Day: July 16, 2010

Marion Cotillard : C'est glamour à la plage

de Elle / par Caroline Laurent-Simon

Un hôtel à l’élégance discrète dans le Marais, quartier qu’elle adore. Marion Cotillard se lève soudain du canapé d’un bond gracile, sourcils froncés, yeux fixés sur la télévision qui reste en veille. Bidouille les boutons sans succès, avant de débrancher purement et simplement l’appareil. « Un petit geste contre le réchauffement climatique ! » lance la comédienne, qui trie ses déchets depuis des lustres. Chassez le naturel écolo, il revient au galop. Elle a des allures de petit rat de l’Opéra, légère comme un elfe, en jean retroussé et ballerines. Ravissante, sans une once de maquillage, cheveux relevés-tirés et regard lumineux. Un rien d’Audrey Hepburn, version « Vacances romaines ». Un charme fou. A Hollywood, c’est son talent d’actrice que s’arrachent les réalisateurs. Une véritable exception française. Alors que sort en France, le 21 juillet, « Inception », de Christopher Nolan, où elle a pour partenaire Leonardo DiCaprio, elle a enchaîné les films auprès des plus grands depuis son oscar (et son Golden Globe, et son César, et son Bafta) pour « La Môme ».

Après « Public Enemies », de Michael Mann, avec Johnny Depp, « Nine », de Rob Marshall, où elle partageait l’affiche avec Daniel Day-Lewis, Nicole Kidman, Kate Hudson et Pénelope Cruz, elle tourne actuellement à Paris. Cela ne lui fait-il pas tourner la tête, comme dans un refrain de Piaf ? « Je ne pense pas tous les jours à la reconnaissance et au succès ! Surtout pas, ce serait le meilleur moyen de devenir dingue… J’ai un ego, bien sûr, je suis une actrice. Mais je pense que cet ego peut m’accompagner de façon assez saine.Je mène une vie particulière, certes, mais j’en suis heureuse. Je reste toujours connectée au réel et aux gens que j’aime. J’ai les pieds bien ancrés sur terre ! J’ai toujours en tête ce conseil que m’a donné Bernadette Lafont sur un plateau : “Sache qu’à chaque fois que quelqu’un te dit que tu es extraordinaire c’est peut-être qu’il te dit tout simplement bonjour.” Cela ne dévalorise pas le compliment, cela signifie simplement que l’on peut être touchée tout en gardant du recul. Pour moi, les gens que l’on peut qualifier d’extraordinaires, ce sont ceux qui mettent leur vie au service des autres et parfois en danger pour des causes, comme Shirin Ebadi, Aung San Suu Kyi, Nelson Mandela ou encore le metteur en scène iranien Jafar Panahi. Je me sentirai toujours bien en dessous de ces personnes… »

Une humilité que l’actrice conserve aussi grâce à sa famille, son père et sa mère, metteur en scène et comédiens de théâtre, et ses deux frères. « On s’aime fort, même si on ne se voit pas souvent. Le lien n’est jamais rompu. J’ai besoin d’eux. On a un regard d’une grande honnêteté les uns envers les autres. C’est reposant de savoir que l’on peut compter sur cela… » Et où qu’elle soit en tournage dans le monde, Marion Cotillard correspond avec sa grand-mère, magnifique dame de 101 ans. A l’ancienne, « en écrivant des lettres » ! Sans doute lui parle-t-elle de cinéma, tant son métier se confond avec sa vie intime. Passion affichée sans complexe. Elle dit : « Je suis faite pour cela. » Et on la croit d’emblée quand elle parle de ce besoin presque viscéral de « se fondre dans un personnage, de ne pas tricher, de comprendre l’être humain qu’on va devenir le temps d’un rôle ». « J’ai adoré tourner avec Daniel Day-Lewis ou Leonardo DiCaprio, ils sont passionnés, s’impliquent totalement. Cela me touche. » Les metteurs en scène qui la filment et ses partenaires – DiCaprio en tête – saluent, en retour, l’extraordinaire capacité de l’actrice française à s’investir autant dans la préparation que dans l’interprétation d’un rôle. Pas étonnant que les propositions affluent. Et c’est peut-être cela qui, tout en la rassurant, l’effraie aussi. Sourire : « J’ai un véritable amour pour le cinéma. Jouer, c’est un moteur pour moi. J’ai la chance d’avoir le choix et d’être sollicitée, mais il faut aussi savoir s’arrêter, et ça, j’ai du mal ! Car, outre mon bonheur à tourner, je suis sans doute encore en quête de reconnaissance… » Alors, elle revient à la terre, toujours et encore, en militante engagée : elle rentre d’un voyage avec Greenpeace dans la forêt primaire de la République démocratique du Congo, et songe à passer derrière la caméra pour réaliser un documentaire sur la déforestation dans le monde.

Et sa vie privée ? Elle passe en mode discret. Ne prononce pas une seule fois le nom de son compagnon (Guillaume Canet) mais dit qu’elle a adoré tourner avec lui, que c’est « un comédien et un metteur en scène de grand talent, autant qu’un formidable directeur d’acteurs ». D’ailleurs, on la verra sur les écrans au mois d’octobre dans « Les Petits Mouchoirs », le troisième long-métrage de celui qui partage donc sa vie. Longtemps, quand on lui posait la question d’un enfant, elle rétorquait : « Surtout pas sur cette planète qu’on maltraite ! » Aujourd’hui, à 35 ans, elle dit sobrement : « J’ai changé d’avis et d’envie. » Dans l’immédiat, ce qui l’occupe, ce sont surtout ces « vraies vacances d’été », que cette boulimique de boulot s’accorde enfin en août. Marion jubile : « Pour une fois, j’ai bloqué les dates et rien ne m’y fera renoncer ! Comme je voyage beaucoup, ce sera en famille et avec des amis, dans une maison en France, au bord de l’Atlantique. De vraies vacances où l’on fait des choses toutes simples, avec de grandes tablées joyeuses, des bains de mer, des balades en plein vent et au soleil… Le bonheur ! » D’ici là, elle aura tourné à Paris sous la direction de Woody Allen. En attendant de rejoindre, à la rentrée, le plateau du prochain Soderbergh, aux côtés de Matt Damon et de Gwyneth Paltrow. La consécration continue.

Dans « Inception », de Christopher Nolan (« The Dark Knight », « Memento »), Marion Cotillard donne la réplique à Leonardo DiCaprio. C’est le film le plus attendu de l’année, annoncé comme un véritable ovni, totalement novateur dans le scénario comme dans la réalisation. Un polar fascinant, aux allures de « Matrix », entre réel et virtuel, où le héros possède le don de pénétrer les rêves d’autrui pour y voler des informations sensibles… « Comment raconter le film ? Je pense que chaque spectateur en aura une interprétation différente, dit Marion Cotillard. Ce qui est sûr, c’est qu’il va nous toucher intimement et profondément… »

Marion Cotillard, l'exception d'Inception

de La Presse (Canada) / par Marc-André Lussier

Ayant un personnage très complexe à défendre, Marion Cotillard n’a jamais autant «cherché» que pour son rôle dans Inception. Avec des partenaires comme Leonardo DiCaprio et le cinéaste Christopher Nolan, le travail s’est toutefois révélé passionnant.

La feuille de route impressionne. La plus «internationale» des actrices françaises travaille avec les plus grands. Après Tim Burton (Big Fish), Ridley Scott (A Good Year), Jean-Pierre Jeunet (Un long dimanche de fiançailles), Michael Mann (Public Enemies) et Rob Marshall (Nine), Marion Cotillard tourne présentement dans la Ville lumière Midnight in Paris sous la direction de Woody Allen. L’actrice est aussi pressentie pour les prochains films de Steven Soderbergh et David Cronenberg. Auparavant, elle aura joué dans deux films français (dont Les petits mouchoirs, nouvelle réalisation de son compagnon Guillaume Canet) et, surtout, aura été de l’aventure d’Inception, le film – très intriguant – de Christopher Nolan.

«Oui, ce fut toute une aventure! confie Marion Cotillard au cours d’une interview accordée à La Presse. Lors de notre toute première rencontre à Paris, Christopher m’a parlé de son concept. Le monde des rêves est si particulier que nous avons tout de suite discuté de nos rapports respectifs avec cet aspect mystérieux de la pensée humaine. Ce n’est qu’à la fin de cette discussion, déjà fascinante, qu’il m’a invitée à lire le scénario.»

L’univers du réalisateur de Memento reposant en grande partie sur les éléments visuels, cette lecture ne pouvait évidemment pas traduire d’office l’ampleur du projet, ni laisser deviner à quoi pourrait ressembler le résultat final.

«Les situations étaient déjà décrites de façon très précise dans le script mais le concept est si original qu’il était impossible de le visualiser, explique l’actrice. La première lecture se révèle ainsi un peu ardue mais l’histoire est si riche que l’on sait d’entrée de jeu à quel point l’aventure dans laquelle nous entraînera Christopher est exceptionnelle. Plus on approfondit la recherche, plus l’exercice devient intéressant. Il est bon de se perdre parfois. Un peu comme les personnages dans le film!»

Une page blanche

Dans Inception, Marion Cotillard se glisse dans la peau de la femme du protagoniste de l’histoire, interprété par Leonardo DiCaprio. À vrai dire, l’actrice doit plutôt évoquer différentes incarnations d’un même personnage, selon les niveaux de conscience dans lesquels le récit évolue.

«J’ai lu le scénario au moins une dizaine de fois», déclare celle qui, à ce jour, est la seule actrice française à avoir obtenu, grâce à La môme (La vie en rose), l’Oscar de la meilleure actrice pour un rôle joué dans la langue de Molière. «Avec un sujet aussi riche, il a fallu lire le script à plusieurs reprises pour aller au plus profond des choses et accéder à tous les détails. Un peu comme certains livres ou certains films. Qu’on a envie de relire et de revoir parce qu’on sait qu’il y aura toujours une nouvelle chose à découvrir, ou une nouvelle question à poser.»

Pour la première fois de sa carrière, Marion Cotillard a dû composer un personnage à partir d’une «page blanche». Contrairement à son habitude, elle ne pouvait au départ se raccrocher à aucune figure pour trouver une inspiration.

«La base était déjà très solide, fait-elle quand même remarquer. Mais pour donner toutes les cellules de vie à un personnage, pour l’incarner véritablement, il faut quand même partir à sa découverte. Or, mon personnage évolue dans une dimension plus nébuleuse, de sorte que je ne savais pas trop à qui rattacher cette personne au début. Ce qui rend le travail d’autant plus passionnant.»

Leo au travail

Son personnage se révélant être le fil émotif reliant tous les éléments d’une histoire complexe, Marion Cotillard a eu l’occasion de travailler en étroite collaboration avec Leonardo DiCaprio.

«Il est très stimulant de voir Leo au travail, souligne l’actrice. Surtout dans un contexte aussi particulier, avec un sujet aussi riche. C’est comme avoir la chance d’entrer dans la cuisine d’un très grand chef. Nous avons passé des heures à discuter ensemble. J’avais le sentiment de bénéficier d’un privilège exceptionnel et d’avoir accès à quelque chose de secret. On apprend toujours beaucoup à côtoyer les plus grands.»

L’actrice française, nourrie au grand cinéma américain dans son enfance, est encore étonnée de la tournure qu’a prise sa destinée.

«Jamais je n’aurais pu croire qu’un tel parcours aurait été possible pour une actrice française. Moi qui ai tant apprécié les films de Chaplin, des Marx Brothers, de Spielberg, et toutes les grandes comédies musicales américaines, me voici plongée dans un univers où plusieurs des grandes rencontres auxquelles je rêvais se sont concrétisées. Merci la vie!»