Welcome to Magnifique Marion Cotillard! Marion's best known for her award winning performance in La Vie en Rose, but you might also recognise her from movies such as Inception, Midnight in Paris, The Dark Knight Rises and The French Rust and Bone. Collecting nominations for her latest film Two Days, One Night and starring in the upcoming adaptation of Shakespeare's Macbeth, Marion Cotillard is finally making a comeback to leading roles. Not stopping at movies, Marion Cotillard is also exploring her musical talents, having toured with French rock band Yodelice and recorded a song and video with British band Metronomy. She's also taken over the fashion industry as the face of Lady Dior. All the while, she is never too busy for her family and to lend her time and name to causes she believes in. Enjoy your time here and keep checking back for all the latest news!
May 12, 12   Mia   0 Comment French Press

on 1 Jan, 1970

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de Télérama / par Louis Guichard

Métamorphosée dans “De rouille et d’os”, de Jacques Audiard – présenté en compétition à Cannes ce jeudi 17 mai –, la comédienne confesse ses peurs et son insatiable besoin de reconnaissance.

Qui la connaît ? Le rôle qui a lui a valu une vague de récompenses internationales d’une ampleur inédite pour une actrice française – La Môme – était aussi un camouflage, un paravent. Depuis, elle semble d’autant plus loin qu’on l’a vue surtout dans des films américains, dont deux où elle jouait une pure chimère – Inception, de Christopher Nolan et Minuit à Paris, de Woody Allen. Même la liste de ses cinéastes (Tim Burton, Michael Mann, Steven Soderbergh, James Gray) et celle de ses partenaires successifs (Daniel Day-Lewis, Johnny Depp, Leonardo DiCaprio) semblent irréelles.

Converser avec Marion Cotillard pendant deux heures et demie, c’est aller de découvertes en surprises, au gré d’une alternance détonante de réserve et d’aveux. Si son parcours, à 36 ans, diffère tant de celui de la majorité de ses consœurs et confrères, sa parole aussi. Ce mercredi 17 mai 2012, cette écolo qui se dit parfois gênée par son ego sera au centre de l’attention, à Cannes, avec le nouveau film de Jacques Audiard, De rouille et d’os, et en lice pour le Prix d’interprétation… Son personnage : une femme qui se réinvente du tout au tout, se transcende à vue d’œil. Exactement comme elle.

Dans le film d’Audiard, vous jouez une femme qui perd ses deux jambes. Comment avez-vous abordé ce rôle ?
Pour la première fois, je n’ai quasiment pas eu le temps de me préparer. La proposition de Jacques Audiard était inespérée, mais il fallait me rendre disponible très vite. Officiellement, j’étais toujours en train de tourner la suite de Batman, de Christopher Nolan, à Los Angeles. Mon contrat avec la Warner m’empêchait de jouer dans un autre film. Si je quittais la Californie, à tout moment je pouvais être rappelée : c’est ce qui est arrivé deux fois. Ce film d’Audiard, je lui ai vraiment fait une place en poussant les murs de Gotham City, la ville de Batman… A mon arrivée à Antibes, j’avais à peine quelques jours pour travailler avec les orques dans le Marineland. J’étais terrifiée, épuisée, j’avais mon bébé à allaiter… Tout le long du tournage, j’ai composé avec ma fatigue, je l’ai utilisée, pas moyen de faire autrement. Je m’endormais absolument partout.

Et le côté physique du rôle ?
Pour beaucoup de gens qui ont des prothèses à la place des jambes, on ne peut pas imaginer qu’ils en portent, car la rééducation et l’appareillage sont devenus très performants. En trois mois, on peut être sur pied et marcher normalement. Donc, à l’écran, pour qu’on y croie, il fallait forcer un peu le trait. J’ai inventé ma démarche, en imaginant que j’avais des jambes en fer, et on a gardé la canne, pour accentuer le côté mécanique.

Avez-vous éprouvé des scrupules à jouer ce handicap ?
Les gens confrontés à cette situation que j’ai pu rencontrer sont dans l’acceptation, le dépassement. Ils n’ont pas envie d’être considérés comme des handicapés. Je ne me suis jamais dit : « oh ! les pauvres ! », de quoi je me mêle, moi qui suis valide ? Je ne voulais pas être compatissante dans ma façon d’aborder ce personnage. Et puis, il y a toutes sortes de handicaps. Tout le monde a le sien, personne n’a envie d’être réduit à ça. Chez l’héroïne du film, il y a quelque chose de l’ordre du handicap bien avant le drame, et qui finit par disparaître par s’en aller avec ses jambes en quelque sorte… Son accident la réveille.

Vous évoquez souvent la peur que vous ressentez sur les tournages. Quelle est cette peur ?
Je l’ai depuis toujours, je la surmonte en jouant, en plongeant dans la scène. Je sais qu’elle peut s’imprimer à l’écran, même si je suis souvent la seule à en voir les signes. Je tremblais de façon voyante au début du tournage d’Inception, de Christopher Nolan. Sur le plateau, on croyait que j’avais froid… Cette peur peut avoir des raisons techniques. Pour Public Enemies, de Michael Mann, mon premier film américain après La Môme, j’étais terrorisée à l’idée de pas avoir, seconde après seconde, l’accent du Midwest. J’avais travaillé pendant quatre mois, mais je savais que ce n’était pas assez. Les prises se multipliaient, ça rendait fou le pauvre Johnny Depp. Il a fallu que Michael Mann lui-même me demande d’arrêter d’avoir peur, me rassure sur les origines françaises de mon personnage…

En général, j’ai tout simplement peur de ne pas être la hauteur. Je prépare beaucoup mes rôles, je dors avec eux, je leur invente un passé, un avenir. J’aime les lectures à la table avec les autres acteurs, les longues discussions sur telle scène, mais en revanche, je ne suis pas faite pour les répétitions, qui déflorent trop les intentions d’un acteur. J’aime la surprise sur un plateau. Alors le personnage n’apparaît vraiment que le premier jour de tournage. Du coup, c’est comme un premier rendez-vous amoureux, plein d’inconnu, d’espoir et d’appréhension.

Cette peur peut-elle nuire à votre jeu ?
Minuit à Paris en est sans doute l’exemple. D’abord, je n’ai rencontré Woody Allen que la veille du tournage. Ensuite, j’étais tellement impressionnée par lui que j’ai eu peur presque tout le temps. Il me semble que le personnage en a un peu souffert. Je n’en dirais pas plus, car je suis très féroce avec moi-même, mais pas au point d’exercer cette férocité en public.

Tourner avec la crème de Hollywood, est-ce une revanche sur le cinéma français ?
Ah non, pas du tout. Ma frustration, mon insatisfaction d’avant La Môme, c’était un problème entre moi et moi. Je ne reproche rien au cinéma français. Les rôles arrivent quand on est prêt à les recevoir, à les faire vivre.

Quel était ce problème entre vous et vous ?
Je n’assumais pas du tout mon immense besoin d’être regardée, d’être reconnue. Ce besoin avait plutôt tendance à me dégoûter. A tel point que, après plusieurs années de cinéma – j’avais déjà joué dans Taxi, par exemple –, je suis partie toute seule en Inde pour réfléchir à ce que je voulais faire de ma vie. Un Indien, que j’ai rencontré par hasard et à qui je me suis confiée, m’a dit quelque chose de très simple : tant que je n’accepterais pas mon besoin extrême de reconnaissance, mon expérience d’actrice resterait limitée et frustrante. J’avais peur que cela revienne à nourrir un monstre. Il m’a répondu : « Si tu ne le nourris pas jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus, tu resteras toujours frustrée. »

C’est ainsi que tout s’est déclenché pour moi. Depuis cette rencontre, j’accepte de nourrir le monstre, qui, au bout du compte, n’en est plus tout à fait un. A partir du moment où l’on prend vraiment conscience de sa pathologie, qu’on la reconnaît, cela devient un peu plus sain…

Une pathologie ? Mais ce monstre n’est-il pas, simplement, une grande ambition ?
Non, c’est un très fort égocentrisme, que je gère. Il ne se manifeste pas trop dans la vie quotidienne. Avec mes proches, je n’ai pas ce besoin d’être au centre, que l’actrice en moi peut avoir et qui est parfois pénible.

Toutes ces récompenses internationales que vous avez obtenues pour La Môme n’ont-elles pas rassasié ce besoin ?
Très momentanément. D’où mon trouble et mon questionnement. Je crois que l’envie d’être regardée ne s’assouvit jamais dans le fait d’être ­regardée. Au contraire. C’est un puits sans fond, quelque chose d’un peu vain. Le sentiment de plénitude ne viendra pas de là. Bien sûr, jouer un personnage, raconter une histoire, c’est, aussi, autre chose : c’est tourné vers les autres, pas seulement vers soi. J’ai cette passion pour le travail d’acteur et la poursuite d’une connaissance de l’être humain. Mais le besoin de reconnaissance personnelle entre trop en ligne de compte. Je ne suis pas sûre de continuer à être actrice une fois libérée de ce besoin.

Vous avez toujours voulu être actrice ?
Toujours. J’étais fascinée par ce que mes parents, tous deux comédiens, ­faisaient, et par les gens qui les entouraient. C’était une source de fantaisie, d’imaginaire et de liberté dans la vie quotidienne. J’ai passé un bac artistique option théâtre, et j’ai fait le conservatoire d’Orléans, la ville la plus proche du village où j’habitais. A mon arrivée à Paris, Philippe Harel est le premier qui m’a donné accès à un plateau de cinéma, sur L’Histoire du garçon qui voulait qu’on l’embrasse, en 1994.
Pendant des années, j’étais prête à passer tous les essais du monde. J’aimais ça, car je ne suis pas douée du tout pour parler de moi. Socialement, je me sens mal à l’aise, à cause de cette difficulté avec les mots. Je ne savais pas comment donner envie à un metteur en scène, sinon en jouant. Je n’ai jamais su non plus entrer dans un jeu de séduction. Etre jugée sur ma personnalité me semblait aller au-devant d’une catastrophe. Les essais, c’était à la fois une bonne planque et la meilleure façon de montrer ce que je pouvais faire.

A vos débuts, on vous aperçoit dans Comment je me suis disputé…, d’Arnaud Desplechin, en 1996. Est-ce un cinéma qui vous a intéressée ?
J’étais inexpérimentée, très fière de travailler avec le réalisateur de La Sentinelle, que j’admirais. Mais j’étais ignorante du gouffre qui sépare les différentes familles du cinéma français. J’ai commencé à comprendre après avoir joué dans Taxi et ses suites. Tel ­cinéaste qui m’avait fait tourner auparavant ne voulait plus me rencontrer parce que je véhiculais désormais quelque chose de commercial. En prendre conscience ne m’a pas pour autant donné ­envie de doser le cinéma populaire et le cinéma d’auteur.

Aujourd’hui, vous aimez encore passer des essais ?
Moins, mais c’est parfois nécessaire. J’en ai en passé pour Public Enemies, de Michael Mann, qui voulait s’assurer de ma compatibilité avec Johnny Depp. Et pour Nine, la comédie musicale de Rob Marshall : toute une batterie d’essais de chant et de danse. Rien de plus normal.

La langue est-elle encore un obstacle à la poursuite de votre carrière hollywoodienne ? Pourriez-vous jouer une Américaine de tous les jours, comme Angelina Jolie ou Natalie Portman ?
Je n’ai pas de réponse définitive. De toute façon, je n’ai pas envie de jouer une Américaine juste pour montrer que je peux le faire : j’ai d’abord envie de beaux rôles. Un grand cinéaste m’a fait déjà une proposition dans ce sens. A l’époque, je lui ai répondu, la mort dans l’âme, qu’il n’y avait pas assez de temps de préparation. Ce n’est que partie remise, je le sens, et c’est pourquoi je préfère taire son nom. Ces jours-ci, à nouveau, on me pose la question à propos d’un beau projet. Comme on consulte des docteurs, je consulte plusieurs « dialect coaches » pour comparer leurs diagnostics. La réponse n’est pas négative, mais cela représente un travail titanesque. Je n’ai plus l’accent français, mais j’ai quand même un accent. Dans le prochain James Gray, où j’ai le rôle principal, je joue une immigrée polonaise dans le New York des années 1930. Je parle donc anglais avec un accent polonais, langue extrêmement compliquée à apprendre. Ça m’a donné des vertiges, littéralement.

Depuis La Môme, vous avez tendance à disparaître derrière vos personnages, leur costume et coiffure d’époque, leur langue… Est-ce votre souhait ?
Plus c’est loin de moi, plus je me sens à l’aise. J’aime créer de toutes pièces mes rôles, m’effacer au maximum. Pourtant, même La Môme ne m’efface pas entièrement… Sur le tournage des Petits Mouchoirs, où je joue une jeune femme d’aujourd’hui, je me suis d’abord acharnée à trouver une voix et une manière de bouger complètement différentes des miennes. Mais ça ne marchait pas, il m’a fallu rester le plus naturelle possible. A l’arrivée, je vois à l’écran des choses que je sens être de moi, rien que de moi, et c’est insoutenable. Sans doute parce que je ne me trouve pas assez intéressante.

La plupart des acteurs ne puisent-ils pas en eux-mêmes ce qu’ils expriment ?
Pas moi. Se servir de sa propre histoire pour accéder à telle émotion, je trouve ça dangereux. Je sais que c’est une ­méthode qui a fait ses preuves. Mais si je réveille des souvenirs douloureux, qu’est-ce que j’en fais quand je rentre le soir, après le tournage ? Je préfère chercher ce qu’il me faut dans le personnage et dans la fiction.

L’Amérique dans votre filmographie, c’est aussi l’expérience du blockbuster, de la superproduction à effets spéciaux. Comment y trouvez-vous vos marques ?
Les deux très gros films dans lesquels j’ai joué — Inception, et maintenant Batman — sont signés Christopher Nolan, une exception à Hollywood : il travaille de manière familiale et il écrit lui-même ses scénarios. Du coup, je ne me suis jamais sentie écrasée par une grosse machine, mais au contraire regardée avec la même douceur que par Michael Mann. On m’a proposé d’autres blockbusters, que j’ai refusés, car j’ai senti que ce n’étaient que des films de producteur, que le réalisateur laisserait les acteurs se débrouiller. Moi, je ne suis pas assez bonne pour me débrouiller toute seule.

Un mot sur vos propos étranges au sujet du 11 septembre 2001, dans une émission de Paris Première, en 2007 ?
Oh, non ! Ça faisait longtemps… Pour résumer depuis le début, j’ai eu la maladresse et la stupidité d’aborder les théories du complot dans un entretien dont ce n’était pas le sujet. J’ai parlé du droit de chacun à s’interroger sur les zones d’ombre de tout événement relaté par les médias et les gouvernements. Le fait d’en parler ne signifie pas que j’adhère à ces théories. Plusieurs journaux ont repris ça juste après mon oscar, en me prêtant des opinions que je n’ai pas. Est-ce que je crois que l’homme n’a jamais marché sur la Lune ou qu’il n’y a pas eu d’attentats terroristes le 11 Septembre, comme on l’a lu un peu partout ? C’est tellement aberrant et risible ! Cette histoire m’a davantage poursuivie en France qu’aux Etats-Unis : ils se sont juste foutus de ma gueule sur la chaîne conservatrice Fox News, ce qui ne m’a pas dérangée plus que ça…

Vous êtes déjà arrivée bien au-delà de vos rêves de jeune comédienne. Et maintenant ?
C’est vrai que jamais je n’aurais ima­giné travailler avec Woody Allen ni jouer avec Daniel Day-Lewis, Leonardo DiCaprio et Johnny Depp. Des actrices européennes qui font carrière à Hollywood, il y en a toujours eu, d’Ingrid Bergman à Audrey Hepburn, en passant par Sophia ­Loren. Mais des Françaises, assez peu, et en ce moment, c’est notre tour : regardez Léa Seydoux dans Mission : Impossible 4, ou Eva Green dans Dark Shadows – elle tourne davantage aux Etats-Unis qu’en France. Je me dis que tout est possible, tout, et mon désir est intact. Sur le tournage de Batman, j’ai eu pour partenaires tour à tour Gary Oldman, Morgan Freeman, Christian Bale, et c’était toujours trop court, trop peu. J’en veux encore.






 

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