Day: May 16, 2012

Marion Cotillard: D'Aventure et de passion

de Studio Ciné Live / par Thierry Chèze

Dans De rouille et d’os, de Jacques Audiard, elle incarne une dresseuse d’orques ayant perdu ses jambes. Ce mélo brut lui offre son premier grand rôle depuis La Môme. Et elle y livre une prestation bouleversante, qui fera date dans son parcours. En voici les petits et grands secrets.

Est-ce que tourner pour Jacques Audiard faisait partie de vos rêves?

Je n’avais jamais imaginé qu’un cinéaste comme lui ait, un jour, envie de travailler avec moi. Ça me paraissait même impossible. D’ailleurs, quelques semaines avant qu’il propose de me rencontrer, j’avais entendu parler de son projet, lors d’un dîner chez des amis où quelqu’un avait évoqué le fait qu’il cherchait l’actrice de son prochain film. Et vraiment, à aucun moment, je ne m’étais projetée.

Est-ce que cela peut s’expliquer par le fait que, contrairement aux États-Unis où vous tournez régulièrement avec des metteurs en scène réputés, les auteurs français n’ont jamais semblé désireux de vous intégrer dans leur famille?

Ce sentiment est né le jour où mon agent d’alors m’a raconté qu’un réalisateur que j’admirais n’avait aucune envie de me rencontrer car le cinéma que je représentais n’était pas le sien. Et, comme ce metteur en scène est un auteur confirmé – produit par le même producteur que Jacques -, cette réflexion est toujours restée ancrée en moi. Mais sans pour autant que cela me frustre. Car je suis persuadée que ce sont les films, les cinéastes et les rôles qui viennent vous chercher. Pas le contraire. Je ne me fixe donc aucune limite mais ne rêve pas non plus. Ce qui fait que je n’en souffre pas. D’ailleurs, quand j’ai rencontré Jacques pour la première fois, j’ai instantanément oublié cette soirée dont je vous parlais. Elle m’est revenue à l’esprit sur le tournage, à Antibes. Car je me suis soudain souvenue que, lors de ce dîner, quand j’avais appris que le personnage était une soigneuse d’orques, je m’étais dit que, malgré toute mon admiration pour Audiard, il y a des choses que je serais incapable de faire. Comme passer des journées dans un Marineland avec des animaux en captivité ! C’est réussi, non (rires)?

Qu’est-ce qui vous a frappée lors de votre première rencontre avec Jacques Audiard?

Jacques est à la fois cérébral et incandescent. On sent très vite l’incroyable passion intérieure qui l’anime, une énergie de création bouillonnante canalisée par une très grande intelligence.

En sortant de ce rendez-vous, aviez-vous la certitude que vous joueriez dans le film ?

Ce projet est arrivé à un moment où j’étais en train de tourner The Dark Knight Rises. Mon contrat m’interdisait d’accepter tout autre film. J’avais très peu de jours mais étalés sur quatre mois. Du temps libre donc, mais sans pour autant être autorisée à faire autre chose car ils pouvaient m’appeler à tout moment. Ce qui, pour la petite histoire, s’est d’ailleurs produit ! Il m’est aussi très compliqué de parler de cette aventure sans évoquer – ce que je déteste pourtant – ma vie privée. À ce moment-là, j’étais la toute jeune maman d’un enfant de 4 mois que je nourrissais. Je suis même allée avec lui à ce premier rendez-vous avec Jacques (rires). Tous ces éléments auraient pu le faire fuir. Car il m’allait être impossible de passer du temps en répétition en amont avec lui, alors qu’il travaille ainsi avec ses acteurs. Mais il a accepté de me confier le rôle de Stéphanie.

Et vous, vous n’avez jamais hésité?

Je me suis évidemment posé la question de ma capacité à tenir ce rôle, alors que mon esprit et mon corps ne seraient pas à 100 % dédiés à cette aventure. J’étais surtout effrayée de ne pas être à la hauteur de ce que Jacques attendait. Mais son scénario m’a bouleversée et mon envie de travailler avec lui l’a emporté.

Comment avez-vous construit ce personnage en aussi peu de temps?

À chaque fois que j’ai accepté un film, je m’y suis entièrement plongée du début à la fin. Je mettais ma vie entre parenthèses. Or là, c’était impossible. Voilà pourquoi, si cette aventure a été parfois douloureuse, souvent difficile, elle fut, au final, entièrement nouvelle et passionnante. J’ai tout de suite été fascinée par le personnage de Stéphanie mais je l’ai aussi vite ressentie très éloignée de moi. Toute connexion immédiate avec elle m’apparaissait impossible. Et cela a d’ailleurs participé à mon désir d’accepter ce projet: quand je tourne un film, j’aime ressentir cette possibilité de ne pas en être capable. Là, je ne savais pas si j’allais réussir à comprendre Stéphanie. Mais j’étais persuadée que mon chemin vers elle allait être à la fois excitant et vertigineux. Je me suis rapprochée d’elle grâce à son rapport à la chair. Le déclic s’est produit le jour où, sur le plateau, j’ai assisté à une des scènes, brutales et sauvages, de combat de boxe d’Ali, avec qui mon personnage se lie après son accident. Plus la chair était brutalisée, plus je me sentais libérée, soulagée… C’est un sentiment étrange à vivre mais il m’a permis de saisir le phénomène de réveil qui se produit dans la peau de Stéphanie dans ces instants-là. Et, ensuite, j’ai utilisé plus ou moins consciemment l’extrême épuisement qui était le mien…

Malgré la tragédie dont Stéphanie est victime, votre interprétation est d’une sobriété fascinante. Vous ne versez jamais dans les cris, les larmes…

Ça, c’est Jacques ! Dès qu’on était dans le pathos, il râlait: “On se fait chier, c’est trop dramatique !” Et il me répétait souvent : “Parfois, j’aimerais que tu te lèves et que tu te pètes la gueule parce que tu aurais oublié que tu n’as plus de jambes.” (Rires.) Il a un rapport tellement organique avec ses histoires que tout est toujours extrêmement vivant et donc authentique sur le plateau.

Vous évoquiez le personnage d’Ali, incarné par Matthias Schoenaerts. Comment s’est construite l’alchimie entre vous deux alors que vous n’avez pas eu le temps de répéter ensemble avant le tournage?

Ce tournage a dû être vraiment particulier pour lui. Car, en plein milieu, j’ai dû partir de manière totalement impromptue rejoindre le plateau de Batman. Cette situation surréaliste aurait pu tourner à la catastrophe. Mais, quand j’ai rencontré Matthias pour la première fois, j’ai eu l’impression de le connaître depuis des années. Et on a eu la chance que cette connexion immédiate ait été plus forte que tout et ait maintenu intact notre rapport dans le travail, pourtant si décousu.

De l’extérieur, on peut voir ce film comme une nouvelle étape majeure dans votre parcours, après Un long dimanche de fiançailles, qui vous avait valu d’être adoubée par le métier avec le César, puis, évidemment, La Môme. Est-ce quelque chose dont vous avez conscience?

Je chéris toutes les expériences que j’ai pu connaître, même s’il y en a certaines que je ne referais pas. Mais avec De rouille et d’os, je joue un personnage du début à la fin d’une histoire pour la première fois depuis La Môme. Ces dernières années, je me suis énormément amusée à jouer des seconds rôles. La Môme avait été une expérience si intense que j’avais besoin de souffler. J’ai donc refusé pas mal de très beaux films et suis allée vers des rôles plus petits, sous la direction de réalisateurs qui me faisaient rêver. J’ai vibré quand j’ai tourné avec Michael Mann, quand j’ai joué dans une comédie musicale et quand j’ai créé, pour Inception, de Christopher Nolan, un personnage fondé sur le souvenir et les pensées d’un autre, en totale collaboration avec Leonardo DiCaprio. Mais je ressentais peu à peu le besoin de porter un film du début jusqu’à la fin. Et la proposition de Jacques est arrivée à point nommé.

Que pouvez-vous nous révéler sur The Dark Knight Rises, que vous avez tourné en parallèle?

J’y joue Miranda Tate, une femme de la haute société de Gotham City, fascinée par Bruce Wayne, qui rêve de transformer Gotham en une ville utilisant des énergies renouvelables… Batman représente pour moi un fantasme absolu. C’est mon superhéros préféré. Alors imaginez ma réaction quand j’ai appris que Nolan voulait m’écrire un rôle dans la suite de The Dark Knight… puis ma déception quand j’ai appris que les dates de tournage allaient coïncider avec mon accouchement. J’ai d’ailleurs dû décliner, pour cette même très bonne raison, un projet avec une autre de mes idoles: David Cronenberg. Mais sans regret. Je m’apprêtais donc à faire mon deuil de Batman. Et puis Christopher a tout rendu possible en décalant mes dates de tournage à la fin juin. Je trouve que c’est un geste incroyable…

Après ce film et De rouille d’os, vous avez enchaîné avec Low Life, sous la direction de James Gray, et un nouveau premier rôle féminin: une jeune émigrée polonaise, forcée de se prostituer pour subvenir aux besoins de sa soeur malade. Comment ce projet est-il né?

C’était, là encore, assez surréaliste. J’ai reçu, un jour, un message de James : “J’écris un film, je pense à toi, tu voudrais?” James est très ami avec Guillaume Canet mais, nous deux, on ne se connaissait pas tant que ça. Car, quand on se voyait – comme toujours avec ceux dont j’admire le travail -, je n’avais jamais exprimé mon envie de tourner avec lui, ni même engagé la conversation sur ce terrain-là. Du coup, quand j’ai reçu ce mail, j’ai failli tomber de ma chaise. Ça m’a paru dingue qu’il ait envie de faire un film avec moi. Et je lui ai dit oui avant de lire le scénario. Je n’aurais évidemment pas fait son film si l’intrigue et le rôle ne m’avaient pas plu. Mais il y avait quand même très peu de chances (rires)…

Est-ce que votre manière de vivre votre métier a beaucoup évolué depuis vos débuts?

Je l’aime toujours aussi passionnément mais d’une manière totalement différente ! Et, surtout, je l’aborde de toute autre manière. Avant, quand j’avais envie de me lancer dans un projet, je ne me posais aucune question. Aujourd’hui, ma vie a changé et mes choix seront donc forcément autres. Je ne peux plus continuer à enchaîner les projets comme je viens de le faire. J’ai d’ailleurs décidé de ne pas tourner pendant quelques mois. J’ai conscience de refuser des projets fous. Mais j’ai la certitude que je recroiserai, un jour, les gens qui me les proposent. Et je serai encore plus heureuse de travailler avec eux parce que, justement, j’aurai pris ce temps pour moi. Et que je serai alors totalement dévouée à ce travail commun.

Marion Cotillard During Le Grand Journal

As previously announced, Marion Cotillard & Matthias Schoenaerts were interviewed on Le Grand Journal in Cannes right after the opening ceremony. Tomorrow will be a big day for them as it’s the day of the premiere!

Gallery: 145 Talk Shows > Le Grand Journal – 2012
Video: 001 Talk Shows > Le Grand Journal

Canal+ and TF1 Videos

Canal+ asked different people about their experiences at the Cannes Film Festival. Marion’s interview was put online yesterday. And today, TF1 News aired an interview with Marion about ‘De rouille et d’os‘ (Rust & Bone) and her co-star Matthias Schoenaerts.

Earlier this afternoon she arrived at Cannes and will be interviewed during Rencontres de cinéma at 6.15pm just before tonight’s opening ceremony and then also during Le grand journal with Matthias Schoenaerts, both on Canal+. Tomorrow at 9am she and director Jacques Audiard will be interviewed on the radio RTL during Laissez-vous tenter.

Gallery:
108 Specials > Cannes vu par… (Canal+) – 15/05/2012
086 News Segments > News (TF1) – 16/05/2012

Video:
001 Interviews > Cannes
001 News Segments > TF1

Marion Cotillard, "comme une petite fille qui déballe un gros cadeau"

de Le Soir / par Fabienne Bradfer

La môme Cotillard est en compétition à Cannes avec De rouille et d’os, un mélo trash du Français Jacques Audiard. Elle montera les marches jeudi avec son partenaire, le Flamand Matthias Schoenaerts.

Perchées sur des talons vertigineux, ses jambes n’en finissent plus. À croire que Marion Cotillard veut montrer au monde entier qu’elles sont bien là, belles, longues, fines et sensuelles, contrairement au personnage amputé qu’elle assume magnifiquement dans De rouille et d’os, le mélo trash de Jacques Audiard. Jeudi soir, celle que The Hollywood Reporter vient de surnommer « The Angelina Jolie of France » montera les célèbres marches cannoises. Que le parcours est fabuleux pour arriver là. Et la suite lui donne déjà des étoiles dans les yeux. Oscarisée par La Môme, l’héroïne de Taxi est en pleine promo pour le film d’Audiard, vient de finir le nouveau James Gray, est en tournage du Blood Ties de son compagnon Guillaume Canet et sera à l’affiche du prochain Batman en juillet. Tout ça sans oublier un rôle majeur : celui de maman pour son fils Marcel, un an le 20 mai.

C’est la première fois que vous allez monter les marches avec un film en compétition. Comment vous sentez-vous ?

Je suis contente de vivre ça. Je me sens comme une petite fille qui déballe un gros cadeau. L’an dernier, je n’ai pas pu monter les marches pour le film de Woody Allen pour la meilleure des raisons (NDLR : Marion accouchait de son premier enfant). Jeune comédienne, j’ai parfois vécu des expériences douloureuses à Cannes car ça peut être un festival assez violent. J’ai aussi eu d’excellentes expériences. Mais ça reste un festival qui me fait rêver.

Pourquoi dites-vous que le film d’Audiard est volé au temps ?

J’ai pour habitude de prendre le temps de me plonger dans un personnage, dans sa préparation, car j’en ai besoin et que j’aime ça. J’aime partir à la découverte d’une histoire, d’un personnage. J’aime installer des bases fortes qui vont permettre d’être libre et de laisser la surprise, la magie arriver. Jacques a aussi l’habitude de fort travailler en amont avec ses comédiens. Or, là, on n’avait pas le temps (NDLR, à cause du tournage de Batman). On en a beaucoup parlé avec Jacques, savoir si on y allait quand même sachant que la période était très courte pour faire le film. Moi, j’en avais très envie, je me suis dit que c’était une façon différente de faire les choses. J’ai eu surtout la chance que Jacques accepte de travailler différemment.

De quelle manière ce film vous a-t-il bouleversée ?

Déjà l’humain me bouleverse. Et puis les aventures comme celle-ci, le regard et l’amour que Jacques porte sur ces personnages, sur son histoire, c’est bouleversant. C’est pour ça que c’est un grand metteur en scène. De rouille et d’os, c’est avant tout de l’amour, mêlé ensuite avec de la poésie, de l’authenticité. Ce film est un mélange de chair, de brutalité, de fragilité, d’amour…

Moi, je sais que j’ai besoin de donner vie à d’autres personnes que moi-même. J’aime ce travail sur un personnage car c’est étudier l’humain et donc en connaître un peu plus sur qui on est. À un moment, le personnage s’en va parce que c’est comme un enfant, il faut savoir s’en détacher, sinon ça devient malsain. Je deviendrais complètement dingue si je vivais continuellement avec mes personnages. Mais chaque rôle m’apporte une ouverture plus grande sur l’humain et sur le monde. Ça ouvre un peu plus mon esprit, mes yeux, mon cœur, ma compréhension.

Votre personnage aime être dans la lumière. Mais tout à coup, tout bascule. Avez-vous cette crainte ?

J’ai un chemin de vie que j’aime de plus en plus car je n’ai cessé d’avancer, d’évoluer, de découvrir, d’expérimenter. Si à un moment donné, ce métier s’arrête, c’est parce que je l’aurais décidé ou que j’aurais à vivre autre chose. Je verrai alors combien de temps je mets à l’accepter, si c’est douloureux ou pas, je ne peux pas savoir. Je n’ai pas vraiment envie de me poser cette question car j’aime vivre les choses au présent. La seule manière de me projeter dans l’avenir, c’est que je sais qu’un jour je serai grand-mère et ça m’excite.

À une époque, pourtant, après « Taxi 3 », vous vous demandiez si vous alliez continuer…

En fait, je confondais mon envie de ce métier, de grands rôles et le besoin que j’avais d’être en cette lumière. Je n’assumais pas du tout mon besoin d’être regardée par tant de gens. Quand je me suis dit que c’était comme ça, tout s’est débloqué. Le plus gros travail, ce fut d’accepter ça et de me sentir légitime dans ce métier avec toutes les facettes que cela comporte. C’était moins avouable pour moi de reconnaître cette envie de quelque chose de grand.

Il y a des années (NDLR : après Taxi 3), je suis partie seule en Inde et un Indien d’une grande sagesse qui m’accueillait en sa famille m’a dit qu’il y avait un paradoxe au fond de moi qui faisait que les choses n’avançaient pas. « D’un côté, t’es insatisfaite de ce qui se passe pour toi dans ce métier, d’un autre côté, tu me parles d’envies qui ont beaucoup d’ampleur. Tant que t’assumeras pas, ça ne fonctionnera pas. » Cette phrase est toujours restée dans ma tête. Ensuite, j’ai rencontré la personne qui m’a aidée sur le travail de préparation de La Môme. Elle m’a tenu le même discours.

Quelle pensée vous a alors traversée en recevant l’Oscar ?

Toutes mes pensées allaient vers Olivier. Son film a changé ma vie. Puis, j’ai pensé à Piaf car elle aussi a changé ma vie.

Cannes, c’est le strass, les paillettes. Vous aimez jouer à la star ?

Ça me terrifie. Le mot même appartient aux gens qui regardent les acteurs, les chanteurs… Moi, je ne me vois pas du tout comme ça. Mais maintenant que j’ai assumé ce besoin, ça a épuré mon envie d’actrice et de raconter des histoires. J’assume d’avoir ce lien invisible avec des gens que je ne connais pas.

Que vous apporte ce métier ?

Une connaissance de l’humain. Souvent j’exprime cette comparaison entre un acteur et un anthropologue avec cette différence que quand on est acteur, on va vraiment à l’intérieur de l’être. Même si l’anthropologie n’est pas considérée comme une science, c’en est une. Il y a un côté plus viscéral chez l’acteur.

Ce métier m’apporte énormément de sensations, d’émotions. Il me fait vibrer.

Le fait d’être mère change votre perception du métier ?

La perception, je ne pense pas. Il y a toujours un moment dans la journée où je dois revenir entièrement à moi. À cause de mon fils. Avant, quand je tournais un film, il y avait toujours cette part du personnage qui restait avec moi, même hors plateau. Maintenant, je dois obligatoirement revenir au réel. Ce n’est pas évident. Sur le film de Jacques en particulier – sur Batman, le personnage est très joli, mais pas viscéral. Chez Audiard, il y a une autre profondeur, comme chez James Gray où j’ai dû chercher le personnage de manière très vaste. Et je me demande : si j’avais eu un enfant avant de faire La Môme, comment ça se serait passé ? C’est assez vertigineux. Je ne sais si j’aurais pu le faire. En même temps, je n’ai pas envie, parce que je suis maman, que mon investissement soit moins grand. Mais il y a vraiment deux vies. Mon fils est tout le temps avec moi. Sur le plateau du film de Jacques, parfois, je ne voulais pas qu’il soit là. Je me disais qu’il allait ressentir quelque chose d’étrange car je m’éloignais complètement à cause du rôle. Energétiquement, je devais m’éloigner. Je ne l’ai donc pas voulu lors des scènes d’hôpital, je ne voulais pas qu’il m’entende crier.

Vous êtes entrée sans crainte dans votre carrière US ?

C’est extrêmement compliqué et en même temps, j’aime le faire. Ces expériences aux Etats-Unis m’offrent une diversité encore plus grande que ce que j’aurais jamais imaginé.

Ces personnages qui vont de la Pologne à l’Italie en passant par des Indiens d’Amérique, c’est une chance inouïe de pouvoir explorer un si vaste terrain de l’humain. Avec James Gray, c’est la première fois que j’ai un premier rôle dans un film américain après une série de rôles secondaires. Cela dit, un petit rôle, pour moi, n’est jamais petit. Certains petits rôles m’ont apporté tellement, comme chez Jeunet (NDLR : Un long dimanche de fiançailles).

Je me suis promenée dans plein d’univers du ciné US depuis quelques années. Puis j’ai fait un passage dans le film de Guillaume (Les petits mouchoirs) avec un rôle qui ne portait pas non plus toute une histoire. Du coup, j’ai eu envie de revenir à ce type d’investissement : porter une histoire d’un bout à l’autre. Et je l’ai vécu avec Jacques, avec James Gray aussi, où je joue une immigrée polonaise.