Month: October 2009

Entretien avec Marion Cotillard

Q : Vous n’hésitez pas à parler d’une rencontre déterminante avec Karim Dridi… Comment vous a-t-il convaincu de devenir l’héroïne du Dernier Vol ?
M.C : J’ai rencontré Karim, pour la première fois, il y a un an et demi. Habituellement je préfère lire le scénario avant de voir le réalisateur, mais il tenait absolument à me parler de son projet. Pendant une heure et demie, je l’ai écouté me raconter l’histoire du Dernier Vol. Je l’écoutais et je me disais « s’il s’arrête avant la fin, j’emploie tous les moyens pour l’obliger à continuer.» J’étais très émue par ce qui arrive à Marie et à Antoine, la façon dont le destin les rapproche… Je crois beaucoup aux coïncidences… Si vous êtes capable de les voir, un jour ou l’autre, la vie vous conduit à être là où vous devez être. C’est ce qui est arrivé avec ce film : ça a tout de suite été une évidence pour moi.

Q : Obtenir un Oscar pour La Môme d’Olivier Dahan, tourner à Hollywood ne vous a pas fait changer d’avis. Pourquoi cette envie de revenir devant une caméra française ?
M.C : Quand je choisis de m’engager, c’est que l’histoire devient une nécessité pour moi. J’aime le cinéma français et j’en ai besoin J’ai toujours su que j’avais ma place dans Le Dernier Vol, que le rapport qui me lie au personnage de Marie est quasiment viscéral.

Q : Marie Vallières de Beaumont est une aviatrice, une aventurière, une amoureuse éperdue et perdue… Quel regard portez-vous sur ce personnage à la Isabelle Eberhardt ?
M.C : Dans les années 30, piloter un avion était rare… Pour les femmes, ça tenait même de l’exploit. Il fallait lutter pour s’imposer. Etre, comme Marie, une femme pilote, dénotait un sacré tempérament, un goût prononcé pour les émotions fortes, un besoin de liberté qui, à l’époque, n’était pas facile à affirmer. C’est son amant Bill Lancaster qui, le premier, la regarde vraiment différemment en la traitant comme son égale : il l’a accompagné dans son premier vol, il l’a soutenu, il lui a tout apporté . Ils vivront une histoire d’amour passionnelle, tumultueuse mais il ne quittera jamais son épouse pour elle. Malgré tout quand Marie apprend que l’avion de l’homme qu’elle aime a disparu dans le désert, elle part à sa recherche sans hésiter. Elle est prête à tout sacrifier pour lui.

Q : Longtemps, Marie et Antoine avancent à côté l’un de l’autre, en parallèle. Comment avez-vous appréhendé cette relation complexe où tout passe par l’acceptation…M.C : Marie s’est battue toute sa vie, comme Antoine d’ailleurs… Chacun est dans son monde. Peut-être pas le bon. Ils ne se voient pas vraiment jusqu’au moment où, perdus dans le Sahara, ils vont commencer à se découvrir, à se dévoiler et surtout à faire face à eux-mêmes. La dureté du désert, l’isolement, la peur, la soif… , les révèlent tels qu’ils ne pensaient pas être. Cette mise à nue totale est un sentiment très fort, très émouvant.

Q : Comment le contexte colonial est-il traité dans cette histoire romanesque ?
M.C : Il n’y a pas de point de vue partial dans le film de Karim, mais des personnages forts dont les convictions sont différentes. Les militaires français pensaient peut être sincèrement apporter de bonnes choses, permettre une certaine « évolution », leur idée de l’évolution. Les populations locales ont bénéficié de certaines choses, mais elles ont aussi subi l’autorité française, les maladies, et ont été dépossédées de leurs terres. Tout ça est mêlé au fil de l’histoire sans que l’on soit radicalement d’un côté ou de l’autre.

Q : Le Dernier Vol est à la fois un film à grand spectacle et un film intimiste… Comment avez-vous travaillé avec Karim Dridi ?
M.C : J’avais vu les films de Karim. J’avais été impressionnée par la vie qui se dégageait dans Pigalle. Puis, il y avait Bye bye que j’avais adoré et Khamsa : un vrai bijou. Karim Dridi a une façon très personnelle de faire vivre ses personnages, de capter ce qu’ils ont à l’intérieur. Sa sensibilité lui permet de saisir cette vérité là. Pour Le Dernier Vol qui est finalement un film sur le chemin intérieur, intime, c’est ce regard là qui m’intéressait.

Q : Sept ans après Jeux d’enfants de Yann Samuell, vous retrouvez Guillaume Canet… Appréhendiez-vous de tourner avec lui ?
M.C : Je m’étais engagé dans l’aventure avant que Guillaume ne le soit. Je me souviens qu’à l’époque, quand je lui parlais du Dernier Vol, il partageait mon enthousiasme. Il était très ému par cette histoire… Assez vite, c’est devenu une évidence pour nous de porter ce film ensemble.

Q : Est-ce un atout ou une difficulté de tourner avec quelqu’un que l’on connaît bien ?
M.C : Jeux d’enfants était une comédie romantique, un premier film où on s’était beaucoup amusés. Le sujet du Dernier Vol est totalement autre chose. C’est passionnant d’aborder différents univers avec la même personne. Au cours du tournage nous avons beaucoup parlé, de l’histoire, des personnages, de leur relation. Cet échange a été très constructif. Jouer ensemble est simple, extrêmement agréable. Il y a une complicité, un naturel, une confiance qui sans doute sert le film

Q : Le dernier vol vous a donné l’occasion de passer plus de deux mois au Maroc. Vous avez tourné avec des familles Berbères, avec des Touaregs venus spécialement du Mali. Quel souvenir gardez-vous de ces rencontres ?
M.C : Ce que l’on a vécu avec les Berbères nomades et avec les Touaregs maliens, était très intense. Il y a eu énormément de moments forts, de moments de partage… comme ce jour où, en fin d’après-midi, les femmes berbères ont chanté pour que l’ingénieur du son puisse les enregistrer. Nous nous sommes tous mis à danser avec les enfants. Leurs sourires est l’une des images les plus précieuses que je garde du tournage.

Q : Que vous a appris le désert ?
M.C : Je ne connaissais pas le désert avant de venir à Merzouga. J’y ai découvert le silence, le vrai silence. Un silence qui enseigne … C’est à la fois beau, vivant, dur et apaisant .Sur un tournage de plus de deux mois dans le désert, les conditions peuvent te mettre dans des situations complexes qui éprouvent ta résistance, ta capacité à te contrôler. Tu es face à toi-même sans protection… Il faut savoir lâcher prise. Oui, c’est ça, le désert m’a surtout appris l’abandon.

The Last Flight: Interview Guillaume Canet (French)

Q : Quelle a été votre première réaction en découvrant l’histoire du Dernier Vol ?
G.C : J’ai immédiatement trouvé l’histoire très belle et vu le film d’aventure et d’amour formidable que ça pouvait devenir. Ce n’est pas si fréquent de pouvoir parler d’amour de façon pudique, sans être tout le temps dans la surenchère ou dans le sensationnel. Antoine tombe amoureux de Marie alors qu’elle est obsédée par l’idée de retrouver l’homme qu’elle aime qui s’est écrasé à bord de son avion dans le désert. C’est une femme à la fois déterminée et perdue qui ne tend finalement qu’à une seule chose : se poser. Comme beaucoup de gens, elle veut être amoureuse, elle a besoin de croire à une histoire. Elle s’entête à chercher son amant sans voir que, peut-être, celui qui pourrait la rendre heureuse est juste à côté d’elle. Le Dernier Vol est un film sur l’abandon. Tant que Marie et Antoine ne s’abandonnent pas l’un à l’autre, ils ne peuvent pas se trouver. Ils ont tous les deux leurs angoisses, leurs peurs, mais seul le lâcher prise leur permettra de fusionner. Leur marche solitaire dans le désert va les aider à y arriver.

Q : Pour préparer le tournage, à Merzouga, au Maroc, vous avez passé quelques jours dans le désert avec Karim Dridi et une partie de l’équipe. Que vous apporté cette semaine d’immersion totale ?
G.C : Il y a une réplique du film qui dit que « le désert apprend l’oubli ». C’est ce qui s’est passé pour moi quand, avec Karim, on a fait pendant plusieurs jours des marches dans les dunes, des bivouacs, des traversées à dos de chameau… On n’avait pas de téléphone portable, pas d’ordinateur. Ca m’arrive très rarement, voire jamais, d’être isolé à ce point là. Tout cet espace, ce silence m’ont très vite conduit à faire le point sur moi-même. A me vider la tête… Ce changement radical et bénéfique m’a aussi servi à me rapprocher de mon personnage.

Q : Au sein de l’armée française, le lieutenant Antoine Chauvet occupe une place particulière. Il a épousé la mentalité touareg, il défend leur cause. Quel a été son parcours ?
G.C : J’ai eu besoin de me raconter son histoire. Pour moi, Antoine a grandi dans une ferme, puis il a été enrôlé pour faire la guerre 14/18. Dans les tranchées, il a vu ses potes mourir sous ses yeux. Il a peut-être passé des heures oublié sous des cadavres… Comme tous les survivants, il vit très mal le fait de s’en être sorti alors que ses compagnons y sont restés. « A quoi je sers, si je ne meurs pas ? », « quel sens donné à ma vie après tout ça ? », « à qui être utile ? »… Toutes ces questions, il se les ait posées sans forcément trouver de réponse. Avoir tourné Joyeux Noël avec Christian Carion m’avait déjà permis de prendre la mesure des atrocités commises pendant cette guerre. Il n’y a pas un soldat de 14/18 qui n’en soit pas sorti totalement perturbé et meurtri dans sa chair. Il fallait que ces blessures invisibles apparaissent dans l’attitude d’Antoine. Quand le film commence, il a dix ans de Sahara dans les yeux. Il monte à cheval ou à dos de chameau tous les jours. Ce type ne marche plus droit. Sa façon de se tenir n’a rien à voir avec celle du capitaine qui vient de débarquer de Saint-Cyr. A peine a-t-il fait son salut qu’il reprend sa position naturelle, un peu avachie. Comme Marie, même si c’est pour des raisons différentes, Antoine est un homme perdu qui doute en permanence. Alors même qu’il ne sait pas s’il va rester dans ce pays, il est balloté entre son appartenance à l’armée et sa relation privilégiée avec les Touaregs.

Q : Pour ce rôle, vous avez subi une légère métamorphose physique…
G.C : On m’a durci un peu les traits, rajouté une dent en argent, une cicatrice… Pour être plus près du personnage qui est très sec, j’ai un peu maigri. Mais, le plus gros travail a surtout porté sur ma voix que je voulais plus cassée, plus caverneuse. Antoine est un taiseux qui vit dans l’économie de tout. Il est sans cesse dans un souffle. Les nomades dans le désert parlent d’ailleurs très peu.

Q : L’action se déroule au début des années 30 dans le Sahara. Vous êtes-vous documenté sur le contexte colonial de l’époque ?
G.C : J’ai lu pas mal de bouquins sur les militaires, sur les Touaregs dans les années 30, au Sahara. Il était très important pour moi d’être le plus juste possible. Pour toutes mes répliques en tamashek, la langue touareg, j’ai répété avec un coach touareg, Amana. Avec lui, nous avons beaucoup parlé de la culture touareg, de l’histoire de ce peuple qui, aujourd’hui encore, est souvent privé de ses terres.

Q : La question coloniale n’est pas au coeur du film, mais elle y tient une place importante. Comment l’avez-vous appréhendée ?
G.C : Je m’en suis tenu à la vision de Karim Dridi qui mêle romanesque et colonisation de façon intelligente. On croit parfois, à tort, savoir ce qui est bon pour l’autre. La réussite du scénario est de ne pas porter de jugement, ni sur la colonisation, ni sur les révoltes touaregs. Les choses sont simplement exposées. Prenez le capitaine Vincent, certaines de ses convictions peuvent apparaître comme justes. La volonté de progrès, le désir d’instruire un peuple, de lui donner accès à une culture différente… C’est plutôt louable ! Et, dans le même temps, dans la même armée française, il y a le discours d’Antoine qui développe d’autres arguments et rappelle l’importance de respecter la culture des Touaregs qui est tout aussi riche que la nôtre. De ne pas leur imposer ce changement… Il me semble que le film expose les choses clairement sans imposer de vision. A chacun de se faire une opinion.

Q : Comment définiriez-vous la relation entre Marie et Antoine ?
G.C : Le dernier vol est vraiment un film d’amour atypique. Elle est amoureuse d’un homme marié. Lui risque sa vie, pour l’aider à retrouver son amant. C’est cette singularité, cette complexité, cette pudeur entre eux, que je trouve très belle dans ce film.

Q : Que connaissiez-vous du cinéma de Karim Dridi ?
G.C : Il ne s’agit pas de ranger les réalisateurs dans des catégories, mais ce qui était intéressant pour ce film, c’est que ce soit quelqu’un comme Karim Dridi qui le réalise. C’est un metteur en scène qui vient plutôt du cinéma d’auteur, très à l’aise caméra à l’épaule, proche de ses personnages. Quand on voit Khamsa ou Pigalle, on se rend tout de suite compte qu’il maîtrise parfaitement ce rapport aux gens et à l’émotion. Un rapport à l’intime qui dans Le Dernier Vol, dans l’immensité de ce désert, résonne de façon très singulière.

Q : Comment avez-vous vécu vos retrouvailles, devant la caméra, avec Marion Cotillard ?
G.C : Après Jeux d’enfants, on avait très envie de refaire un film ensemble. Il est toujours plus agréable de travailler avec les gens qu’on aime, d’avoir cette complicité immédiate dans le travail. Je crois que ça amène quelque chose de particulier. Je l’ai constaté avec François Cluzet lorsque, après Ne le dis à personne, on s’est retrouvé sur Les Liens du Sang. Quand vous connaissez bien quelqu’un, vous allez à l’essentiel.

Q : Le tournage a duré plus de deux mois dans le désert. Qu’avez-vous retenu de cette aventure ?
G.C : Hormis l’aventure humaine du tournage, la rencontre extraordinaire avec les Touaregs du Mali… Le désert m’a beaucoup appris. Comme pour Marie et Antoine, il m’a rappelé l’importance de devoir avancer dans la vie. C’est d’ailleurs ce que montre le film de façon magnifique : il montre qu’il faut se battre, continuer quoiqu’il arrive. Et même si on ne trouve pas ce qu’on voulait, on peut être surpris de trouver autre chose que ce que l’on attendait. Pour moi, en fait, Le Dernier Vol c’est avant tout l’image de cette femme et de cet homme qui marchent dans le désert : ils marchent jusqu’à l’épuisement parce que s’arrêter, c’est mourir.

The Last Flight: Interview Karim Dridi (French)

Q : Comment est née l’idée de faire ce film ?
K.D : Ce film est né de ma rencontre avec le désert, en 2003, à Timimoun dans le sud algérien. A mon retour, je me suis rué chez mon libraire pour me replonger dans des livres : il m’a proposé des ouvrages de Le Clézio, très connus, et Le dernier vol de Lancaster de Sylvain Estibal, un premier roman, publié chez Actes Sud. Ce roman s’inspirait de l’histoire vraie de Bill Lancaster, dont l’avion s’est écrasé en plein Sahara en 1933 alors qu’il tentait de battre un record de traversée, et de sa fiancée Chubbie Miller partie à sa recherche. La carcasse de l’appareil n’a été découverte que trente ans plus tard par une patrouille de militaires. Ils ont retrouvé le corps momifié de Lancaster, un carnet à la main. Il n’avait pensé qu’à elle pendant ses huit jours d’agonie.

Q : Pourquoi avoir décidé de vous affranchir du roman de Sylvain Estibal ?
K.D : Le personnage de Bill Lancaster m’intéressait moins que celui de sa maîtresse. Comme dans Le Petit Prince, il est plutôt un symbole… Il n’apparaît d’ailleurs jamais physiquement dans le film. Avec Pascal Arnold, on a imaginé que Marie Vallières de Beaumont allait bien chercher son amant dans le désert, mais qu’elle y trouvait finalement un autre homme. Mon désir était de réaliser un film historique et romantique en m’affranchissant des clichés habituels qui encombrent généralement ce genre de film. Par exemple je ne souhaitais pas structurer le récit autour d’un coup de foudre avec une montée en puissance de la relation amoureuse et un climax, prévisible, où les deux amants s’uniraient dans le sable chaud d’un sublime désert. Je souhaitais faire un film sur l’abandon, le lâcher prise de ces deux êtres qui marchent jusqu’à l’épuisement à la recherche de Lancaster, pour finir par accepter leur rencontre…Inéluctable.

Le Dernier Vol est un film romanesque qui raconte la rencontre de deux êtres qui n’ont rien en commun et qui découvrent, au coeur d’un naufrage, qu’ils peuvent se sauver l’un l’autre. Lui, en trouvant une raison de vivre auprès d’elle. Et, elle, en se rendant compte que malgré son amour pour Bill, elle se trompe… Pour moi, le film pose la question existentielle de ce qu’est la différence entre le désir d’aimer et l’amour véritable… Il n’y a pas de réponse évidente, mais Antoine et Marie se posent cette question. Les circonstances les poussent à se poser cette question et j’espère avec eux les spectateurs. Guillaume Canet résume bien le message du film : Il faut toujours marcher dans l’espoir de trouver quelque chose et même si on ne trouve pas ce que l’on cherche, on trouvera malgré tout autre chose. Toujours avancer pour rester en vie.

Q : La pudeur qui caractérise la relation d’Antoine et Marie est un parti pris audacieux. Avez-vous hésité à faire ce choix ?
K.D : J’ai fait le choix de ne pas multiplier les évènements amoureux entre les deux personnages, pour justement garder le moment crucial de leur rencontre physique et spirituelle, comme le point culminant de cette histoire. Il n’y a pas de scène d’amour, mais juste un baiser, un seul baiser qui est vital pour Antoine puisque Marie lui donne la vie (l’eau) avant de l’embrasser. Le film s’arrête là où leur histoire commence… Filmer l’amour physique me semblait hors sujet parce que je voulais uniquement montrer le moment, très sensuel, mais pas sexuel, où deux êtres se rencontrent et s’effleurent… C’est organique. Marion a trouvé les mots justes pour qualifier le film : « c’est un huis clos sans les murs » ! Un film intimiste dans l’immensité du désert.

Q : Ils s’engagent seuls dans le Ténéré. Ont-ils pleinement conscience de l’engagement fou, qu’ils prennent ?
K.D : Est-ce que l’amour absolu n’est pas un peu suicidaire ? Je n’ai jamais pensé que Marie voulait mourir. Pour moi, elle est convaincue de pouvoir retrouver son amant quitte à risquer sa vie. C’est une attitude jusqu’au-boutiste… De son côté, Antoine connaît parfaitement les dangers du Ténéré, mais lui aussi ne peut pas reculer. Il ne sera jamais Touareg et sa rupture avec l’armée le laisse complètement perdu. La quête de Marie donne un sens à sa désertion, même s’il lui faut prendre de gros risques.

Q : Marion Cotillard s’est-elle immédiatement imposée pour le rôle de Marie ?
K.D : Il y a eu trois rencontres importantes : le désert, le roman de Sylvain Estibal et, celle déterminante avec Marion Cotillard. C’était avant les Oscars, on devait se voir dix minutes et ça a duré une heure et demie. Je ne pensais pas lui raconter Le Dernier Vol, mais elle semblait tellement intéressée que je suis allé au bout de l’histoire. Après notre rendez-vous, elle a dit à son agent que ce serait son premier film français après La Môme. J’étais non seulement flatté, mais son arrivée sur le projet lui a donné une dimension que je n’osais même pas imaginer. Avec Guillaume, ils se sont battus comme des lions pour que le film se fasse. Sans leur détermination, rien n’aurait été possible. Ce n’est pas pour mes beaux yeux qu’ils se sont acharnés, mais, je crois que dans cette histoire résonnait quelque chose de leur propre histoire… Ils ont en commun avec leurs personnages d’avoir cette volonté qui les pousse à aller au-delà du raisonnable… Marion a décroché un Oscar, ça n’est pas donné à tout le monde. Elle pourrait tout aussi bien aller chercher son homme au bout du monde.

Q : Cela a-t-il changé la donne de travailler avec une actrice oscarisée ?
K.D : En tant qu’actrice, Marion est au sommet. Que peut-elle espérer de plus aujourd’hui ? Même si elle reste une femme avec ses faiblesses, ses failles, sa sensibilité, elle a tout… Je ne crois pas que l’Oscar ait fondamentalement changé sa façon de travailler. Marion est une virtuose, une grande interprète qui connaît parfaitement son instrument. C’est une actrice très perfectionniste qui travaille énormément. Une fois que tout a été précisé, elle visualise la scène et l’interprète de façon prodigieuse. Comme pour La Môme, elle a vécu totalement le personnage de Marie. Son implication dans la dernière scène où elle soulève Antoine sur le chameau nous a tous bluffés.

Q : En confiant le rôle d’Antoine Chauvet à Guillaume Canet, vous reformiez à l’écran un couple à la ville. Etait-ce volontaire ?
K.D : C’était même l’inverse d’un souhait. Tourner avec un couple n’a rien de simple : tu parles à l’un, les deux répondent. Marion et Guillaume sont tellement fusionnels, ils étaient tout le temps ensemble, très solidaires. Mais, au-delà de cette particularité, j’ai très vite vu que la caméra saisissait entre eux des regards qui ne trichent pas, des moments de vérité qui leur échappaient. Par moment, Marion et Guillaume ne jouaient pas… Ils s’aiment réellement et ses sentiments authentiques, rares, uniques apparaissent à l’écran.

Q : Comment Guillaume Canet est-il arrivé sur le projet ?
K.D : Au départ, je n’avais pas pensé à Guillaume. C’est en le voyant dans Les Liens du Sang que je me suis dit que le rôle pouvait lui convenir. Je savais par Marion qu’il était intéressé. Il faut dire que le personnage d’Antoine Chauvet est particulièrement riche : c’est un aventurier, un méhariste d’une modernité incroyable. Il a compris avant les autres que la France coloniale amène la confusion dans les régions qu’elle occupe. Trente ans après, la France quittait l’Algérie.

Q : Qui étaient ces méharistes français ?
K.D : C’était de vrais aventuriers qui partaient loin de chez eux pour vivre dans le désert une autre vie. On pourrait les comparer à des explorateurs partis découvrir des territoires inconnus et mystérieux… Ils allaient dans le désert comme plus tard on a eu envie d’aller sur la lune. L’épopée de ces soldats français a été très peu traitée au cinéma, hormis dans Fort Saganne d’Alain Corneau qui se déroule avant la première guerre mondiale… Je trouve intéressant que l’on se réapproprie ce patrimoine historique. Les Américains n’ont pas eu peur de le faire avec les cow-boys et les Indiens. Ca a donné d’excellents westerns. Nous aussi, nous avons nos westerns sahariens en képi et turban ! Esthétiquement, ça a plutôt de l’allure !

Q : Vous avez tenu à ce que le contexte historique de cette histoire d’amour – la colonisation française dans le Sahara des années 30 – soit traité avec une attention particulière…
K.D : Lawrence d’Arabie, Indochine, Un thé au Sahara, Fort Saganne… beaucoup de films évoquent la colonisation, mais les Africains ou les Asiatiques y font surtout de la figuration. C’était inconcevable pour moi de ne pas donner une vraie place aux Berbères et aux Touaregs, tout en essayant de ne pas être simpliste. Opposer le bon noir au méchant blanc aurait été aussi réducteur que l’inverse. Rien n’est simple même si, à mon sens, rien ne justifie la colonisation. Tous les personnages du film ont des convictions qu’ils défendent avec honnêteté. Au cours de mes recherches, j’ai trouvé l’exemple de militaires français qui avaient appris les langues locales, qui s’étaient rapprochés des nomades pour mieux communiquer avec eux. D’autres n’ont rien voulu savoir. Les deux existaient. Le Dernier Vol n’est pas un film politique qui dénonce la colonisation, il en parle sans juger.

Q : Vous avez absolument tenu à tourner avec de vrais Touaregs. En quoi était-ce important ?
K.D : Ce sont de vrais nomades du Mali arrivés sur le lieu du tournage, après douze jours de voyage en 4X4… Rien que cette traversée aurait pu donner lieu à un documentaire. Il était important pour moi d’être dans cette vérité-là, comme pour les costumes, les accessoires qui correspondent réellement à ceux de l’époque. On est à la limite du documentaire. J’aime réunir dans un film l’authentique, le réel et la fiction. Ce métissage vaut aussi pour la distribution qui mélange stars et acteurs moins connus, professionnels et amateurs.

Q : Guillaume Marquet est l’une des révélations du film…
K.D : Guillaume Marquet vient du théâtre, c’est un acteur magnifique. A chaque fois que je le vois, il m’émeut. Il va faire parler de lui… Alain Corneau l’a déjà engagé pour son prochain film.

Q : Pourquoi avoir choisi de tourner au Maroc, à Merzouga ?
K.D : On devait tourner au Niger, mais on n’a pas pu le faire pour un tas de raisons. Finalement, on s’est installé à Merzouga, près de la frontière algérienne. Il y a ici, dans un périmètre assez restreint, des dunes immenses et des paysages désertiques très variés. La beauté de ces paysages, sublimée par la lumière d’Antoine Monod – qui n’est autre que le petit neveu de Théodore Monod, l’un des plus grands sahariens – est une véritable invitation au voyage, à
l’évasion…

Q : Vous avez souhaité qu’une partie de l’équipe suive sur place, au Maroc, une préparation artistique avant le tournage. Pourquoi ?
K.D : En France, on privilégie la préparation technique à la préparation artistique. Il n’est pas dans nos habitudes que des acteurs viennent des semaines avant le tournage, s’entraîner, faire du chameau, vivre sous la tente… On a eu la chance de pouvoir le faire. C’est 90% de la réussite du film. Et puis il fallait que les acteurs soient crédibles en méharistes et aventuriers du grand désert.

Q : De quoi avez-été le plus heureux sur ce film ?
K.D : Je suis fier que ce film soit proche de moi, heureux de ce que nous avons tous réussi à faire. Je suis aussi ravi d’avoir pu tourner un film de ce style avec deux acteurs très connus et cela juste un an à peine après avoir réalisé Khamsa avec Marco Cortes un jeune Gitan de Marseille. J’ai toujours voulu faire le grand écart entre des films à petits budgets, très engagés socialement et des films romanesques et d’aventures sans pour cela trahir ma seule religion : Le cinéma ! En France où les étiquettes ont la vie dure, j’espère pouvoir continuer à faire les films que j’ai dans les tripes, sans me soucier de savoir si je fais un film d’auteur ou un film à gros budget. Et puis, la cerise sur le gâteau a été de travailler sur la musique avec le trio palestinien Joubran et Chkrrr qui ont composé une musique orientale et occidentale qui a la force d’un grand orchestre. C’est la première fois que j’ai l’occasion de travailler avec de grands musiciens et de me pencher sérieusement sur la musique de film et son mystérieux rapport amoureux qu’elle entretient avec les images.

The Last Flight: Production Notes (French)

SYNOPSIS

Sahara français, 1933…
Bill Lancaster, pilote anglais renommé a disparu dans le désert lors d’une tentative de record de traversée entre Londres et Le Cap. Sa maîtresse, l’aventurière et aviatrice Marie Vallières de Beaumont n’a qu’une obsession : le retrouver.

Alors qu’elle survole le Ténéré, la jeune femme est contrainte de poser son biplan près d’un poste avancé de méharistes français. Le capitaine Vincent Brosseau l’accueille, mais refuse de l’aider. Préoccupé par les rebellions touaregs, le commandement d’Alger n’autorise pas l’envoi de secours.

Confronté à la détermination de Marie, le lieutenant Antoine Chauvet tente de la dissuader de poursuivre cette quête désespérée dans un lieu aussi grandiose et hostile que le Ténéré. Rien n’y fait. Pour poursuivre ses recherches, elle se joint à une expédition menée par la compagnie méhariste en territoire touareg.

Au cours de cette mission à haut risque Antoine, en rupture avec sa hiérarchie, et Marie vont se rapprocher. Dans ce désert qui ne ment pas et dans l’abandon qu’il impose, ils découvriront une vérité à laquelle ils ne s’attendaient pas.

LE SAHARA FRANCAIS DES ANNES 30

C’est au XIVème siècle que remonte la première expansion européenne vers l’Afrique occidentale. Depuis 1885, le Portugal, l’Espagne et la France se partagent ces territoires lointains qui leur permettent de renforcer leur rayonnement et d’asseoir leur suprématie. Le prestige et le drapeau ! Pour tenir sa place dans le concert des grandes nations, la France exerce son influence en exportant ses armes, ses couleurs, ses moeurs, sa langue, sa culture… Elle assure, dit-elle, une mission « civilisatrice » en apportant instruction et soins à des nomades considérés alors comme « primitifs et inférieurs ».

Véritables sentinelles du désert, les compagnies méharistes représentent la France dans les zones peu peuplées et difficilement accessibles des confins sahariens. Crées sous l’impulsion du commandant François-Henry Laperrine, en 1901, ces unités de l’armée française – montées sur des dromadaires – vont jouer pendant près de 70 ans un rôle déterminant dans la conquête et le contrôle du Sahara. Composées d’officiers et de sous-officiers français encadrant des hommes de troupe indigènes, elles ont, entre autres, pour mission d’instruire, de soigner et de pacifier les populations locales soumises aux exigences de la France : impôt de capitation, recensement, travaux obligatoires…

Dans les années 30, la priorité du gouvernement français est de renforcer les possessions du pays. D’un côté, on favorise les relations avec les élites nouvelles et les autorités traditionnelles. Collaboration forcée qui se heurte à la résistance des populations nomades, notamment des Touaregs. De l’autre, on utilise la force militaire pour ramener dans le rang les rebelles. Les opérations de représailles sont alors délicates, parfois meurtrières entre méharistes et guerriers sahouaris qui connaissent le désert et pratique l’art de la razzia avec brio.

MUSIQUE ORIGINALE
Le Trio Joubran en collaboration avec Chkrrr

La musique du Dernier Vol est l’histoire d’une rencontre entre deux univers : Le Trio Joubran, trois frères palestiniens joueurs de Oud reconnus dans le monde entier pour leur virtuosité et la qualité de leur musique d’une grande modernité et Chkrrr, trio électro-acoustique mêlant habilement machines, violon et violoncelle.

Dès l’origine Karim Dridi souhaitait confier la bande son de son film aux Joubran accompagnés de leur percussionniste Yousef Hbeisch, de manière à respecter musicalement le décor naturel de son film sans tomber dans les clichés de la musique occidentale arabisante. Puis est venue l’envie d’une collaboration avec des cordes pour introduire une dimension occidentale, à l’image de Marie et Antoine, deux Français dans le Sahara. C’est alors qu’Eric Michon (Universal Music) nous a présenté les atypiques Chkrrr qui semblaient répondre parfaitement à notre cahier des charges très exigeant : travailler en grande partie en improvisant directement à l’image, proposer des arrangements et des compositions qui respectent la musique des Joubran et apporter le liant et l’espace des cordes sans succomber à l’écrasante puissance d’un grand orchestre pour préserver l’intimité du « huis clos sans les murs».

Afin de ne pas forcer ce mariage musical, nous avons réuni immédiatement le Trio Joubran et Chkrrr en studio, sans autre objectif annoncé que de les laisser jouer ensemble, d’apprendre à se connaître avec en toile de fond les images du film qui défilaient à l’écran et les indications de Karim. A la fin de cette première journée, la magie a eu lieu en une prise : suite à une longue improvisation en duo, le violoncelle a interprété un thème du Trio Joubran puis tous les musiciens ont pris l’un après l’autre leurs instruments pour accompagner la marche de Marie dans les dunes et monter en puissance vers un final en apothéose : nous avions notre générique de fin et la certitude que ce métissage musical était parfait pour le film.

La bande son qui en résulte est la logique prolongation de cette rencontre : une musique intime et puissante à mi-chemin entre orient et occident, laissant une grande place à l’improvisation toujours inspirée par les images du film.

L’album sera disponible le 7 décembre (Universal Music France).
Le Trio Joubran et Chkrrr préparent actuellement un concert ensemble en Palestine.
Trio Joubran : www.letriojoubran.com
Chkrrr : www.chkrrr.com

Adaptation
un roman de SYLVAIN ESTIBAL
LE DERNIER VOL DE LANCASTER

Avril 1933. Le Southern Cross Minor prend son envol de Lympne (Angleterre) en direction du Cap (Afrique du Sud). Aux commandes, l’ancien pilote de la RAF, le capitaine Bill Lancaster, qui tente de battre le précédent record de vol en solitaire établi sur cette traversée.

Au fortin de Reggan situé aux portes du désert algérien, une compagnie de méharistes français apprend le crash d’un aviateur dans les parages. Très vite, l’un d’entre eux se passionne pour la tragique disparition du pilote. Dans la correspondance qu’il entretient avec sa compagne restée en France, le lieutenant Chauvet commente les recherches entreprises pour retrouver l’infortuné pilote, perdu en plein Tanezrouft.

Pour Bill Lancaster, l’impossible survie dans ce désert d’entre les déserts commence, avec pour seules forces deux gallons d’eau et une incroyable ténacité. Faisant de cette “plainte un chant d’amour”, il rédige un journal où il décrit sa lutte quotidienne contre la chaleur brûlante, les nuits glacées, la soif, la fièvre, autant que son attachement à ses proches. Mais le pilote entraînera à sa suite d’autres naufragés, dont son ancienne maîtresse et coéquipière, Chubbie Miller, qui à son tour s’envole à la recherche du disparu…

En suivant la piste du Dernier Vol de Lancaster, Sylvain Estibal redessine le portrait du pilote au travers d’un assemblage captivant de textes où se mêlent coupures de presse, lettres, rapports officiels et le journal tenu par Lancaster. L’auteur retrace l’inexorable course contre la montre, et nous fait partager espoir, inquiétude et rebondissements d’une aventure qui prend appui sur la vérité et la légende de la conquête du ciel.

Sylvain Estibal, journaliste, collaborateur de l’AFP vit en Uruguay. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le désert parmi lesquels un livre d’entretiens avec Théodore Monod, Terre et Ciel (Actes Sud, 1997). Son premier roman, Le Dernier Vol de Lancaster, a été publié en 2003. Son second roman, Eternel, vient d’être publié chez Actes Sud en avril 2009.

LISTE ARTISTIQUE

Marie Marion COTILLARD
Antoine Guillaume CANET
Vincent Guillaume MARQUET
Saïdou Saïdou ABAT CHA
Louis Frédéric EPAUD
Vasseur Michaël VANDER MEIREN
Tchalou Nabil IMTITAL
Amana Halimata GRAILLE
Adoua Mohamed KOUNDA
Limane Mohamed IXA

LISTE TECHNIQUE

Réalisateur Karim DRIDI
Scénario Karim DRIDI, Pascal ARNOLD (d’après le roman de Sylvain ESTIBAL « Le dernier vol de Lancaster » Editions ACTES SUD)
Produit pour Gaumont par Jean COTTIN
Producteur Délégué Sidonie DUMAS
Coproduction Gaumont / Les films du Dauphin / France 3 Cinéma
Avec la participation de Canal + / Ciné Cinéma / France Télévisions
Image Antoine MONOD
Décor Johann GEORGE
Costumes Emmanuelle PERTUS
Son Jean-Paul MUGEL / Jean GARGONE / Joël RANGON
Montage Lise BEAULIEU
Musique Originale Le Trio Joubran en collaboration avec Chkrrr

La Vie en Rose

from Sunday Express:S (UK) / by Simon Button

Since scooping an Oscar for her stellar performance as Edith Piaf, Marion Cotillard has become a megastar – just one of the things she’s tickled pink about. Simon Button met Hollywood’s happiest actress

Marion Cotillard lets out an infectious gigle. “That’s so funny,” she says, looking down at the tape recorder that has been placed in front of her. “I can see it whirling round.”

You’d think from the look of amusement on her face, that Marion had never seen one before, which is odd considering the world’s press has courted the French beauty since her Best Actress Oscar for La Vie en Rose last year.

“But I still haven’t gotten used to all this,” she says demurely. Yes, she has an Oscar back home in Paris – as well as a Bafta, César and Golden Globe – yet however crowded her mantel may be, the 34 year old is as down-to-earth as international stars get.

Her stunning turn as tragic chanteuse Edith Piaf is strikingly accurate, but in the flesh Marion is fresh-faced, a genuine ingénue. And there’s certainly no air of tragedy around her.

“Every day is magical,” she smiles. “When I start thinking, ‘Oh well, it’s just another day’ I would have to do something else, but it’s still magical.”

Magical is ne of Marion’s favourite words, and her enthusiasm doesn’t wane as she talks about her most recent movie, Public Enemies. Set in 1930s Chicago, the filmm stars Johnny Depp and Christian Bale and follows the story of gangster John Dillinger. Marion plays his beguiling moll, Billie Frechette, a part she was hand-picked for by notoriously hard-to-please director Michael Mann. “When he asked me to be in the film I couldn’t believe it. I read this beautiful script and I fell in love with the movie – and Michael.”

Not literally. Her heart belongs to actor and director Guillaume Canet, her co-star in the 2003 French production Love Me If You Dare. She prefers not to talk about the relationship (“I get nervous that things I say might be misunderstood or misinterpreted”) but her smile indicates she’s in a happy place.

As befits the face of the new Lady Dior campaign, Marion is looking lovely in a blue dress, her dark hair bobbed. “If it were left to me I’d be wearing jeans and a T-shirt,” she says. “But I see fashion with different eyes now I’ve met John Galliano.”

Marion says all this in a heave French accent, stumbling over the occasional word as her joie de vivre gets the better of her. “Speaking ‘American’ in Public Enemies was very hard,” she admits. “When I started I thougth it wasn’t possible at all, but fortunately the character is half French. It’s very technical and you really have to work and work to crack it. It’s about using your whole face, jaw and tongue in a totally different way.”

Were there any words she struggled with? “‘Particularly’ is particularly difficult,” she says, mangling the consonants, “I would spend hours in front of the mirror with my dialect coach to observe my tongue.”

Growing up the daughter of actor parents, Marion is used to thespians practising their craft. “There were so many people in the house,” she recalls. “Everyone was enjoying themselves, rehearsing, having fun. It was like a playground.” When work took her parents away from home it wasn’t a wrench but a source of great excitement. “It was amazing to get letters from them when they were in Hong Kong or Peru or wherever. And they would bring me back ponchos and all sorts of gifts. It was magical. My parents definitely sparked something in me. I saw how happy and fullfilled they were, and I knew I wanted the same job.”

She took drama lessons and stage and TV parts before breaking into French cinema in the mid-90s. She won a César for a small role in A Very Long Engagement in 2005, but only received global recognition for La Vie en Rose – a project she didn’t think was right for her when director Olvier Dahan first called.

“The idea of me as Piaf was completely crazy, but it seemed obvious to Olivier. Then I read the script and thought, ‘I want to be as crazy as him’. After that, it was all about the research. I only knew three or four of her songs. She was just an amazing voice in a little black dress and I knew nothing of her private life.

“The main thing about how I work is that I need to understand the character,” she continues. “I need to read every little thing I can read about her. I love to work this way. If you feed yourself with all the information, you get to understand who the character is. Then you can really be her.”

Dragging herself to the dark depths of human tragedy is a part of the job she relishes. “I love extreme scenes,” says Marion, whose character in Public Enemies endures a brutal beating from a wayward cop. “After a scene like that I feel kind of empty but also filled in.” She giggles at the gaffe and corrects herself. “I mean fulfilled. It’s like in sport you have a competition like the 100 metres, and after that you feel tired and empty but fulfilled because you did something that was intense. It’s the same feeling with acting and I really love it.”

Next up is her role alongside Daniel Day-Lewis in the American musical Nine, which also stars Nicole Kidman, Penélope Cruz and Sophia Loren. That must be daunting even for someone as down-to-earth as Marion.

“I don’t have much confidence in myself anyway,” is her surprising admission, “but one thing which helps me is the fact I’m not afraid of hard work. And to be in an American musical was a dream come true.”

This star-studded movie will up her profile and could come at a price for someone who values her privacy. “OK, acting is a hard job because you have to play with your emotions, but if I’m thirsty somebody will bring me a glass of water. It would be crazy to complain.

“I didn’t expect all this. I don’t know a word strong enough to describe what I’m living right now, but it’s an amazing feeling.”

Public Enemies is out on DVD on November 2. Nine is in cinemas from November 25.

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