu’un d’intéressant. Je ne savais pas séduire un réalisateur en un rendez-vous en utilisant ma personnalité, c’était trop de pression. Je n’étais pas très douée socialement. Il y a des filles drôles, charmantes, spirituelles, à l’aise, bref, pas du tout moi ! Je peux l’être, mais pas forcément avec quelqu’un que je rencontre pour la première fois.

Pourtant, avant “La Môme”, vous étiez dans pas mal de films…
Oui, je faisais deux ou trois films par an. Mais je voyais des actrices qui déparquaient et qui décrochaient de grands rôles, et ça me frustrait. Je sentais pointer en moi quelque chose qui ne me plaisait pas. J’ai voulu changer d’activité pour ne pas rester à ronger mon frein.

Le regard d’un homme aimant sur vous a dû vous donner confiance, pourtant. Guillaume vous a-t-il remonté le moral ?
Depuis longtemps, Guillaume a été celui qui me rassurait, trouvait les mots pour que j’aie moins peur. Par exemple, sur le film de Jeunet, “Un long dimanche de fiançailles”, j’étais terrifiée, persuadée que je n’étais pas la bonne actrice, que je n’étais pas le personnage, que je n’y arriverais jamais. C’est lui que j’ai appelé, lui qui m’a rassurée. Et quand j’ai commencé “La Môme”, j’étais dans une peur indescriptible. Lui en plus allait démarrer “Ne le dis à personne”, un projet atypique, important. Nous nous souviendrons toujours de cette conversation que nous avons eue tous les deux : nous étions allés boire un verre ensemble, aussi angoissés l’un que l’autre par ce qui nous attendait.

Chacun insufflait son énergie à l’autre ?
Lui était plus confiant. Il se laisse beaucoup moins déstabiliser que moi. Moi, c’est très facile. Lui a cette force. Rien ne l’arrête !

Mais finalement le doute est pour vous un moteur. Vous en avez besoin, non ?
Je ne cherche pas de doute, je cherche l’inconnu. Alors forcément, ça déstabilise. ça s’appelle prendre des risques. Le risque me motive. Rechercher l’authenticité dans l’inconnu me motive. Si je fais quelque chose que j’ai déjà fait, je suis tout simplement mauvaise.

Cela ne vous est encore jamais arrivé.
Bien sûr que si ! J’ai tourné des films dans lesquels je ne suis pas bonne du tout.

On dit maintenant que vous êtes amie avec les plus grandes stars mondiale : Nicole Kidman, Penélope Cruz, Sharon Stone… Sacrées références !
Avec Nicole et Penélope, on a vécu des choses très fortes, on a partagé ensemble trois mois de répétitions intensives. Il en reste une grande affection entre nous. On s’envoie des nouvelles régulièrement avec Penélope, mais on ne s’est plus revues depuis deux à trois ans. Mes amis, mes vrais amis, n’ont pas changé depuis vingt ans, et tous ne sont pas acteurs. Il y a des musiciens comme Maxime…

Maxime Nucci, qui vous a fait chanter dans son groupe Yodelice. Ce qui semble vous combler plus encore que le cinéma…
C’est différent. J’ai toujours eu envie d’explorer cette manière de m’exprimer. J’ai joué un peu de basse, de clavier, de percussion, j’ai pu intégrer ce groupe… C’était merveilleux ! Et c’est Maxime qui m’a toujours poussée à oser. Je ne me vois pas comme cela… Je ne sais pas si je l’inspire. Je ne veux pas le savoir !

Vous avez deux scènes très sexuelles avec votre partenaire Matthias Schoenaerts dans “De rouille et d’os”, le film de Jacques Audiard. Est-ce difficile ?
Ah, les scènes d’amour physique, c’est toujours difficile. Mais elles sont évidentes ici, on est dans la chair, la pulsion. Je ne me suis pas posé la question. Le film parle de cela : éveiller cette fille à l’amour et apprendre à cet homme à aimer plutôt qu’à baiser. Et Matthias est un garçon d’une grande sensibilité, c’est un immense acteur. Alors, c’est moins dur.

Vous venez de tourner presque simultanément dans trois films, dont “Batman” et celui de Guillaume Canet, plus votre rôle de mère… Avez-vous parfois l’impression de ne maîtriser votre vie ?
Eh bien, disons que j’organise bizarrement mon temps ! La vérité est que je travaille trop ; je manque de temps pour ne rien faire, pour rêver. J’en ai besoin. On me propose des projets excitants, c’est difficile de refuser. Mais là, j’ai décidé que dans le prochains mois, j’allais lever le pied. Je sais qu’il me faudra renoncer à certaines belles propositions. Mais je veux consacrer du temps à ma famille.

Votre fils vous réclame !
Oui, il a eu 1 an le 19 mai. Comme beaucoup d’enfants, il a des parents qui travaillent toute la journée, et qui le retrouvent le soir. J’aimerais passer plus de temps avec lui. Et mettre mon cerveau au repos !

Avez-vous envie de faire un deuxième enfant ?
[Sourire réjoui…]

Avez-vous songé à vous installer pour longtemps aux Etats-Unis ?
Non. J’aime trop la France, c’est là mon pays. J’adore Los Angeles, Chicago, New York, mais j’ai besoin de mon terroir. De mes amis, de ma famille. J’ai envie que mon fils grandisse sur cette terre-là. On voyage tout le temps, c’est bien, mais nos racines sont françaises.

Dans le penthouse du Greenwich Hotel, de Robert de Niro, celle que les Américains surnomment “The french mermaid”, la sirène française.

En ombre et lumières, une femme à plusieurs facettes. “Sur le tournage, j’étais double : il y avait Marion l’actrice et Marion la mère de Marcel.”

Un an après la naissance de Marcel, elle a retrouvé un corps de rêve. “Je ne sais pas l’expliquer, cela s’est fait d’un coup. Mais c’est violent pour le corps.”

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