Welcome to Magnifique Marion Cotillard! Marion's best known for her award winning performance in La Vie en Rose, but you might also recognise her from movies such as Inception, Midnight in Paris, The Dark Knight Rises and The French Rust and Bone. Collecting nominations for her latest film Two Days, One Night and starring in the upcoming adaptation of Shakespeare's Macbeth, Marion Cotillard is finally making a comeback to leading roles. Not stopping at movies, Marion Cotillard is also exploring her musical talents, having toured with French rock band Yodelice and recorded a song and video with British band Metronomy. She's also taken over the fashion industry as the face of Lady Dior. All the while, she is never too busy for her family and to lend her time and name to causes she believes in. Enjoy your time here and keep checking back for all the latest news!
May 25, 12   Mia   0 Comment French Press

on 1 Jan, 1970

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de Psychologies / par Anne-Laure Gannac

C’est l’une des actrices françaises les plus demandées au monde. Et peut-être celle qui aspire le plus sincèrement à la sérénité. Alors qu’elle crève l’écran dans le fascinant De rouille et d’os de Jacques Audiard, Marion Cotillard nous livre ses états d’âme en toute honnêteté.

Il est 16 heures à Paris, 10 heures à New York. Guillaume (Canet) est à l’autre bout du monde, Marcel (son fils) est en promenade : au dix-huitième étage d’un appartement dominant l’Hudson River, Marion Cotillard commence sa journée de comédienne par des interviews téléphoniques, à l’occasion de la sortie du nouveau film de Jacques Audiard. Après quelques ratés dans la mise en relation, l’entretien débute, disons… tranquillement. La voix est lente, les silences longs, les mots lui manquent. Elle voudrait tellement parler bien de ce qui la touche, partager avec précision ce qu’elle ressent, mais c’est compliqué.

La conversation tourne en rond, reste en surface… Jusqu’à ce qu’elle craque. Et que Marion Cotillard, la vraie, l’hypersensible, la plus que sincère, apparaisse. La fatigue n’y est sans doute pas pour rien. Tournages, maternité, voyages : depuis le succès de La Môme, elle enchaîne tout, souvent loin de chez elle, outre-Altantique, pour jouer sous la direction des plus grands,

Michael Mann, Steven Soderbergh, Christopher Nolan… Un rêve d’actrice, mais pas forcément celui d’une femme qui a pour valeur première la vie saine et simple. À entendre ses doutes et les critiques qu’elle s’inflige, on peine à imaginer que ce soit la même qui pose, superbe et fière, en égérie de luxe. Mais c’est son paradoxe. Et son défi : tenter d’admettre la contradiction qui la définit. En attendant de la résoudre, peut-être.

Psychologies : Dans le film “De rouille et d’os”, vous interprétez une jeune femme qui, suite à un accident, se retrouve amputée des deux jambes. Comment avez-vous préparé ce rôle ?

Marion Cotillard : J’ai regardé des reportages et des documentaires. Je n’ai pas ressenti le besoin de rencontrer des personnes à qui cela était arrivé. Parce que, pour moi, ce n’est pas l’histoire d’une fille qui perd seulement ses jambes ; elle perd ses protections, ses barrières, tout ce qui aurait fini par lui gâcher la vie… Alors, au final, elle ne perd rien : elle gagne.

Ce n’est pas anodin de s’imaginer dans un corps amputé : on vous voit ramper, avancer à la force de vos bras. Cela ne vous a pas fait… bizarre ?

M.C. : En fait, je ne m’en suis pas vraiment rendu compte. De même que pour La Môme j’avais joué à la vieille, là, j’ai joué au « jeu de la fille qui n’a plus de jambes ». Cela peut paraître étonnant, mais, pour moi, le cinéma est de l’ordre du jeu enfantin. Ce qui ne veut pas dire que je ne le prends pas au sérieux : les enfants jouent très sérieusement !

Est-ce que ce jeu-là a changé votre regard sur le handicap ?

M.C. : Je n’aime pas parler des « personnes handicapées », comme si des individus pouvaient se réduire à leur handicap. On est tous handicapés d’une façon ou d’une autre. Et certaines de ces personnes que l’on dit handicapées le sont moins que bien des gens qui ont tous leurs membres. Elles ont un courage qui manque à beaucoup…

Et vous, quels sont vos handicaps ?

M.C. : J’ai toujours eu des difficultés à m’exprimer de manière fluide et limpide… Je ne crois pas avoir un problème avec les mots, mais avec la clarté.

Comment l’expliquez-vous ?

M.C. : Par la peur. La peur m’empêche beaucoup, elle pétrifie… Mais j’apprends à la dompter, au jour le jour. Ça va de mieux en mieux. Longtemps, j’ai eu peur de tout.

De quoi, exactement ?

M.C. : De… En fait, dès que je cherche la source de la peur, je me rends compte qu’elle n’a pas d’existence réelle.

Est-ce la peur des autres, de leur jugement ?

M.C. : C’était très vrai quand j’étais plus jeune. Bien moins maintenant, je me suis rendu compte que cela ne sert à rien d’être dans l’appréhension du jugement de quelqu’un. Je l’ai compris en approfondissant ma connaissance de l’humain, à travers mon expérience de femme, mais aussi de comédienne. Parce que c’est ça, le principe de base de ce métier : étudier comment fonctionne l’être humain, ses émotions, ses réactions. Et… [Long silence suivi d’un soupir.] J’ai tellement de mal à parler de moi, c’est fou !

Non, vous y arrivez très bien !

M.C. : Mais non, vous voyez bien, je mets des plombes à répondre à chacune de vos questions, qui sont pourtant simples et sans piège. Je cherche dans ma tête les réponses et… En plus, ça me provoque une espèce de panique. De quoi j’ai peur ? Pourquoi la peur ? Je ne sais pas…

Vous avez peur de trop en dire ?

M.C. : Non, ce n’est pas ça. Simplement, je me demande : qu’est-ce que j’ai d’intéressant à dire, moi ? [Long silence.] Je me pose énormément de questions en ce moment sur l’utilité de parler de soi, de faire des interviews, de s’engager pour telle ou telle cause.

Je pense que ces questionnements viennent en grande partie du fait que, ces dernières années, j’ai privilégié ma passion d’actrice et consacré trop peu de temps à ces gens et à ces causes qui comptent tellement : Pierre Rabhi et sa fondation, Maud Fontenoy, avec qui j’ai une belle relation au sein de son association, Tristan Lecomte, dont je parraine un des projets…

Je m’en veux de ne pas honorer davantage mes engagements auprès d’eux. J’ai beaucoup travaillé, peut-être trop. J’ai beaucoup voyagé dans le monde et dans des univers variés offerts par les films – et cela me remplit vraiment. Mais, là, je ressens un besoin de retourner à ce qui m’inspire. Vers ceux qui m’inspirent. Un besoin de me recentrer.

Vous avez ces valeurs profondes, écologistes et humanistes. En même temps, vous êtes l’égérie d’une marque de luxe : votre sentiment de culpabilité ne viendrait-il pas aussi de ce hiatus ?

M.C. : Oui, c’est pour moi un questionnement permanent. Mais j’essaie de rester cohérente : dans toutes mes activités, je privilégie des collaborations créatives, qui m’enrichissent, dans lesquelles je peux apporter quelque chose.

Êtes-vous parfois tentée de tout arrêter ?

M.C. : Non, j’aime tant jouer, donner vie à des personnages… Peut-être qu’un jour ça cessera, mais, pour l’instant, c’est un moteur trop important dans ma vie. Seulement, cela me prend trop de temps. Ou je ne sais pas bien le gérer, c’est mon problème.

De plus en plus d’actrices, surtout aux États- Unis, tentent de mener de front leurs vies de femme engagée, de mère de famille et de comédienne. Angelina Jolie, par exemple…

M.C. : Absolument ! Je ne sais pas comment elle s’y prend au quotidien, elle est très forte et très bien organisée, sans doute. En tout cas, réussir à accorder autant d’attention à tout me rend admirative.

C’est quoi, pour vous, l’essentiel, dans la vie ?

M.C. : Trouver la justesse. Trouver l’équilibre. Et la simplicité. J’en suis encore un peu loin !

Et ce métier n’aide pas à aller vers la simplicité…

M.C. : Je vous le confirme ! [Rires.] En même temps, c’est sûrement ma manière d’y aller aussi. Être acteur, c’est être très souvent confronté à soi, à ses émotions, que ce soit à travers les rôles, en se voyant évoluer dans un film ou en répondant à des questions de journalistes. C’est l’occasion d’explorer sa propre complexité – avant, peut-être, de trouver finalement plus de simplicité dans le rapport à soi.

Quel est-il, aujourd’hui, ce rapport à vous-même ?

M.C. : De plus en plus détendu. Je pense que la révolution qui est arrivée dans ma vie il y a presque un an [la naissance de son fils, ndlr] y est pour beaucoup. Depuis, j’ai l’impression d’avoir acquis une espèce de recul, et surtout d’humour… [Sonnerie de téléphone.] Attendez, je vous reprends tout de suite. (Oui, mon amour, bonjour. Je fais une interview, là… Non, ça va, il a beaucoup dormi, toute la nuit, il allait très bien ce matin, il est parti en balade, là. Oui, je te rappelle plus tard, bisous !) Excusez-moi… Oui, je vous disais que quand quelque chose me heurte ou me blesse, j’ai de plus en plus rapidement cette capacité à prendre du recul. Je suis davantage capable d’humour sur moi-même – et c’est très, très agréable !

Vous êtes émotive ?

M.C. : Oh oui, beaucoup trop ! Et, depuis que je suis maman, c’est encore plus terrible ! J’ai toujours eu une grande sensibilité, mais, là, ça atteint un niveau dingue ! Heureusement, cette hypersensibilité aggravée est compensée par cette nouvelle aptitude à rire de moi-même et de mes réactions émotives, qui peuvent être démesurées.

Qu’est-ce qui a le don de vous submerger d’émotion ?

M.C. : La réponse va vous sembler banale : les enfants. Pourtant, je ne suis pas borderline, je suis d’un tempérament plutôt posé. Mais j’ai cette hypersensibilité face à l’humain, face à la vie… La maternité n’a fait que l’accentuer.

Avez-vous une pratique spirituelle ?

M.C. : Oui, j’ai eu la chance d’être très jeune en contact avec la méditation grâce à ma maman. Ensuite, j’ai avancé sur ce chemin à l’aide d’ouvrages comme ceux de Pierre Rabhi qui m’ont conduite à ceux de Krishnamurti. Se libérer du connu a été une lecture essentielle pour moi. Il y parle superbement de cette façon qu’a la pensée de nous entraîner loin de nous-mêmes.

En prendre conscience, sans jugement, est le premier pas vers la méditation ; regarder comment une pensée arrive, comment elle nous détourne de ce que l’on est en train de faire, comment elle entraîne une autre pensée qui en entraîne une autre, etc. Au point de nous étouffer de pensées… Il suffit pourtant de pas grand-chose : revenir à soi, se poser et consacrer rien que cinq, dix ou quinze minutes de sa journée à un simple retour à la respiration. C’est une leçon passionnante sur le fonctionnement de l’humain. Je m’en suis toujours sentie proche, même si je ne l’ai pas suffisamment mise en pratique ces dernières années. Parce que je vivais dans une autre… dimension…

Et là, vous y revenez ?

M.C. : Oui, j’en ressens la nécessité. Parce que j’ai envie de transmettre à mon enfant une certaine sérénité. Or, pour cela, il faut faire taire le tumulte intérieur et extérieur : arrêter de courir et arrêter de culpabiliser, de courir en se disant que l’on passe à côté de ce que l’on aimerait vraiment faire… Lorsque je suis avec mon fils, je ne veux pas que mes pensées m’entraînent ailleurs, je veux être complètement avec lui. D’autant plus qu’il le sent, il sent tout ; à son âge, on se connecte de manière tellement pure avec la vie, avec le vivant. C’est important que ça sonne juste en moi, que lorsque je lui donne à manger ou que je le masse, je sois complètement là, et pas loin dans mes pensées.

En ce moment, un livre ne me quitte pas : L’Art de la méditation de Matthieu Ricard. C’est comme un manuel, pour moi ; lorsque je sens que je me suis un peu déconnectée du réel, il me ramène à la terre. Au calme. J’aimerais être beaucoup plus disciplinée dans ma pratique de la méditation, mais j’ai bon espoir d’y arriver : cela devient vital pour moi.

Marion Cotillard vue par Jacques Audiard

« Chez elle, le jeu est un abandon de soi »

« Après l’écriture du scénario de De rouille et d’os, quand il a fallu choisir les comédiens, le nom de Marion s’est très vite imposé à moi. Pourquoi ? Pour cette façon qu’elle a de s’engager totalement, entièrement dans le jeu.

Il suffit de la voir dans La Môme : très peu de comédiennes sont capables de donner ce qu’elle a donné. Chez elle, c’est de l’ordre de l’abandon de soi, elle se jette dans un état, sans psychologie, de façon très physique. Pourtant, elle est très rationnelle, aussi : avant de jouer une scène, elle s’interroge sur le sens des gestes, des déplacements ou des mots, elle demande des indications claires, et surtout logiques.

Mais, une fois que cette base rationnelle est là, elle se livre corps et âme, avec une puissance immodérée. Avec elle, chaque première prise est une explosion ! Je ne sais pas pourquoi elle a choisi de faire ce métier, mais j’ai le sentiment que c’est, pour elle, de l’ordre du vital.

Comme si c’était la façon qu’elle avait trouvée de communiquer pleinement avec le monde. Peut-être un jour s’en lassera-t-elle ou trouvera-t-elle un autre moyen de le faire. Mais, entre nous, je ne le crois pas… Ce qu’elle a apporté à ce film ? Elle, sans concession, et c’est inestimable. »

Un film coup de poing

De rouille et d’os de Jacques Audiard, en salles depuis le 17 mai.

Ce pourrait être le simple récit d’une rencontre improbable entre un marginal, boxeur et père (Matthias Schoenaerts), et une dresseuse d’orques qui perd ses deux jambes lors d’une démonstration (Marion Cotillard) ; c’est une fresque âpre et brute qui raconte la lutte pour la vie, le besoin de l’autre, et l’éveil nécessaire à la responsabilité d’homme et de père. Matthias Schoenaerts y est inoubliable, Marion Cotillard d’une justesse magnifique.

Dates clés

1975 Naissance à Paris.
1994 Premier prix du conservatoire d’art dramatique d’Orléans.
1998 Taxi de Gérard Pirès.
2004 Big Fish de Tim Burton. Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet. César de la meilleure actrice dans un second rôle (2005).
2007 La Môme d’Olivier Dahan. Golden Globe, Bafta, césar et oscar de la meilleure actrice (2008).
2010 Inception de Christopher Nolan.
2011 Naissance de son fils, Marcel, dont le père est Guillaume Canet.
2012-2013 The Dark Knight Rises de Christopher Nolan (25 juillet 2012), Blood Ties de Guillaume Canet (2013).

Ses maîtres de vie

Hubert Reeves (astrophysicien, défenseur de l’environnement, auteur de La Petite Affaire jaune (Elytis, 2011))
« Il me fascine, par sa capacité à mettre son intelligence et son amour de la vie au service de l’instruction des autres et du réveil des consciences. Cette générosité, rare et tellement nécessaire, me bouleverse. »

Wangari Maathai (1940- 2011), militante en faveur de la protection de l’environnement et du droit des femmes, prix Nobel de la paix en 2004.
« Le parcours de cette femme kenyane est exceptionnel. On ne peut qu’être pétri d’admiration pour la foi, le courage, le jusqu’au-boutisme qui l’habitaient. Il vous faut absolument lire Celle qui plante des arbres, c’est le livre que j’ai le plus offert. »

Aung San Suu Kyi, secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie birmane, prix Nobel de la paix en 1991, élue députée de son pays en avril dernier, auteure avec Stéphane Hessel de Résistances, pour une Birmanie libre (Don Quichotte Éditions, 2011).
« C’est une autre de mes héroïnes, dont je suis le parcours avec attention. J’espère seulement que la liberté qu’elle vient enfin d’acquérir sera durable et qu’elle pourra déployer pleinement ses ailes. »

Pierre Rabhi, pionnier de l’agriculture biologique, chroniqueur à Psychologies magazine, auteur d’Éloge du génie créateur de la société civile, tous candidats ! (Actes Sud, 2011).
« J’ai commencé à le lire il y a des années, et c’est à force de parler de lui en interview que son équipe m’a contactée et que j’ai pu le rencontrer. Il est sans doute l’une des plus belles personnes au monde. Il allie l’intelligence de la terre et la poésie. Il m’a énormément apporté dans la vie, m’a ouvert la voie vers d’autres lectures, d’autres connaissances… Il ne se passe pas un jour sans que je pense à lui et à son association. »

Tristan Lecomte, fondateur de l’entreprise Alter Éco, auteur du Commerce sera équitable (Éditions d’Organisation, 2007).
« C’est l’un des fils spirituels de Pierre Rabhi. Voilà quelqu’un qui sait aller à l’essentiel et y consacrer toute son énergie ; l’entreprise qu’il a créée est sublime. Le voir est une grande source d’inspiration, parce qu’il parvient à faire de la vie une expérience simple et joyeuse. »






 

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