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17
May 2012
French Press  •  By  •  0 Comments

du Le Monde / par Isabelle Regnier

Petite chenille du cinéma français devenue, depuis son triomphe dans La Môme et l’Oscar qui l’a couronnée en 2008, une icône glamour d’Hollywood, Marion Cotillard a accompli ces dernières années une mue spectaculaire.

La jeune fille pétulante qui s’était fait un nom avec Taxi (1998), qui avait imposé sa mine fraîche et son aplomb sans chichi dans une myriade de petits films, qui s’était fait remarquer, aussi, pour des saillies déroutantes dans les médias, est aujourd’hui une diva, en compétition pour le Prix d’interprétation féminine à Cannes pour la première fois.

La voix suave, la féminité exacerbée, les hésitations les yeux levés au ciel… son personnage public est aujourd’hui aussi rodé que ceux qu’elle compose à l’écran. Et ce jusqu’aux petites brèches qu’elle refuse de colmater, son péché mignon pour le chocolat par exemple, pour lequel elle est prête à se jeter par terre si un morceau lui tombe des mains, et à crier : “Je te mangerai quand même, qu’est-ce que tu crois !”

Comment est née votre collaboration avec Jacques Audiard ?

Je ne le connaissais pas. Mais il faisait partie des cinéastes avec qui j’avais envie de tourner. Et en même temps, je ne pensais pas qu’il aurait envie de travailler avec moi un jour…

Pourquoi ?

Je n’en sais rien.

A priori, interpréter un tel personnage, avec les jambes amputées, cela vous semblait-il attirant ? Effrayant ?

J’avais entendu parler du film bien avant qu’on me contacte pour le rôle. Mais à aucun moment je ne m’y suis projetée. Penser que la comédienne allait devoir travailler dans un Marineland était pour moi rédhibitoire. Malgré toute l’admiration que j’ai pour Jacques Audiard, malgré l’envie très forte que j’avais de travailler avec lui.

Qu’est-ce qui vous gênait ?

La captivité. J’ai une totale aversion pour les parcs aquatiques, pour les zoos, pour les aquariums. Toute cette beauté enfermée me rebute complètement…

Vous êtes engagée dans des causes écologiques…

Oui, mais c’était plus instinctif. Je me disais juste : ça, c’est quelque chose que je ne pourrai jamais faire. Et puis la vie en a décidé autrement.

C’est-à-dire ?

C’est-à-dire que j’ai fait le film, que je me suis retrouvée au Marineland à filer des poissons aux orques, à leur faire faire des sauts périlleux arrière !

Comment avez-vous appris à travailler avec les cétacés ?

Ce n’était pas évident de réussir à les considérer comme de vrais animaux, de ne plus les voir comme des bêtes de foire. J’avais tous ces préjugés, liés à un tas de documentaires que j’ai vus, des films militants, contre la captivité des animaux, où le soigneur est diabolisé. Et puis je débarque, et ce que je vois, ce sont ces hommes qui aiment ces animaux à la folie. Cela n’a pas entamé mon aversion pour ce genre d’endroits, je n’irai toujours pas dans des zoos ni dans des Marineland. Mais j’ai vu cette relation entre l’homme et l’animal et c’était plutôt beau.

A une époque, vous avez refusé un contrat publicitaire pour L’Oréal.

Ouh ! C’est vieux cette histoire ! Je ne me souviens même plus comment ça s’était passé, ils m’avaient fait faire un truc que j’étais incapable de faire. Etre mannequin, c’est un métier.

N’était-ce pas justement lié à vos convictions ?

C’était en réaction aux tests sur les animaux. Mais cela remonte à 1998 je crois, ou 1999. Et je crois qu’ils ont changé leur politique depuis. Ils y sont obligés maintenant de toute façon.

Au-delà des collants verts qui ont permis de faire disparaître vos jambes au tournage, comment fait-on, techniquement, pour jouer un personnage cul-de-jatte lorsque l’on a soi-même des jambes ?

J’ai regardé des documents. Il se trouve que les gens qui marchent avec des prothèses marchent absolument normalement. Mais nous avons voulu donner à Stéphanie une démarche cinématographique. On lui a donné une canne, parce que cela racontait quelque chose. Et je lui ai donné cette façon de marcher un peu étrange. Coller à la réalité, bizarrement, n’aurait pas été réaliste. Parfois la réalité n’est pas crédible au cinéma.

Ce rôle tranche beaucoup avec ceux que vous avez joués, ces dernières années, aux Etats-Unis, où des cinéastes comme Michael Mann, Christopher Nolan vous ont donné une aura exotique, un peu éthérée… Stéphanie est au contraire un personnage très terrien, qui renvoie plus à ce que vous incarnez dans le cinéma français.

C’est vrai. Pendant quelques années, je me suis promenée dans toutes sortes d’univers, à travers des personnages dont on ne racontait pas l’histoire forcément du début jusqu’à la fin. J’ai ressenti le besoin de revenir à des premiers rôles. Stéphanie est un personnage qui me bouleverse. Je crois que je suis touchée par les personnalités qui se débattent, mais qui n’abandonnent pas. Qui ont suffisamment de pulsion de vie pour qu’il se passe quelque chose dans la leur, et que cela les y ramène, de manière très intense.

Vous reconnaissez-vous dans ce personnage ?

Je pense, oui.

Actrice française la plus en vue aux Etats-Unis, la mieux payée en France, vous avez acquis, très rapidement, un statut colossal. Qu’est-ce que cela induit en termes de liberté, de contrainte ?

Je ne pense pas être l’actrice française la plus célèbre aux Etats-Unis. Pour beaucoup de gens, mon nom ne représente rien. Alors que Catherine Deneuve, tout le monde sait qui c’est. Bien sûr ce statut m’apporte une grande liberté. Je viens de jouer une Polonaise chez James Gray, j’avais joué une Indienne chez Michael Mann, je suis en train de jouer une Italienne dans le film de Guillaume Canet. Autant de voies possibles, différentes, pour explorer l’humain.

Avez-vous des moments de stress, une peur de faire des mauvais choix ?

Pas de stress du tout. J’ai l’immense chance d’avoir de très belles propositions, des rôles sublimes. Je me retrouve dans des situations dingues, en pleine hallucination, à dire non à des cinéastes avec qui je n’aurais même pas rêvé tourner…

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